Technikart

Olivia Mokiejewski, emmerdeuse de profession

Le mardi 12 novembre, Olivia Mokiejewski dévoile sur France 2 "Une vie de cochon", son doc sur le porc. Mais quelles sont les méthodes de travail de cette "Emmerdeuse", déjà remarquée grâce un autre doc choc, "Coca-Cola et la formule secrète"?

Elle nous attend le nez dans son iPhone sur la terrasse ensoleillée du Wepler, une grande brasserie parisienne de la place de Clichy. Elle, c'est Olivia Mokiejewski, une fortune au Scrabble sur «mot compte triple» et la version junior d'une Elise Lucet rebootée bâton dans les roues des puissants de ce monde. Olivia s'est fait remarquer l'hiver dernier en essayant de découvrir la recette d'un breuvage qu'elle avoue consommer depuis vingt-cinq ans de manière addictive: Coca-Cola. Dans son doc, coréalisé avec Romain Icard, cette grande fille longiligne de 36 ans y dévoile, en plus d'une abnégation journalistique qui fait plaisir à voir, quelques scoopinets qui vous font passer toute envie d'ingurgiter la boisson inventée par le pharmacien John Pemberton.

Pendant la grosse heure que dure Coca-Cola et la formule secrète, Olivia révèle entre autres que: le taux du fameux colorant caramel E150d contenu dans le Coca est plus élevé en Europe qu'aux States, le sucre ingurgité par une consommation du soda à haute dose est aussi néfaste que deux paquets de cigarettes par jour, l'utilisation de la feuille de coca est toujours éludée par la firme d'Atlanta (même si c'est inoffensif, imaginez la terreur des consommateurs); mais surtout que: tous les syndicalistes qui se sont élevés face au géant américain ont disparu des organigrammes ou de la circulation et que pour se fournir en eau (trois litres sont nécessaires pour la fabrication d'un litre de Coca), les troupes du big boss Muhtar Kent ont littéralement

«The Major» en mode majeur

Week-end sous la flotte, l'occasion d'aller voir «The Major», grosse baffe du Russe Yuri Bykov.

Le mec est pressé, sa femme est sur le point d'accoucher. De la neige plein la route mais s'en fout, il trace. Le montage ultra-cut, les changements d'axes agressifs, le bitume qui défile à toute berzingue: tout nous dit qu'un truc terrible va arriver. Le gamin est percuté de plein fouet. Sur le bord de la route la maman est tombée dans les vapes. Le choc était brutal mais le mec au volant n'a rien, à peine le nez pété. Terminator, le gars. Cherche même pas à prendre la fuite. Premier réflexe, choper par le colbac la mère encore dans les vapes et l'enfermer dans le coffre de son 4x4. La route est déserte, le corps du gamin, inanimé. Le mec décroche son téléphone: «Faudrait venir m'aider à nettoyer ce bordel, les gars.»

On est en Russie, le mec en question – et ses collègues «nettoyeurs» – ne sont pas des mafieux scorsesiens mais des flics lambdas, et les visées socio de «The Major» se font entendre dès qu'on le saisit. Les institutions russes vacillent, oui, mais ça n'empêche pas la maman de reprendre conscience à l'arrière du véhicule.

Cinéma de genre délocalisé
On va en faire quoi d'elle, alors ? Lui foutre une balle entre les deux yeux et faire disparaître les corps ? Ou maquiller l'accident et lui en faire porter le chapeau ? Le film a débuté depuis un quart d'heure et se trouve là, maintenant, à son premier carrefour. Les personnages minéraux, l'incarnation physique des plans séquences virtuoses, la fétichisation des gueules et des guns: tout nous dit qu'on file tout droit vers une idée de cinéma de genre délocalisé dans un no man's land enneigé. Mais, à l'arrière du coffre, la maman s'agite. Le thriller promis, elle, ça ne l'intéresse pas du tout. Elle veut sa procédure dans les règles, ses dialogues dans des bureaux gris, sa radioscopie d'un pays rincé. Il faut une scène et à peu près un quart d'heure 

Lou Reed était-il une pop star?

