SALIM KECHIOUCHE, JEBLI BOSS : « UNE AVENTURE DINGUE »

Salim Kechiouche

Ancien boxeur, Salim Kechiouche, 45 ans, a plus de 60 films au compteur. On l’a vu chez Kechiche, dans Voyoucratie et il sera bientôt dans la série Un prophète.

Légende photo : POSÉ_ Gangster enragé dans la série, Moussa est joué par le comédien devenu réalisateur de talent, Salim Kechiouche (nous vous conseillons grandement L’Enfant du paradis, sorti l’an dernier).

Vous êtes un ancien boxeur ?
Salim Kechiouche : La boxe fait partie de ma vie. J’ai pratiqué la boxe thaï à haut niveau, j’ai été champion de France fin des années 1990, début 2000, mais ce n’est pas toute ma vie.

Vous n’êtes pas marqué pour un boxeur.
Ça va… En boxe anglaise, on prend surtout au visage, en thaï, c’est partout, donc j’ai un peu les épaules fatiguées…

D’où venez-vous ?
De Vaulx-en-Velin, du côté de Lyon. Une cité connue à cause d’émeutes à la suite d’une bavure policière. Mais il y a plein de gens qui se battent sur place pour montrer un autre aspect de cette ville. J’avais essayé le foot mais je m’étais battu avec le capitaine de l’équipe et tout le monde voulait me casser la gueule. Il fallait que j’apprenne à me défendre, car je savais que j’allais les recroiser dans la cité, donc je me suis inscrit à la boxe. J’ai commencé à 13 ans. Au même moment, j’ai perdu ma maman et j’avais besoin d’un exutoire. 

Et les études ?
En même temps que la boxe, je faisais des études littéraires dans une école privée, catholique. J’étais le premier de ma classe et très fort en sport. 

Comment êtes-vous entré dans le monde du cinéma ?
Grâce à un casting sauvage. Et à 15 ans, Gaël Morel m’a fait tourner dans son premier film, À toute vitesse, avec Élodie Bouchez. Puis François Ozon, dans Les Amants criminels… 

Une de vos grandes rencontres cinématographiques, c’est Abdellatif Kechiche.
Ensemble, on a fait La Vie d’Adèle et les trois volets de Mektoub my Love. 

Ça va sortir un jour ?
Oui, oui. Pour Intermezzo, ça peut attendre, c’est un intermède, comme son nom l’indique, un film très expérimental. Quant au Canto Due, le troisième volet, il est tourné, monté, c’est une question de timing.

Vous étiez très flippant dans l’excellent Voyoucratie du duo FGKO.

C’était un de mes premiers rôles de voyou, et j’étais en tête d’affiche. J’avais beaucoup donné dans le cinéma d’auteur avec des rôles sensibles, au théâtre, et là, j’agressais des gens au cutteur, un peu comme dans Irréversible. Ça m’a ouvert pas mal de portes, notamment pour Braqueurs. J’aime bien jouer les méchants, ils sont parfois plus intéressants que le héros du film. 

Et Ourika ?
Ça a été une aventure dingue, même si ça fait un peu bateau de dire cela. Que cela soit avec Booba, Clément Godart, Adam, Noham ou les techniciens, ça a été titanesque. Nous avions de vrais rôles, de bons personnages, et le tout est très cinématographique, grâce à nos talentueux chefs opérateurs. 

Qui est votre personnage ?
Moussa représente l’ancienne génération des truands. Ça se passe en 2005 et il mène son business de shit à l’ancienne, un commerce familial. Il va tomber et son petit frère va devoir prendre sa suite, un peu comme dans la trilogie du Parrain, que je me refais en ce moment. Si on doit me comparer à un personnage du Parrain, ça serait plutôt Sonny Corleone, incarné par James Caan, un nerveux, un sanguin, qui règle tout avec ses poings. 

Et Booba ?
Il est très humble, très intelligent dans sa manière d’aborder les choses. Il était sur l’écriture, la direction artistique, et il est venu jouer son rôle. Et il est excellent. Sur toutes mes scènes avec lui, je l’ai trouvé très juste, hyper fort ! On a déjà vu des chanteurs pas très bons sur grand écran, mais lui, il a vraiment quelque chose, on croit vraiment à son personnage. 

Il avait son mot à dire sur le choix des comédiens, il vous a validé ?
Il était là à tous les niveaux. 

Êtes-vous déjà passé derrière la caméra ?
Pour ne pas attendre ou courir après le désir de metteurs en scène, j’ai pris mon destin en main et je suis devenu réalisateur. J’ai mis en scène un court et un long-métrage, L’Enfant du paradis, un film indépendant sorti le 6 décembre dernier, un petit budget de 200 000 euros – mon cachet pour Braqueurs que j’ai totalement réinvesti. C’est difficile de rentrer dans le milieu des réalisateurs. C’est une petite famille, mais qui n’ouvre pas facilement ses bras à un mec comme moi. Mais j’y crois, je me bats. J’écris mon second long, avec un budget plus conséquent et un distributeur cette fois-ci. Je veux mener de front mes deux carrières d’acteur et de réalisateur. 

Quels sont vos projets ? 
Je vais présenter L’Enfant du paradis aux États-Unis, puis on va me voir dans la série Un prophète d’Abdel Raouf Dafri, où je joue l’avocat de la famille, le film algérien Bin’o Bin, le Kechiche et le film belge L’Enfant bélier. Bref, vous n’en avez pas fini avec moi…


Par Marc Godin
Photos Axel Vanhessche