Cinéma pour tous ?
- Publié le 18 mai 2013
Ne pas délirer comme nos confrères sur «l’Inconnu du lac»: est-ce faire preuve d’homophobie ou d’un minimum de goût. Notre enquête (très) exclusive.
A peine le deuxième jour de compèt’ et déjà plein de questions insolubles dans notre tête. Par exemple celle-là : pour le spectateur mâle hétéro, la bite est-elle nécessairement une invitation à passer son chemin ? On a voulu le croire en sortant dubitatif de l’Inconnu du lac, le nouveau film d’Alain Guiraudie, peuplé de garçons naturistes batifolant dans des sous-bois, avant qu’un crime crapuleux ne vienne foutre en l’air ce summer of love idyllique.
Le véritable horizon de l’Inconnu du lac nous semblant être sa revendication absolue de sa gay-itude, sa volonté de se présenter d’un bout à l’autre comme un film ghetto, on choisit de ne pas se sentir concernés. Très bien, affaire classée, allez hop\! projo suivante.
Le souci c’est qu’appréhender le film sur le seul terrain de son esthétique gay sciemment hermétique, c’est aussi se confronter à l’argument massue de l’homophobie, dès que le débat commence à durer. Tard dans la nuit, un confrère gentiment tartiné et d›humeur badine nous balance d’ailleurs : « François, je suis au moins aussi homophobe que toi, et j’ai trouvé le film extraordinaire... hips...» avant d’aller s’en jeter un. Mince, il y aurait donc autre chose ?
"Ouhlala le Guiraudie, putain c›est sublime."
Les journalistes des différents canards connexes se succèdent près du bar les uns après les autres, l’air franchement navrés qu’on ne partage pas leur enthousiasme. Le film-ghetto, ils ne l›ont pas vu, eux,
le geste de cinéma leur a paru colossal et même les bites, il les ont trouvées toniques, splendidement érotisées.
S’agit dès lors de prendre le film par un autre bout – celui du cinéma pourquoi pas. Plus que les zizis, ce qui caractérise l’œuvre de Guiraudie, c›est son arsenal de dispositifs-ciné Panzer théorico-Straubiens. Refouillons dans nos souvenirs de projo. D’abord le huis-clos en plein air, qui débouche sur une répétition des plans et des scènes jusqu’à épuisement total de toute matière narrative. Au bout d’une heure de marivaudage hyper-naturaliste, l’Inconnu bifurque sans sommation vers le film noir post-moderne avec femme fatale à moustache. On est alors quelque part entre Nouvelle Vague essorée et Holywood Vintage avé l’accent du sud-ouest, et franchement on n’a pas envie d’y rester trop longtemps. Sa nature informe, ses fixettes théoriques d’un autre temps, son jmenfoutisme qui s’imagine libertaire : pas de doute, on tient bien là un triste représentant Cahiers old style, plutôt qu’une méga partouze sponsorisée par Têtu, davantage l’énième avatar d’un certain courant critico-artistique (axe Daney-Biette) qu’une véritable invitation à jouir.
La rêverie érotico-cinéphile est tellement assénée, jetée à l’écran avec mode d’emploi et dossier de presse, que ne subsiste finalement que l’absence de vie, de pulsation, l’incapacité folle à nous faire bander, non pas parce que les deux qui baisent là, à l’écran, ont du poil au menton, mais par que le type qui les filme, entre chromo 50’s et naturalisme forcené, n’en a au fond pas grand chose à foutre d’eux. Encore un dernier effort pour se rappeler, comme une épiphanie, que la supra-bombasse Hafsia Herzi n’a jamais été aussi peu excitante que dans le Roi de l’Evasion (le précédent Guiraudie), où elle pratiquait pourtant le full frontal sans chichis. Alle-fuckin-lujah !, l’enquête est verrouillée à double tour ; les bites, innocentées; les confrères avec lesquels on n’est jamais d’accord, parfaitement raccords avec leurs antécédents ; Guiraudie sous les barreaux ; notre conscience, lavée. Ouf, le monde tourne rond, tout est bien à sa place. A peine le deuxième jour cannois, et déjà une réponse.
François Grelet
Télécharger Technikart SuperCannes jour 3.
On connaît déjà la Palme d’Or
- Publié le 17 mai 2013
La loi des statistiques a déjà donné son verdict. And the winner is...
Quel point commun entre Fahrenheit 9/11, l'Eternité et un jour, Mission, la Méprise et Adieu ma concubine ? Tous ces films ont eu la Palme d'Or. Mais aussi: ils ont été projetés le troisième jour du Festival. On les appelle «les films du premier vendredi» et ce sont eux, les films gagnants. C'est une étude Médiamétrie qui le révèle. Pour rafler la Palme d'Or, il faut qu'un film jouisse d'une projo ce jour précis.