Warhol n'était pas que le visionnaire pop art qui avait tout pigé avant tout le monde : il était aussi complètement à côté de la plaque. Quand il tourne ses court-métrages en 16mm avec Edie Sedgwick dans une cuisine, il croit qu'Hollywood va l'appeler pour le prochain Liz Taylor. Quand il décide de s'occuper d'un groupe de rock, il pense que celui-ci va détrôner les Beatles. Andy Warhol a produit le premier album du Velvet Underground, réalisé la pochette (à la banane), et il n'a pas compris: le disque a été «rejeté par toutes les majors en raison du sujet des chansons – héroïne, SM, mort».
C'est John Cale, cofondateur du groupe, qui me racontait ça, comment le Velvet n'a eu aucun succès – une succession de flops. Il m'a aussi beaucoup parlé de l'autre cofondateur, Lou Reed. L'homme qui lui a fait son premier shoot, celui qui était toujours partant pour emmener la pop dans ses retranchements les plus obscurs: «L'image qu'on donnait de nous-même était celle de gens bizarre, sadiques, distants, inamicaux et désagréables. On ne se considérait pas comme des artistes de divertissement.»
Le groupe managé par Warhol ne répond alors à aucun critère pop : il n'est pas populaire, ne divertit pas, n'épouse pas le goût du jour (hippie), n'adopte pas des poses rigolotes pour passer dans les médias. Ils étaient les anti-Beyoncé, les anti-Justin Bieber, et pourtant, et justement: Lou Reed et le Velvet sont, quarante-trois ans après leur dislocation, vénéré comme le plus cultissime des groupes pop. Pourquoi Lou Reed survivra-t-il à sa mort et jamais ne passera de mode ? Parce qu'il était anti-mode, anti-périssable. Ses albums (les meilleurs: Transformer, Growing Up in Public, New York, The Bells, Berlin, Legendary Hearts) parlent pour lui. Il voulait qu'on le prenne pour un poète, un écrivain, un photographe, un grand artiste. Il restera comme une incroyable pop star. Un titre qu'il trouvait bêtifiant. Parce que lui, finalement, n'était pas du tout à côté de la plaque.
Benoît Sabatier

«La Vie d'Adèle»: et si on parlait cinéma?

On dit parfois d'un sportif qu'il a du mal à résister au «poids de l'événement». Un film, c'est un peu la même chose. Pas tous les films, pas n'importe quel film, mais celui-là, oui. Alors, «la Vie d'Adèle» est-il capable de résister au poids de l'événement qu'il a lui-même créé à Cannes ?
Cinq mois plus tard, le cinquième long d'Abdellatif Kechiche a perdu quelques minutes mais conservé intacts un poids, une dimension propre à foutre la honte à tous les films (souvent français) qui ont cherché comme lui à toucher à l'intime, le réduisant à l'infiniment petit, l'infiniment minable et l'infiniment chiant.
Le naturalisme n'est pas chez Kechiche un dogme cache-misère ni une excuse pour jouer petit bras, mais un moyen, une méthode, pour accéder à l'épique. Avec application, il reformule son sujet de prédilection, le regard, ici le regard de ses deux héroïnes l'une sur l'autre. C'est ce regard qui structure toutes les scènes, y compris celles de cul, ce regard qui fait ou défait la bulle qu'elles occupent au milieu des autres (idée qui culmine dans une étonnante scène de bar découpée de manière à les isoler du monde environnant), ce regard qui devient à la fois l'enjeu de la mise en scène et son principe actif. Quand les deux actrices cessent de se regarder, que le film les sépare, et que l'une des deux se retrouve seule à l'écran, il y a un vide physique, une béance, un manque terrible, obsédant, y compris pour le spectateur.
Kechiche réussit là son film le moins sociologisant, le moins accusateur, peut-être malgré lui (il en parle comme d'un film «de classes»), un vrai film d'amour fou, énorme par son lyrisme et par la façon dont l'époque semble avoir choisi de se refléter en lui. Mais alors, le poids de l'événement ? On sait que les principaux responsables ont salement craqué sous la pression. Le film, lui, a tenu bon.
Sortie le 9 octobre.

A lire également notre analyse sur la campagne promo en forme de désastre de «la Vie d'Adèle» dans «Technikart» en kiosques.

Léonard Haddad

Jean-Pierre Mocky: "Aymeric Caron ? C'est un vermisseau !"

