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Lou Reed était-il une pop star?

Warhol n'était pas que le visionnaire pop art qui avait tout pigé avant tout le monde : il était aussi complètement à côté de la plaque. Quand il tourne ses court-métrages en 16mm avec Edie Sedgwick dans une cuisine, il croit qu'Hollywood va l'appeler pour le prochain Liz Taylor. Quand il décide de s'occuper d'un groupe de rock, il pense que celui-ci va détrôner les Beatles. Andy Warhol a produit le premier album du Velvet Underground, réalisé la pochette (à la banane), et il n'a pas compris: le disque a été «rejeté par toutes les majors en raison du sujet des chansons – héroïne, SM, mort».
C'est John Cale, cofondateur du groupe, qui me racontait ça, comment le Velvet n'a eu aucun succès – une succession de flops. Il m'a aussi beaucoup parlé de l'autre cofondateur, Lou Reed. L'homme qui lui a fait son premier shoot, celui qui était toujours partant pour emmener la pop dans ses retranchements les plus obscurs: «L'image qu'on donnait de nous-même était celle de gens bizarre, sadiques, distants, inamicaux et désagréables. On ne se considérait pas comme des artistes de divertissement.»
Le groupe managé par Warhol ne répond alors à aucun critère pop : il n'est pas populaire, ne divertit pas, n'épouse pas le goût du jour (hippie), n'adopte pas des poses rigolotes pour passer dans les médias. Ils étaient les anti-Beyoncé, les anti-Justin Bieber, et pourtant, et justement: Lou Reed et le Velvet sont, quarante-trois ans après leur dislocation, vénéré comme le plus cultissime des groupes pop. Pourquoi Lou Reed survivra-t-il à sa mort et jamais ne passera de mode ? Parce qu'il était anti-mode, anti-périssable. Ses albums (les meilleurs: Transformer, Growing Up in Public, New York, The Bells, Berlin, Legendary Hearts) parlent pour lui. Il voulait qu'on le prenne pour un poète, un écrivain, un photographe, un grand artiste. Il restera comme une incroyable pop star. Un titre qu'il trouvait bêtifiant. Parce que lui, finalement, n'était pas du tout à côté de la plaque.
Benoît Sabatier

«La Vie d'Adèle»: et si on parlait cinéma?

On dit parfois d'un sportif qu'il a du mal à résister au «poids de l'événement». Un film, c'est un peu la même chose. Pas tous les films, pas n'importe quel film, mais celui-là, oui. Alors, «la Vie d'Adèle» est-il capable de résister au poids de l'événement qu'il a lui-même créé à Cannes ?
Cinq mois plus tard, le cinquième long d'Abdellatif Kechiche a perdu quelques minutes mais conservé intacts un poids, une dimension propre à foutre la honte à tous les films (souvent français) qui ont cherché comme lui à toucher à l'intime, le réduisant à l'infiniment petit, l'infiniment minable et l'infiniment chiant.
Le naturalisme n'est pas chez Kechiche un dogme cache-misère ni une excuse pour jouer petit bras, mais un moyen, une méthode, pour accéder à l'épique. Avec application, il reformule son sujet de prédilection, le regard, ici le regard de ses deux héroïnes l'une sur l'autre. C'est ce regard qui structure toutes les scènes, y compris celles de cul, ce regard qui fait ou défait la bulle qu'elles occupent au milieu des autres (idée qui culmine dans une étonnante scène de bar découpée de manière à les isoler du monde environnant), ce regard qui devient à la fois l'enjeu de la mise en scène et son principe actif. Quand les deux actrices cessent de se regarder, que le film les sépare, et que l'une des deux se retrouve seule à l'écran, il y a un vide physique, une béance, un manque terrible, obsédant, y compris pour le spectateur.
Kechiche réussit là son film le moins sociologisant, le moins accusateur, peut-être malgré lui (il en parle comme d'un film «de classes»), un vrai film d'amour fou, énorme par son lyrisme et par la façon dont l'époque semble avoir choisi de se refléter en lui. Mais alors, le poids de l'événement ? On sait que les principaux responsables ont salement craqué sous la pression. Le film, lui, a tenu bon.
Sortie le 9 octobre.

A lire également notre analyse sur la campagne promo en forme de désastre de «la Vie d'Adèle» dans «Technikart» en kiosques.

Léonard Haddad

Jean-Pierre Mocky: "Aymeric Caron ? C'est un vermisseau !"

Début juin, Jean-PierreMocky était l'invité d'«On n'est pas couché» pour y défendre son film, «le Renard Jaune». Il a gentiment accepté de nous raconter les coulisses du clash.

Jean-Pierre Mocky, lors de votre passage chez Ruquier, vous accusiez ses chroniqueurs Natacha Polony et Aymeric Caron de ne pas avoir aimé votre film pour s'être reconnus dans la médiocrité des personnages. C'est pas un peu facile ?
Ah, ces deux-là, c'est des as ! Un désastre, parce que moi, j'aime bien les autres, Naulleau et Zemmour. C'est Laurel et Hardy. Il y en a un qui dit: «Oui, c'est très bien» et l'autre qui dit: «Non». Y a une polémique. Ruquier, qui est un garçon très bien et assez courageux dans son genre, m'invite de temps en temps. Et là, il m'invite pour m'aider pour le Renard Jaune. J'arrive dans la salle de maquillage, et Polony, qui était enceinte jusqu'aux dents et l'autre, le rigolo...

