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Desplechin n'a pas encore la green card

Pendant que Desplechin joue au cinéaste américain sans même faire semblant d’y croire, David Lowery signe «les Amants du Texas», un beau retour au real stuff.

Les premiers plans de Jimmy P. sont presque rigolos à force de maladresse bonhomme et d’incompétence tranquille. Une flute indienne en musique de fond (enfin de fond, façon de parler, c’est très présent ce bruit, comme un moustique qu’on a envie d’écraser), deux longues focales pseudo-chiadées, une typo « western » pour annoncer un truc du style MONTANA, 1948, plus deux canassons figurants glissés vite fait dans le cadre, pour faire couleur locale, faire genre, et pour qu’Arnaud puisse se faire plaisir. Pourquoi n’aurait-il pas le droit de fantasmer un coup, après tout ?

Bien entendu, c’est très mauvais, tout sonne toc, arty-ficelles. Mais Desplechin nous dit dans ces quelques plans plusieurs choses qui valent la peine d’être entendues. D’abord, il nous prévient à bon escient qu’il est, a été et restera un cinéaste anti-naturaliste, théâtral, avec tout ce que ça peut avoir de bon (c’est arrivé) et de très mauvais (ici, maintenant, dans cette salle). Ensuite, il nous rappelle que le cinéma, surtout américain, est une affaire de territoires que l’on habite, que l’on conquiert ou sur lesquels on se promène en touriste. Le diagnostic est juste, on peut y voir un aveu: au Quartier latin ou ici, en région PACA, Arnaud est peut-être chez lui, mais là-bas, au loin, dans le «Montana 1948», il visite.

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Claude Chabrol à Cannes: «L’essentiel, c’est de s’en foutre»

Les archives de la Croisette • En 1955, Marcel Pagnol préside le jury de Cannes. Vingt ans plus tard, le réalisateur du «Boucher» s'en souvient dans son «Et pourtant, je tourne». Extrait.

Cette année-là, Marcel Pagnol présidait le jury du festival de Cannes. Un Soviétique, vice-président, avait chargé d'établir l'emploi du temps des honorables jurés.
«Monsieur le Président, Messieurs, voici ce que je vous propose. Chaque matin, nous nous réunissons à huit heures.
8h00-8h30: Débat sur les films vus la veille;
8h30-9h00: Organisation de la journée qui commence;
9h00-10h30: Premier visionnage;
11h00-12h30: Deuxième visionnage;
12h30-13h30 : Déjeûner;
13h30-14h : Discussion sur le deuxième film visionné le matin;
14h00-16h00...»
Ça continuait ainsi, sans une pause, jusqu'au dîner, peut-être même après. Le Russe conclut son exposé stakhanoviste, manifestement heureux de lui-même :
«J'espère, Monsieur le Président, Messieurs,
que je n'ai rien oublié.
Alors Pagnol:

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Mon Dieu, des bites !

Ne pas délirer comme nos confrères sur «l’Inconnu du lac»: est-ce faire preuve d’homophobie ou d’un minimum de goût ? Notre enquête (très) exclusive.

A peine le deuxième jour de compèt’ et déjà plein de questions insolubles dans notre tête. Par exemple celle-là: pour le spectateur mâle hétéro, la bite est-elle nécessairement une invitation à passer son chemin ? On a voulu le croire en sortant dubitatif de l’Inconnu du lac, le nouveau film d’Alain Guiraudie, peuplé de garçons naturistes batifolant dans des sous-bois, avant qu’un crime crapuleux ne vienne foutre en l’air ce summer of love idyllique.
Le véritable horizon de l’Inconnu du lac nous semblant être sa revendication absolue de sa gayitude, sa volonté de se présenter d’un bout à l’autre comme un film ghetto, on choisit de ne pas se sentir concernés. Très bien, affaire classée, allez hop, projo suivante.

Le souci c’est qu’appréhender le film sur le seul terrain de son esthétique gay sciemment hermétique, c’est aussi se confronter à l’argument massue de l’homophobie, dès que le débat commence à durer. Tard dans la nuit, un confrère gentiment tartiné et d'humeur badine nous balance d’ailleurs: «François, je suis au moins aussi homophobe que toi, et j’ai trouvé le film extraordinaire... hips...» avant d’aller s’en jeter un. Mince, il y aurait donc autre chose ? «Ouhlala le Guiraudie, putain c'est sublime.» 
Les journalistes des différents canards

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On connaît déjà la Palme d’Or

La loi des statistiques a déjà donné son verdict. And the winner is...

