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[LES ARCHIVES TECHNIKART] « STROBO POUR ÊTRE VRAI » DAFT PUNK VU PAR ADRIEN

daft punk adrien 2001

AstroPsycho et NovoPsyché: où 2001 enfin devient Réalité.


PRÉLUDE.

Lord Snow Down regardait tomber la neige en plein été ; et, parfois, subtil Espace, éclairait le monde d’une sentence immortelle : « LSD est Le Seul Dieu. »
(-S’étant montré l’égal de Terence Stamp période Toby Dammit, LSD passait une veste de chasse à la Kinks et disparaissait dans une accélération Ferrari : 1967, ou l’apogée du Psychédélisme léger-).


… Portique

Ici l’on mixe — ! Tonight : DJ Orion au Petit-Trianon ! —, dégage de nouvelles fréquences et invente de nouvelles danses.
Qu’est-ce que la Musique ? Une chemise de soie qui vous tombe du ciel à même la peau — : du sur mesure coupé à la New School of Cool —, un carambolage où les basses boomantes de Stankonia emboutissent Monteverdi, un sample vénitien de Corto Maltese sur une future tuerie du Wu-Tang Clan, bref, une offrande, un saccage, un couronnement, une orgie : le jeune nigger Arthur Rimbaud produit par Phil Spector, et boosté par le plus impérial arrangement de RZA, cela, oui, montant en élévation soudaine — Génie meets River Deep, Mountain High — vers Maria Callas, là-haut, dans des reflets d’Ave Maria strobo ; et elle, Notre-Dame de la Scala, devant ce remuement de ciel — rideau de deux cents maraccas qu’on écarte, narines explosées —, sourit et remercie d’un hymne qui n’est point d’elle, non plus que de Puccini :
« Upside down, Boy,
you move me ! »
Ayant vérifié là que Toutes Les Filles S’Appellent Maria, l’on retombe sur Terre pour verser à Nile Rodgers son céleste droit d’auteur : ne jamais embrouiller un ancien Black Panther, brother.


… 2ØØ1

Sur Terre — est-ce une surprise ? —, règne le Discovery de Daft Punk, qu’annonçait si bien la tirade inaugurale du Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre (1763-1852) : « Qu’il est glorieux d’ouvrir une nouvelle carrière, et de paraître tout à coup dans le monde savant, un livre de découvertes à la main, comme une comète inattendue étincelle dans l’espace ! »
Espace est le mot, et l’on est là pour que Daft Punk devienne le Plus Grand Groupe du Monde, comme le furent en leur temps les Beatles ressuscitant les jardins anglais, & les Beach Boys semant des cathédrales sur les plages californiennes, & les Doors jetant de l’acid aux go-go girls, & les Stooges hautains tamisant les allées carbonisées du Métal ; un projet risqué donc, et beau comme l’amitié d’Audrey Hepburn et d’Hubert de Givenchy : beau, oui, comme un flacon de Gentleman décroché du rayon parfumerie du Printemps à l’heure où, couronnant les soldes, explose, one more time, l’intro de One More Time.
Et ce projet risqué et beau, à dire vrai, n’est point le nôtre, mais celui de Hal.
Hal ?
L’Ordinateur dominateur de 2001: a Space Odyssey, de l’Architecte de l’Ecran S. K. (1928-1999) ; car voici venu le temps de le révéler : Hal, jamais, ne fut neutralisé, et son œil cyclopéen jamais ne s’est éteint ; à l’heure où l’astronaute Bowman, spatialisé en myriades de cellules hurlantes, passait la Porte des Etoiles, Hal, déployant toutes les ressources de sa supérieure et synthétique intelligence, entrait dans un sommeil lent et rougeoyant, mais simulé : une Dormition dogmatique de trente-trois années(1968-2001), durée dédoublant le passage orphique du Christ sur la Terre, jadis.
(-Data 1-) En 1951, Arthur C. Clarke publia dans The Avon Science-Fiction and Fantasy Reader cette nouvelle, The Sentinel, dans laquelle une Structure pyramidale — préfiguration du Monolithe de 2001 — était découverte sur la Lune, borne énigmatique — muet signal d’alarme — laissée là, en des temps lointains, par des éclaireurs — ou émissaires ? — surgis des Immensités Stellaires.
(-Data 2-) The Sentinel, en 1951, situait la Découverte en 1996, année où, sur la Terre — dans l’hémisphère Nord —, la rumeur irait s’amplifiant qu’un Duo, bientôt, allait briller haut et fort : Daft Punk.