Tout est maintenant couru d'avance ? Pas totalement, puisqu'il y a deux films en lice ce vendredi. Qui du Passé de Asghar Farhadi ou de Soshite Chichi Ni Naru de Hirokazu Kore-eda va remporter l'affaire ? C'est la seule question qu'il reste aux pronostiqueurs de tous poils. Médiamétrie n'a plus qu'à lancer une étude pour savoir quel jour est projeté le film qui remportera le Prix du Scénario, quelle date pour le Prix de la meilleure interprétation féminine, etc. Jacques Boncart, responsable de l'enquête à Médiamétrie: «Ce sont des statistiques, donc elles ne mentent pas, et ne sont pas régies par la loi du copinage, loi si souvent reprochée au milieu du cinéma. Cette statistique ne tue pas pour autant la compétition, car elle est de 23,4%, et il restera toujours la magie du septième art qui, elle, est plus difficilement quantifiable.»
«Le Congrès»: Ari dans tous ses états
- Publié le 17 mai 2013
Cinq ans après le choc «Valse avec Bachir», le génial Ari Folman réunit diverses formes de SF (K. Dick, japanim’, Wacho, série A, B, Z) en un seul et même gros gâteau vertigineux, entre trip planant et vol plané.
Ce n’est pas un film pour les puristes. Des puristes, il y en a plein parmi les commentateurs du cinéma, des gens qui aiment leur SF à l’ancienne, leur cinéma de genre bien cuit, leurs films d’auteur assaisonnés mais pas trop, leur animation aux petits oignons. Le Congrès leur –nous– dit gentiment merde à tous, pas toujours gentiment d’ailleurs, en suivant une logique totalement libre, libre comme peut l’être une figure en patinage artistique ou un homme qui court dans l’enceinte d’une prison, filmé par Michael Mann.
D’un film à l’autre, de Bachir au Congrès, il n’y a pas qu’un pas, fût-il de géant, mais dix, vingt, cent, une longue marche, née d’une envie de «s’écarter le plus loin possible» de sa valse autobiographique. Ari Folman n’étant manifestement pas du genre à
Baz Luhrmann: «Je ne suis pas James Cameron»
- Publié le 16 mai 2013
C'est pas parce qu'on n'aime pas «The Great Gatsby» qu'on va se priver d'une bonne interview avec son réalisateur Baz Luhrmann.
Baz Luhrmann, «Gatsby», Cannes, l'ouverture, tout ça ?
Tu sais, un film que tu livres, c'est comme un bébé qui naît. Tu l'as gardé en toi pendant des années et puis d'un seul coup, blam ! Dans ces moments-là, j'ai envie de tout laisser tomber. C'est comme... comme un jet lag cinéma, ou plutôt un jet lag cinéma postnatal. Tu vois ce que je veux dire ?
Parlez-vous le Cannes 2013 ?
- Publié le 16 mai 2013
Voici d’une traite toutes les banalités qu’il faut savoir dire sur Cannes 2013 et les questions qu’il faut savoir (se) poser. Comme ça, après, on sera débarrassés et on pourra passer à autre chose.
Allez hop, top chrono, vous êtes prêts ? Il ne vous aura pas échappé que les plus grandes stars ont donc été placées au jury ou en ouverture. A propos d’ouverture, c’est la seconde pour Baz Luhrmann après Moulin Woooge en 2001. En plus, cette année, Robert Redford est à l’honneur lui aussi, le Gatsby de Jack Clayton, c’est fou, une coïncidence pareille, all is not lost, Leo et Bob vont-ils dîner ensemble ou, mieux, faire des interviews croisées ? On notera d’ailleurs l’omniprésence des Américains cette année, d’autant plus remarquable qu’il y a aussi tout plein de Français. En fait, c’est le grand festival de l’amitié franco-américaine, Cannes.
Wampire, rois de Portland
- Publié le 15 mai 2013
Analyse géographico-musicale du meilleur newcomer de l'année.
Vu d'ici, Portland, c'est le Berlin des Yankees, mais avec moins de pitres. Une ville qui oublie de se la péter, où on prend le temps de glander et créer. Historiquement, les artistes et marginaux américains se regroupaient à San Francisco. Mais San Francisco a subi de plein fouet les conséquences de la mondialisation, devenant à l'image de New York une ville Starbucks comme une autre, remplie d'étudiants prétentieux, de cols blancs au bout du rouleau et de clodos assez peu décoratifs. A fuir. Pour aller où ? Au sud, Los Angeles ? Génial, mais très showbiz - il faut y avoir des contacts pour éviter de se retrouver à louer ses fesses du côté de Skid Row. Au nord, Seattle ? La ville de «Streetwise», assez glauque, une des occupations favorites de la jeunesse locale restant la consommation d'héroïne – c'est là que Kurt Cobain a fini sa vie et qu'une bonne partie de «Permanent Midnight» a été tourné.
Bienvenue dans le débilestream
- Publié le 14 mai 2013
Des chorégraphies chevalines de Psy au succès de Nabilla ou aux Atl Twins, l'époque a basculé la tête la première dans le débilestream. Auteur de «Pharmacologie du Front national» ou «De la misère symbolique», le philosophe Bernard Stiegler en décrypte les enjeux.
Bernard Stiegler, on a l'impression qu'il y a une survalorisation de la bêtise aujourd'hui. Comment en est-on arrivé là ?
Très utile pour marquer les esprits, la culture a été instrumentalisée à partir des années 1920-30 au service du marketing, du développement économique et du contrôle des comportements. Les artistes ont marché à fond là-dedans, tout ça par pur intérêt. Le consumérisme culturel a fini par devenir le consumérisme tout court.