Quel point commun entre Fahrenheit 9/11, l'Eternité et un jour, Mission, la Méprise et Adieu ma concubine ? Tous ces films ont eu la Palme d'Or. Mais aussi: ils ont été projetés le troisième jour du Festival. On les appelle «les films du premier vendredi» et ce sont eux, les films gagnants. C'est une étude Médiamétrie qui le révèle. Pour rafler la Palme d'Or, il faut qu'un film jouisse d'une projo ce jour précis.
Tout est maintenant couru d'avance ? Pas totalement, puisqu'il y a deux films en lice ce vendredi. Qui du Passé de Asghar Farhadi ou de Soshite Chichi Ni Naru de Hirokazu Kore-eda va remporter l'affaire ? C'est la seule question qu'il reste aux pronostiqueurs de tous poils. Médiamétrie n'a plus qu'à lancer une étude pour savoir quel jour est projeté le film qui remportera le Prix du Scénario, quelle date pour le Prix de la meilleure interprétation féminine, etc. Jacques Boncart, responsable de l'enquête à Médiamétrie: «Ce sont des statistiques, donc elles ne mentent pas, et ne sont pas régies par la loi du copinage, loi si souvent reprochée au milieu du cinéma. Cette statistique ne tue pas pour autant la compétition, car elle est de 23,4%, et il restera toujours la magie du septième art qui, elle, est plus difficilement quantifiable.»

«Le Congrès»: Ari dans tous ses états

Cinq ans après le choc «Valse avec Bachir», le génial Ari Folman réunit diverses formes de SF (K. Dick, japanim’, Wacho, série A, B, Z) en un seul et même gros gâteau vertigineux, entre trip planant et vol plané.

Ce n’est pas un film pour les puristes. Des puristes, il y en a plein parmi les commentateurs du cinéma, des gens qui aiment leur SF à l’ancienne, leur cinéma de genre bien cuit, leurs films d’auteur assaisonnés mais pas trop, leur animation aux petits oignons. Le Congrès leur –nous– dit gentiment merde à tous, pas toujours gentiment d’ailleurs, en suivant une logique totalement libre, libre comme peut l’être une figure en patinage artistique ou un homme qui court dans l’enceinte d’une prison, filmé par Michael Mann.

D’un film à l’autre, de Bachir au Congrès, il n’y a pas qu’un pas, fût-il de géant, mais dix, vingt, cent, une longue marche, née d’une envie de «s’écarter le plus loin possible» de sa valse autobiographique. Ari Folman n’étant manifestement pas du genre à

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Baz Luhrmann: «Je ne suis pas James Cameron»

C'est pas parce qu'on n'aime pas «The Great Gatsby» qu'on va se priver d'une bonne interview avec son réalisateur Baz Luhrmann.

Baz Luhrmann, «Gatsby», Cannes, l'ouverture, tout ça ?
Tu sais, un film que tu livres, c'est comme un bébé qui naît. Tu l'as gardé en toi pendant des années et puis d'un seul coup, blam ! Dans ces moments-là, j'ai envie de tout laisser tomber. C'est comme... comme un jet lag cinéma, ou plutôt un jet lag cinéma postnatal. Tu vois ce que je veux dire ?

 

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Parlez-vous le Cannes 2013 ?

Voici d’une traite toutes les banalités qu’il faut savoir dire sur Cannes 2013 et les questions qu’il faut savoir (se) poser. Comme ça, après, on sera débarrassés et on pourra passer à autre chose.


Allez hop, top chrono, vous êtes prêts ? Il ne vous aura pas échappé que les plus grandes stars ont donc été placées au jury ou en ouverture. A propos d’ouverture, c’est la seconde pour Baz Luhrmann après Moulin Woooge en 2001. En plus, cette année, Robert Redford est à l’honneur lui aussi, le Gatsby de Jack Clayton, c’est fou, une coïncidence pareille, all is not lost, Leo et Bob vont-ils dîner ensemble ou, mieux, faire des interviews croisées ? On notera d’ailleurs l’omniprésence des Américains cette année, d’autant plus remarquable qu’il y a aussi tout plein de Français. En fait, c’est le grand festival de l’amitié franco-américaine, Cannes.

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