MOUNA REBEIZ

MOUNA REBEIZ

Le 16 septembre, Mouna Rebeiz installe son tarot grandeur nature au musée national étrusque de Villa Giulia, à Rome. Rencontre avec une peintre dont la passion donne envie de regarder les choses autrement, et qui ne cessera jamais de s’émerveiller.

On aimerait parfois que les artistes nous donnent des nouvelles des vivants. Une inquiétude, une idée ou un désir mal rangé. Chez Mouna Rebeiz, cette part-là a encore le droit d’habiter la peinture. Le corps y conserve ses mystères, la beauté et ses mauvaises fréquentations.

Libano-canadienne, installée entre Londres et Milan, elle grandit parmi les musiciens, les peintres et les poètes. De quoi prendre assez tôt quelques très bonnes habitudes. Regarder, écouter, trouver que le monde mérite qu’on s’y attarde. Elle étudie la psychologie à la Sorbonne, puis rencontre Alix de la Source, spécialiste de la peinture du XVIIIe siècle, qui l’initie aux techniques des grands maîtres. Apprendre à peindre une lumière, le poids d’un drapé, la transparence d’une peau. Avoir beaucoup à dire et surtout prendre la peine d’apprendre à le peindre.

Ce qui me plaît chez elle, c’est sa passion tout à fait intacte. Du figuratif à l’abstraction, une même curiosité pour le monde qui nous entoure, et des gens qui l’incarnent. Avec nos grands sentiments, nos petites combines, nos paradoxes et nos arrangements à peine voilés. Sa peinture est sensuelle, inquiète, théâtrale. Elle a surtout la générosité de chercher à nous parler, nous sublimer. Il faut voir son triptyque composé de The Soldier I, The Soldier II et The Black Swan pour le comprendre. Pièce centrale de sa collection Le Tarbouche, je suis resté sans voix devant tant de beauté. Mais j’aurai l’occasion de vous en reparler.

Avant de la quitter, Mouna m’offre un tarot qu’elle a elle-même créé. Un vrai jeu de cartes, à garder avec soi. Nous avons passé du temps à parler de son travail et voilà qu’elle m’en confie un morceau. Je venais pour un portrait, je repars avec de quoi m’interroger sur le mien.

C’est ce jeu Tarot que l’on retrouvera à Rome. Au nymphée de Villa Giulia, The Soothsayer, présenté sous le titre italien L’indovino, prend ses véritables proportions, celles des hommes et des femmes, comme autant de symboles, qu’elle s’applique à montrer. Vingt-deux grands rectangles d’aluminium poli miroir, peints à l’huile, réinterprètent les arcanes majeurs du tarot de Marseille. Le métal reste visible autour des figures qui y sont représentées. On vient regarder un tableau et l’on s’y voit, s’y retrouve, littéralement incrusté à leur côté.

Sur ces surfaces argentées, Mouna fait cohabiter les chairs et les drapés des maîtres d’hier, avec des interventions beaucoup moins sages. Sa Papesse, par exemple, enveloppée de bleu, tient un livre ouvert. Au-dessus d’elle, un cœur rose dégoulinant. Plus bas, un crâne fleuri et un chat noir complètent cette compagnie. Contraste délicieux, une peinture minutieuse, nourrie d’histoire de l’art, qui s’autorise les couleurs et l’insolence d’une image de pop-art. On reconnaît la maîtrise de celle qui a longuement appris à peindre. On aime surtout ce qu’elle se permet avec.

L’aluminium réfléchissant nous fait entrer dans cette assemblée. Notre silhouette se mêle aux symboles, comme un personnage qui aurait oublié de se faire annoncer. Il y a du savoir-faire, de l’humour et cette impression étrange que ces cartes, ces œuvres, en savent un peu plus sur nous qu’elles ne veulent bien le révéler. Et même si on ne croit pas à la divination, on se laisse impressionner, on se laisse emporter. Pour l’avenir, on verra. La rencontre, elle, m’a enchanté.


L’EXPOSITION
L’indovino (The Soothsayer), Mouna Rebeiz.
Du 16 septembre au 29 novembre 2026.
Nymphée du Musée National Étrusque de Villa Giulia, Rome.
Commissariat : Roberta Semeraro.