À la veille de la sortie de son quatrième album, Bonsoir Paris, Bilal Hassani nous a donné rendez-vous dans sa suite préférée des Bains Paris. Rencontre.
Mars 2019. En partant de Technikart pour sa première couverture de magazine, Bilal Hassani ne savait pas encore s’il arriverait à ouvrir sa performance à l’Eurovision par l’habituel « Bonsoir Paris ». À 19 ans, l’exercice était de taille : interpréter « Mon roi » devant près de 200 millions de téléspectateurs. Il y parvint, avec assurance et show. Sept ans plus tard, nous n’avons cessé de suivre son évolution. Pêle-mêle : le lancement de son label, House of Hassani ; son écriture directe pour traiter autant le harcèlement scolaire (« Tom ») que le genre (« Il ou Elle ») ; son interprétation rayonnante et drôle de Steevyshady, dans Les Reines du drame, d’Alexis Langlois ; le lien toujours indéfectible qu’il entretient avec sa « momager », Amina ; le morceau « Alter Ego », dans la mixtape Glitter Sleaze Utopia ; notre sourire lorsque nous découvrons le titre de son quatrième album : Bonsoir Paris.
Prévu pour la fin de l’été, il confirme ce qu’il chantait déjà dans « Monarchie Absolue », inattendu featuring avec le rappeur Alkpote : « N’aie pas honte, je vois que tu danses (…) Avoue aussi, au fond tu penses : “Le petit de l’Eurovision m’ambiance” ». C’est ça, la house selon Bilal Hassani. La même chose, au fond, que celle de la Haçienda de Tony Wilson, dans 24 Hour Party People. Ambiancer, vaille que vaille. Il en fait une quête dans son nouveau titre « Bounce » : « Il me faut du bruit, il me faut des gens ». Embrasser le monde, par la musique, la nuit et la danse.
Mais Bonsoir Paris, c’est surtout un disque à écouter juste avant que la fête ne démarre. En train de se préparer, entre amis. Avec l’envie de briller, tous ensemble. Car la pop, selon Bilal Hassani, est une musique décomplexée, un exutoire à ciel ouvert. Quitte à être kitsch, bruyante, hors des sentiers du bon goût, elle est là pour nous rappeler à nous-mêmes d’être libre, en phase avec nos intuitions.
ALEXIS LACOURTE
« J’AIMERAIS QU’ON SE SOUVIENNE DE MOI COMME D’UNE FIGURE DE PARIS. »
Tu reviens avec ton quatrième album Bonsoir Paris. Pourquoi Paris ?
Bilal Hassani : Je suis né à Paris. Je suis un pur produit parisien et de sa grande couronne. C’est ma ville préférée. Et c’est la ville que j’aime retrouver chaque fois que je voyage. J’aime tout ce qu’il y a de beau ici, et tout ce qu’il y a de moche. C’est une ville à laquelle je suis très attaché. J’aimerais qu’on se souvienne de moi comme une figure de Paris. `
Tu as grandi dans plusieurs villes de la grande couronne (Saint Denis, Issy les Moulineaux, Cergy Pontoise…). Comment as-tu découvert l’autre star de la pochette, la Tour Eiffel ?
La première fois que je l’ai vue, je devais avoir une dizaine d’années. Mais j’ai toujours été fasciné par sa carrure. Il y avait quelque chose de très impressionnant dans le fait de la voir et de s’en approcher, petit à petit. Je l’ai vue comme mon étoile du Nord.
Cet album fait l’éloge des boîtes de nuit, du clubbing dans ce qu’il a de plus joyeux. Quelle a été ta première boîte de nuit parisienne ?
C’était au Gibus. J’avais tout juste 18 ans. J’ai attendu longtemps, j’avais peur de faire des « bêtises ». La musique, c’était les divas de la pop : Mariah Carey, Ariana Grande, Rihanna… Le club hostait ces soirées sous le nom de « Bitch Party ». J’aimais beaucoup.
Sortir en boîte a été une libération pour toi ?
Ce qui a été fascinant la nuit de mon premier dancefloor a été de constater l’absence de classe de tout le monde, parce qu’en sueur, à suivre le rythme du bpm. Ça m’a créé un espace de liberté et d’expression suffisamment bruyant, et électrique, pour qu’on puisse m’oublier. Pour les personnes queer, le dancefloor est un espace très politique et fort, car on peut enfin se positionner à la même échelle que le reste du monde. On gagne en pouvoir lorsqu’on fait la fête.

Enfant de l’année 1999, comment as-tu découvert la house des nineties ?
