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On connaît déjà la Palme d’Or

La loi des statistiques a déjà donné son verdict. And the winner is...

Quel point commun entre Fahrenheit 9/11, l'Eternité et un jour, Mission, la Méprise et Adieu ma concubine ? Tous ces films ont eu la Palme d'Or. Mais aussi: ils ont été projetés le troisième jour du Festival. On les appelle «les films du premier vendredi» et ce sont eux, les films gagnants. C'est une étude Médiamétrie qui le révèle. Pour rafler la Palme d'Or, il faut qu'un film jouisse d'une projo ce jour précis.
Tout est maintenant couru d'avance ? Pas totalement, puisqu'il y a deux films en lice ce vendredi. Qui du Passé de Asghar Farhadi ou de Soshite Chichi Ni Naru de Hirokazu Kore-eda va remporter l'affaire ? C'est la seule question qu'il reste aux pronostiqueurs de tous poils. Médiamétrie n'a plus qu'à lancer une étude pour savoir quel jour est projeté le film qui remportera le Prix du Scénario, quelle date pour le Prix de la meilleure interprétation féminine, etc. Jacques Boncart, responsable de l'enquête à Médiamétrie: «Ce sont des statistiques, donc elles ne mentent pas, et ne sont pas régies par la loi du copinage, loi si souvent reprochée au milieu du cinéma. Cette statistique ne tue pas pour autant la compétition, car elle est de 23,4%, et il restera toujours la magie du septième art qui, elle, est plus difficilement quantifiable.»

«Le Congrès»: Ari dans tous ses états

Cinq ans après le choc «Valse avec Bachir», le génial Ari Folman réunit diverses formes de SF (K. Dick, japanim’, Wacho, série A, B, Z) en un seul et même gros gâteau vertigineux, entre trip planant et vol plané.

Ce n’est pas un film pour les puristes. Des puristes, il y en a plein parmi les commentateurs du cinéma, des gens qui aiment leur SF à l’ancienne, leur cinéma de genre bien cuit, leurs films d’auteur assaisonnés mais pas trop, leur animation aux petits oignons. Le Congrès leur –nous– dit gentiment merde à tous, pas toujours gentiment d’ailleurs, en suivant une logique totalement libre, libre comme peut l’être une figure en patinage artistique ou un homme qui court dans l’enceinte d’une prison, filmé par Michael Mann.

D’un film à l’autre, de Bachir au Congrès, il n’y a pas qu’un pas, fût-il de géant, mais dix, vingt, cent, une longue marche, née d’une envie de «s’écarter le plus loin possible» de sa valse autobiographique. Ari Folman n’étant manifestement pas du genre à

Baz Luhrmann: «Je ne suis pas James Cameron»

C'est pas parce qu'on n'aime pas «The Great Gatsby» qu'on va se priver d'une bonne interview avec son réalisateur Baz Luhrmann.

Baz Luhrmann, «Gatsby», Cannes, l'ouverture, tout ça ?
Tu sais, un film que tu livres, c'est comme un bébé qui naît. Tu l'as gardé en toi pendant des années et puis d'un seul coup, blam ! Dans ces moments-là, j'ai envie de tout laisser tomber. C'est comme... comme un jet lag cinéma, ou plutôt un jet lag cinéma postnatal. Tu vois ce que je veux dire ?

 

Parlez-vous le Cannes 2013 ?

Voici d’une traite toutes les banalités qu’il faut savoir dire sur Cannes 2013 et les questions qu’il faut savoir (se) poser. Comme ça, après, on sera débarrassés et on pourra passer à autre chose.


Allez hop, top chrono, vous êtes prêts ? Il ne vous aura pas échappé que les plus grandes stars ont donc été placées au jury ou en ouverture. A propos d’ouverture, c’est la seconde pour Baz Luhrmann après Moulin Woooge en 2001. En plus, cette année, Robert Redford est à l’honneur lui aussi, le Gatsby de Jack Clayton, c’est fou, une coïncidence pareille, all is not lost, Leo et Bob vont-ils dîner ensemble ou, mieux, faire des interviews croisées ? On notera d’ailleurs l’omniprésence des Américains cette année, d’autant plus remarquable qu’il y a aussi tout plein de Français. En fait, c’est le grand festival de l’amitié franco-américaine, Cannes.

Wampire, rois de Portland

Analyse géographico-musicale du meilleur newcomer de l'année.

Vu d'ici, Portland, c'est le Berlin des Yankees, mais avec moins de pitres. Une ville qui oublie de se la péter, où on prend le temps de glander et créer. Historiquement, les artistes et marginaux américains se regroupaient à San Francisco. Mais San Francisco a subi de plein fouet les conséquences de la mondialisation, devenant à l'image de New York une ville Starbucks comme une autre, remplie d'étudiants prétentieux, de cols blancs au bout du rouleau et de clodos assez peu décoratifs. A fuir. Pour aller où ? Au sud, Los Angeles ? Génial, mais très showbiz - il faut y avoir des contacts pour éviter de se retrouver à louer ses fesses du côté de Skid Row. Au nord, Seattle ? La ville de «Streetwise», assez glauque, une des occupations favorites de la jeunesse locale restant la consommation d'héroïne – c'est là que Kurt Cobain a fini sa vie et qu'une bonne partie de «Permanent Midnight» a été tourné.

 

Bienvenue dans le débilestream

Des chorégraphies chevalines de Psy au succès de Nabilla ou aux Atl Twins, l'époque a basculé la tête la première dans le débilestream. Auteur de «Pharmacologie du Front national» ou «De la misère symbolique», le philosophe Bernard Stiegler en décrypte les enjeux.

Bernard Stiegler, on a l'impression qu'il y a une survalorisation de la bêtise aujourd'hui. Comment en est-on arrivé là ?
Très utile pour marquer les esprits, la culture a été instrumentalisée à partir des années 1920-30 au service du marketing, du développement économique et du contrôle des comportements. Les artistes ont marché à fond là-dedans, tout ça par pur intérêt. Le consumérisme culturel a fini par devenir le consumérisme tout court.

Les 4 oublis de l’expo Guy Debord

Dans la très belle exposition que la Bibliothèque nationale de France lui consacre, manquent cinq éléments chers au plus célèbre des situationnistes.

1 • La table où il a écrit «la Société du spectacle»
Coup de théâtre: le dépôt légal de l'édition originale de la «Société du spectacle», qui a largement influencé Mai 68, indique... 1969 ! Pas de panique, il s'agissait d'une faute de frappe de l'éditeur Buchet-Chastel. C'est donc bien en 1967 (le livre sortira en novembre de cette année-là) que Debord écrit sa critique de la marchandise et de la domination de celle-ci sur la vie. Il l'écrit sur une table que la BnF possède mais qu'elle n'a pas exposée. De peur qu'un post-situ détruise la marchandise ?