Styliste la plus baroque de la place parisienne, Stéphanie Brissay est venue nous présenter les coulisses de son métier, des éditos cultes et les titres où sont nées les plus grandes tendances de ces dernières décennies. Interview culture mode.
Vous êtes née en Auvergne. Que lisaient vos parents ?
Stéphanie Brissay : Ma mère avait Vogue et Elle.
Le premier magazine que vous avez acheté ?
Aucune idée.
Mais alors d’où vous est venu votre intérêt pour les magazines de mode et le stylisme ?
Par hasard. Mais j’ai surtout découvert la mode via le cinéma. Ensuite, j’ai fait des études aux Beaux-Arts et à l’École du Louvre. J’avais fait une demande de stage à Vogue et j’y suis restée un an, puis j’ai été engagée comme assistante styliste et ça a démarré.
À quoi ressemblait le métier à l’époque ?
J’ai eu la chance d’assister Franceline Prat (la styliste d’Helmut Newton, de Guy Bourdin), Carine Roitfeld… Le métier était bien là, et il était fun, les stylistes avaient beaucoup de liberté pour s’exprimer et, on ne va pas se mentir, beaucoup plus de budget.
C’est quoi la liberté d’un(e) styliste ?
Contourner les annonceurs par la créativité, essayer de faire rêver la lectrice…
C’était l’âge d’or du stylisme ?
Oui, dans les années 1990, particulièrement dans le Vogue Italia, avec toutes les grandes stylistes comme Carlyne Cerf de Dudzeele, Lori Goldstein, et puis toutes les séries faites avec Linda Evangelista par Steven Meisel… Il y avait une grande liberté de création, de style, d’innovation. C’étaient les années Carla Sozzani.
Vous évoquez aussi les publicités réalisées par le magazine l’Égoïste qui ressemblent à des éditos mode. Peut-on y voir une corrélation avec cette époque de liberté totale ?
Oui, mais pour l’Égoïste, c’est particulier, c’était l’un des seuls magazines à faire ça. L’annonceur achetait des pages blanches et avaient une confiance totale en Nicole Wisniak (la rédactrice en chef, ndlr) et son équipe.
Vous possédez une incroyable collection de revues de mode, près de 6000 au total (Vogue, Harper’s Bazaar, Égoïste, W mag, entre autres) et vous êtes aussi connue pour vos courts formats sur les réseaux, très informés, très culture. Les magazines sont-ils des sources historiques indispensables ?
Oui, c’est une partie des sources historiques qui est très intéressante. Parce que par exemple, le bikini a mis longtemps quand même à arriver dans les magazines. Et si il n’arrive pas dans les magazines, c’est parce que les femmes ne veulent pas l’adopter non plus. Ce premier bikini, c’était une bombe atomique (la première mannequin à poser en bikini apparaît dans le Harper’s Bazaar de mai 1947, ndlr), on voyait le nombril, le bas du maillot dessinait le triangle pubien… Donc oui, ces revues sont très révélatrices. Je pense aussi au monokini, inventé par Rudi Gernreich et dont Diana Vreeland parlera beaucoup sans jamais le montrer, parce que c’était trop osé.
Votre figure des médias préférée ?
Francine Crescent, rédac’ chef du Vogue français de 1961 à 1984, et qui poussait pour que tout ce que faisait Guy Bourdin soit publié. Et elle prenait le métro.
Le dernier édito mode qui vous a marquée ?
La série de Rihanna pour EE72, le magazine d’Edward Enninful, réalisée par Szilveszter Mako.
Le stylisme que vous rêveriez de faire ?
Celui de Cate Blanchett, c’est l’actrice de la métamorphose par excellence.
Par Violaine Epitalon
Photo Axel Vanhessche