Début juin, Jean-PierreMocky était l'invité d'«On n'est pas couché» pour y défendre son film, «le Renard Jaune». Il a gentiment accepté de nous raconter les coulisses du clash.

Jean-Pierre Mocky, lors de votre passage chez Ruquier, vous accusiez ses chroniqueurs Natacha Polony et Aymeric Caron de ne pas avoir aimé votre film pour s'être reconnus dans la médiocrité des personnages. C'est pas un peu facile ?
Ah, ces deux-là, c'est des as ! Un désastre, parce que moi, j'aime bien les autres, Naulleau et Zemmour. C'est Laurel et Hardy. Il y en a un qui dit: «Oui, c'est très bien» et l'autre qui dit: «Non». Y a une polémique. Ruquier, qui est un garçon très bien et assez courageux dans son genre, m'invite de temps en temps. Et là, il m'invite pour m'aider pour le Renard Jaune. J'arrive dans la salle de maquillage, et Polony, qui était enceinte jusqu'aux dents et l'autre, le rigolo...

Aymeric Caron ?
Ils venaient de sortir de la salle de projection. Et déjà, je sens qu'ils me saluent froidement. Ils auraient pu me dire: «Mocky, ça va ?» Alors qu'ils me disent: «Bonjour Monsieur Mocky.» Je sors et un membre de l'équipe me dit: «Ecoutez Mocky, méfiez-vous, ils vont vous descendre à mort.» Alors, quand je suis arrivé sur scène, je le savais, j'étais averti. Donc j'ai attaqué avant même qu'ils ne m'attaquent. (Rires.) C'est la vieille histoire, vous savez: quand vous êtes dans une ruelle et que vous voyez des types, il faut les attaquer avant qu'ils ne sortent le

Eric Judor: «Le marché du cinoche, c'est incompréhensible»

Dans «Technikart», aujourd'hui en kiosques, Eric Judor parle de «Platane», de Ramzy, du pouvoir, de sa maman, de la «carte» et du cinéma, comme ici. Extraits.

TA 175 couv smallAvec Ramzy, vous êtes toujours bankable aujourd'hui ?
Aucune idée. Au cinéma ? On fait la Tour Montparnasse 2, donc ça veut dire que ça va : on peut continuer de faire des films.

Vous avez sorti plusieurs films qui n'ont pas marché.
Oui. Ecoute, il doit y avoir des gens qui croient encore en notre potentiel. Y a eu un truc qui nous est arrivé quand, avec Ramzy, on est allés voir Rihanna et Beyoncé en concert à Bercy. Les deux fois où on est entrés dans la salle, il y a eu une ovation. Donc on se dit: «C'est bizarre quand même, après quinze ans, on a ce public, encore, qui attend le bon projet.» Comme si

eFukt, le grand bêtisier du porno

Un site compile les coulisses du porno. Souvent cracra, parfois tragique, presque tout le temps drôle.

Peut-on rire de tout ? Et surtout, peut-on rire du porno ? C'est sûrement les deux seules questions sérieuses que pose eFukt, un site à l'humour lubrique et au rire gras. Ce qu'on y trouve ? Du porno trash, du porno rigolo, mais surtout du porno qui part en couilles. Compilations de perles allemandes, acteurs maladroits, actrices qui se rebellent, classements d'orgasmes féminins, problèmes anaux, bodybuildés surpris en soubrette, filles qui ne se souviennent plus du «safe word»: on parcourt les centaines de vidéos, mises en ligne depuis 2005, partagé entre hilarité, dégoût et parfois incompréhension. Ça monte les vidéos comme il faut (en anglais seulement) pour saisir les quelques minutes de jeux de mots bien sentis et de bandes-son au poil. Parmi les classiques: «Hey daddy, look what I can do», «Shit on my dick» ou «Ass to mouth with consequences» (on ne traduit pas).
Avec son gros millier d'abonnés sur Twitter et ses 7000 fans Facebook, eFukt connaît une petite popularité. Pourtant, rien ne fuite sur l'identité des créateurs . Seul un hibou, la bite à l'air, surveille le site en page d'accueil. Dans l'onglet «Contact», on découvre une petit précision: «Les mails de fans sont toujours appréciés. Les photos de ta sœur nue, encore plus.»
www.eFukt.com
Valentin Noël