C’est la musique qu’on entendait tous les jours à la maison. Beaucoup des icônes féminines que j’écoutais ont proposé des moments très forts de leur discographie, en termes de dance music, dans les 90’s.
À quels albums penses-tu ?
The Velvet Robe de Janet Jackson. Tous les albums des années 90 de Madonna. Ou Believe de Cher. J’ai gravité autour de ces références de mes 10 à 15 ans.
Que t’inspire cette musique aujourd’hui ?
Dans cet album, j’ai voulu construire une véritable anachronie des références, car le propre de la pop est de se raconter, encore et encore… Par exemple, la house nineties parle aussi aux années 80, mais également aux années 60. J’ai voulu casser les cycles, et récupérer tout ce que je trouvais de bon dans tout, même dans les très kitsch années 2000.
« La liberté, c’est de pouvoir s’unifier à l’intérieur et d’être libre de soi-même. » Quelle est ta lecture de la citation de Dalida qui ouvre l’album ?
On pense souvent trouver la liberté hors de soi, dans l’élan physique, mais il faut d’abord se libérer de sa « cage intérieure » pour se trouver une voix et une personnalité à l’extérieur.
L’album contient une sorte d’éloge de la « pétasse », notamment dans la chanson « XMEN ». À quoi renvoie-t-elle ?
La chanson « XMEN » part d’une insulte qu’on profère aux personnes trans. On les appelle les XMEN, les mutants. C’est péjoratif, mais pour moi, il y a beaucoup de pouvoir dans le fait d’être mutant. Dans cet album, je pense à toutes mes copines avec lesquelles on vit parfois de longues nuits périlleuses, parce que les hommes veulent leur imposer une position, une façon d’être et d’exprimer leur sexualité et leur sensualité. Ce sont ces femmes qui m’inspirent le plus. Je souhaitais les célébrer. Avoir une sexualité débordante est normale chez les hétéros, ils ne devraient pas être les seuls à pouvoir le vivre comme tel.
Ta mère t’a beaucoup sensibilisé à la house, mais elle est également fan de rock. Quand vas-tu lui faire plaisir avec une reprise de Freddie Mercury ?
Je pense que si je reprends un jour Freddie Mercury, ce sera pour une occasion spéciale dédiée à ma maman. Je reprendrais sa chanson préférée, « Your Kind of Lover ».
C’est ton album le plus affirmé. Tu y chantes par exemple : « C’est moi la capitale ». Es-tu atteint par le « main character syndrome » ?
Oui, je pense, mais comme tout le monde ! Ça revient à se réapproprier les codes de l’egotrip et les transvaser dans la pop. Je trouve amusant d’user de la dérision dans la pop musique. Aussi, c’est en référence à la mondialité. Quelqu’un de « mondial » a beaucoup de conquêtes. C’est aussi à célébrer. Je voulais que la honte change de camp, dire, avec une pincée d’humour : « Oui, c’est moi la capitale. Et, comme la Tour Eiffel, tout le monde vient prendre sa photo avec moi et veut une part du gâteau. » Et je ne devrais pas en avoir honte.
« JE PENSE QUE LA POP FRANÇAISE A DE BEAUX JOURS DEVANT ELLE. »
En annonçant l’album, tu as dit vouloir remuer la pop française. Est-elle en berne ?
Je pense que la pop française a de beaux jours devant elle. On traverse une période où elle se renouvelle et je veux absolument contribuer à ça. Ces vingt dernières années, un souffle s’est perdu dans ce que la pop française offrait, là où avant il y avait quelque chose de plus assumé et de fou. Je repense à la French Touch, à « Fuck Me I’m Famous » de David Guetta, à Shy’m… C’est mon héritage. Aujourd’hui, dans la pop, les choses sont amenées de manière très sobre. Je trouve marrant de venir splasher un peu de queer dessus.
Quand tu vois le Bilal de 2019, qui a fait sa première couve de magazine avec Technikart, que t’inspire-t-il ?
Je suis touché de voir la personne que j’arrive encore à être aujourd’hui. Le Bilal de mars 2019 avait déjà beaucoup de poids sur ses épaules, il ne savait pas comment cela pourrait durer. Sept ans après, je suis en pleine forme. Bravo à moi.
Bilal Hassani, Bonsoir Paris, House of Hassani, sortie le 28 août
Par Laurence Rémila
Photos Camille Mompach
DA Matthias Saint-Aubin
Stylisme Ophélie Hippocrate
MUHA Dorian Jollet
ACCESSOIRISTE Isabelle Plan
Executive producer Colin Morvan
LES BAINS PARIS