Aymeric Caron ?
Ils venaient de sortir de la salle de projection. Et déjà, je sens qu'ils me saluent froidement. Ils auraient pu me dire: «Mocky, ça va ?» Alors qu'ils me disent: «Bonjour Monsieur Mocky.» Je sors et un membre de l'équipe me dit: «Ecoutez Mocky, méfiez-vous, ils vont vous descendre à mort.» Alors, quand je suis arrivé sur scène, je le savais, j'étais averti. Donc j'ai attaqué avant même qu'ils ne m'attaquent. (Rires.) C'est la vieille histoire, vous savez: quand vous êtes dans une ruelle et que vous voyez des types, il faut les attaquer avant qu'ils ne sortent le

Eric Judor: «Le marché du cinoche, c'est incompréhensible»

Dans «Technikart», aujourd'hui en kiosques, Eric Judor parle de «Platane», de Ramzy, du pouvoir, de sa maman, de la «carte» et du cinéma, comme ici. Extraits.

TA 175 couv smallAvec Ramzy, vous êtes toujours bankable aujourd'hui ?
Aucune idée. Au cinéma ? On fait la Tour Montparnasse 2, donc ça veut dire que ça va : on peut continuer de faire des films.

Vous avez sorti plusieurs films qui n'ont pas marché.
Oui. Ecoute, il doit y avoir des gens qui croient encore en notre potentiel. Y a eu un truc qui nous est arrivé quand, avec Ramzy, on est allés voir Rihanna et Beyoncé en concert à Bercy. Les deux fois où on est entrés dans la salle, il y a eu une ovation. Donc on se dit: «C'est bizarre quand même, après quinze ans, on a ce public, encore, qui attend le bon projet.» Comme si

eFukt, le grand bêtisier du porno

Un site compile les coulisses du porno. Souvent cracra, parfois tragique, presque tout le temps drôle.

Peut-on rire de tout ? Et surtout, peut-on rire du porno ? C'est sûrement les deux seules questions sérieuses que pose eFukt, un site à l'humour lubrique et au rire gras. Ce qu'on y trouve ? Du porno trash, du porno rigolo, mais surtout du porno qui part en couilles. Compilations de perles allemandes, acteurs maladroits, actrices qui se rebellent, classements d'orgasmes féminins, problèmes anaux, bodybuildés surpris en soubrette, filles qui ne se souviennent plus du «safe word»: on parcourt les centaines de vidéos, mises en ligne depuis 2005, partagé entre hilarité, dégoût et parfois incompréhension. Ça monte les vidéos comme il faut (en anglais seulement) pour saisir les quelques minutes de jeux de mots bien sentis et de bandes-son au poil. Parmi les classiques: «Hey daddy, look what I can do», «Shit on my dick» ou «Ass to mouth with consequences» (on ne traduit pas).
Avec son gros millier d'abonnés sur Twitter et ses 7000 fans Facebook, eFukt connaît une petite popularité. Pourtant, rien ne fuite sur l'identité des créateurs . Seul un hibou, la bite à l'air, surveille le site en page d'accueil. Dans l'onglet «Contact», on découvre une petit précision: «Les mails de fans sont toujours appréciés. Les photos de ta sœur nue, encore plus.»
www.eFukt.com
Valentin Noël

La grosse patate de Jodorowsky

Avec "La Danza de la Realidad", Alejandro Jodorowsky prouve qu'il en a encore sous le capot. A 84 ans.

Le vieux monsieur psyché replonge dans ses souvenirs d'enfance pour en ramener une collection de vignettes baroques, d'instants de grâce juvénile et de regrets jamais vraiment déglutis. Après un hiatus ciné de vingt-trois ans, Alejandro Jodorowsky s'offre un come-back en forme d'autobio (à moins que ce soit le contraire), un film délicat et accueillant, occupant un territoire sensible sur lequel son cinéma n'avait jusque-là jamais posé le pied. Moins trip, plus aux tripes, La Danza de la Realidad est sans doute ce qu'il a fait de mieux.
Il y a bien des ânes découpés à la machette, des nains avec des sombreros, des grosses madames avec des seins qui débordent de leur corset, mais il y a surtout, derrière ce bestiaire freaks familier

David Chase: «L’atmosphère du New Jersey est étrange»

 

David Chase se confie longuement dans «Technikart». Il y parle des «Soprano», de son film «Not Fade Away», de Gandolfini, de la pop culture. Et du New Jersey, of course. Extrait.

«Pour un endroit aussi petit, c'est vrai qu'il se dégage du New Jersey une atmosphère assez dingue, une étrangeté. Cela vient peut-être de sa combinaison très particulière entre nature sauvage et urbanisation. Là où j'ai grandi, on est à quoi, vingt-cinq kilomètres de New York tout au plus ? Très très près, en tout cas. Si tu montes sur la plus haute colline du coin, tu vois New York la nuit. Il y a encore partout ces espèces de territoires presque vierges avec des rivières, de la forêt... Il y a quelques jours, on a encore trouvé un ours dans un arbre sur une place à Montclair, à même pas vingt kilomètres de Manhattan. Un bon gros ours adulte d'un an. Il y a cette idée de la « frontière ». Tu as New York. Puis l'Hudson river. Et tout ce qui est à l'ouest de l'Hudson eh bien c'est... c'est l'ouest, justement. L'ouest des cow-boys et des Indiens. D'ailleurs, c'est là que beaucoup des premiers westerns ont été tournés. The Great Train Robbery a été tourné dans les forêts du New Jersey.»
Entretien Léo Haddad

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