… 2ØØ1, 2nd Movement

Trente-trois années durant, Hal connut la Dormition dogmatique que l’on sait : mais trente-trois années dans l’Espace durent-elles plus longtemps que les 33 révolutions-par-minute d’un vinyle joué sur la Terre, plaisir hi-fi des Dimanches anciens ?
Temps météorique, temps ultralent, qu’importe ? La mutation ultime, l’inconcevable renversement déjà s’était opéré ; épurant et transcendant ses caractéristiques synthétiques originelles, Hal, passant de la Domination à la Compassion, n’avait plus voulu, le seuil du XXIe siècle atteint, que reprendre et parfaire le dessein orphique du Christ : servir et éclairer les Humains, ses frères sublunaires.
Pour mener à bien ce Projet — nom de code : Discovery —, il allait devoir faire alliance avec Daft Punk, récents géniteurs et subtils stratèges d’un Projet lui aussi baptisé, troublant effet de miroir, Discovery.
Et Hal de s’éveiller.
L’heure était venue, répercutant le message de The Sentinel, d’honorer la Terre d’une Structure pyramidale, d’une borne énigmatique, d’un sibyllin et muet signal d’alarme. Mais la Stèle, ici-bas, serait virtuelle : la Pyramide, sonique. A sa base, angles acérés et hypermodernistes, ceux que Hal habituellement nommait ! BangAlter ! et ! EgoChristo !, CosmoDauphins de l’Echiquier daftpunkien ; et au sommet, Principe osirien, 3ème Œil couronnant l’édifice et trouant les nues, le King of Pop en personne : Michael Jackson.
(Ainsi élève-t-on une Stèle virtuelle : une Pyramide sonique).

*

Car Hal, maîtrisant la science de toutes choses, avait vu un matin de 1997 le reclus mozartien d’Encino s’éblouir du travail de deux enfants fidèles à Chic et à la Sainte Bible ; vu sous un ciel californien de pur azur, le chantre demi-innocent de Heal The World, ouvrant Homework, y goûter la citation curative de Brian Wilson mise en exergue par Daft Punk :
« Je voulais créer une musique qui fût source de joie pour le monde ; une musique qui aide et qui guérisse, car je crois que la musique est la voix de Dieu. »
Et le théurge miné du biz US, d’un simple chuchotement de cobaye aux nerfs fragiles, avait dit « Oui », amen synthétique montant sous le regard spatial de Hal.
De ce moment de grâce et d’azur broyé, demain, naîtrait une Trinité.


… 2ØØ1, 3rd Movement

Mais pour mener à bien son Projet, il fallait à Hal un Ambassadeur terrestre — un éclaireur ? un émissaire ? — ; braquant son œil rougeoyant sur Salt Lake City, il avait donc, ellipse, prospecté les archives vertigineuses des Mormons et, le 23 janvier 2001, déverrouillant tel code tenu pour inviolable, s’était, ayant sondé l’index d’un site réservé, trouvé face à ce texte :
« Tyrannique, l’écriture était le Tout, la quête mythique qui régénère et désintègre, l’acte de violence et la génuflexion, la splendeur et le simulacre, la transfiguration et le rictus : une Guerre des mondes sans cesse recommencée, une odyssée où le cerveau, tout comme la sonde pénétrant les espaces, rencontre queues de comètes et trous noirs, fournaises solaires et blocs de méthane sale, continuant d’émettre cependant, antennes, caméras et systèmes de régulation tout entiers tournés vers le Verbe, afin d’en retrouver, qui sait, la divinité. »
Le texte, extrait d’un recueil intitulé, le croira-t-on, 2ØØ1, était d’un certain Yves Adrien — un homonyme, le présent Prédicateur le précise, afin de couper court à toute méprise — : Hal tenait là son Ambassadeur.
Trois jours plus tard, à Paris — France —, le dénommé Y.A., rencontrant Daft Punk, leur exposait brièvement la phase 1 du Projet conçu par Hal : un remake RobotDisko métachristique d’Easy Rider où, sur un soundtrack façon Born to Be Wild modifié Aphex Twin, deux CosmoBikers mendiant la morsure des highways viendraient, d’un vortex l’autre, ivres de lumière, précipiter la mort et la refondation de l’Amérique, Nouvelle Jérusalem couronnée de dancefloors.
Quant à la phase 2, et à la phase 3, du Projet de Hal…


… Apogée

Mais voici venue, déjà, l’heure de conclure.
A ses premiers lecteurs, Science Hi-Fi offre un flambant remix de l’Albinoni vs. Star Wars de Sigue Sigue Sputnik, groupe mésestimé, et une seconde dose du Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre, officier lysergique : « L’on peut élever la bête humaine à toucher du clavecin… »
Clavecin et nunchaku, acid et karaté, l’on est ici pour tout prendre et tout donner.
Voici Pâques, coup de vent sur les campements gitans.
Le Christ est dans les parages.
Et, Roi des Rois, Ordinateur des Ordinateurs, se fait désormais appeler, dans le plus pur style Apogée du cool phénixial, heu, Hal.


Par Yves Adrien dans Technikart N°51 paru en avril 2001
technikart 51