LENA SITUATIONS

Lena Situations Technikart

Elle a réussi l’impensable… rendre le morne mois d’août passionnant ! Pour la saison dix de ses Vlogs d’août sur YouTube, Lena nous emporte à nouveau dans son quotidien, mi-relatable mi-exaltant. Rencontre avec notre superstar du 21e siecle.

Bilal : L’année dernière, tu laissais entendre que ça pouvait être la fin des Vlogs d’août. Finalement, tu reviens pour une dixième édition. Comment te sens-tu à l’approche de cette saison ?
Lena : À partir de la saison 4 ou 5, j’étais persuadée qu’il fallait terminer sur un chiffre symbolique. Et quoi de plus symbolique que Friends, qui se finit sur 10 saisons ? J’ai l’impression que je pourrais continuer encore vingt ans, et prendre toujours autant de plaisir. Finir quelque chose quand ça se passe encore bien, quand les gens en veulent encore, je pense que c’est la bonne façon de le faire. J’ai toujours dit que les Vlogs d’août était ma version à moi de Friends, cette série qui m’a tant donné. Alors, saison 10 !
Bilal : Cette saison marque la fin des Vlogs d’août, mais pas du vlog. C’est un médium qui te ressemble beaucoup et que tu aimes utiliser. Après dix ans, le trouves-tu toujours aussi pertinent pour te raconter ?
Lena : Je n’ai jamais trouvé de médium plus pertinent que le vlog. J’ai essayé de faire des vidéos beaucoup plus produites, de participer à des concepts YouTube, à des émissions de télévision, à un film… J’adore découvrir d’autres formats, mais je crois qu’il n’y a rien de mieux que le vlog pour raconter les choses que j’aime raconter. Les hauts, les bas, le côté humain, le côté « cracra »… Dans un vlog, il y a un plan qui n’est pas parfait, un problème de son… Toutes ces petites imperfections font la spontanéité et la force des vlogs, parce que je suis très loin d’être parfaite…
Bilal : Si on les avait scénarisés, ils auraient été moins drôles. Ce qui l’était, c’était les galères qu’on traversait…
Lena : Tu sais, tu as participé aux vlogs : pas une seule fois, on n’a mis en scène quelque chose. On s’est déjà dit : « Attends, la blague était bien, je ne filmais pas, tu peux la refaire ? » Mais ça ne marche jamais.

« JE NE SAIS PAS FAIRE GRAND-CHOSE À PART MONTER DES VIDÉOS, RACONTER DES HISTOIRES ET, PEUT-ÊTRE, RENDRE L’ORDINAIRE UN PEU PLUS EXTRAORDINAIRE… »

 

Technikart : Regarder les anciennes saisons te rend-il nostalgique ?

Lena : Cette année, je me suis replongée dans les anciens Vlogs d’août. En les réalisant, on s’est créé une banque d’images et de souvenirs incroyables. C’est indélébile. Cette année, j’ai beaucoup vlogué et peu posté. J’en ai refait pour moi. On a même inventé un nouveau format qui s’appelle « Coucou les enfants ». Toutes les vidéos commencent par « Coucou les enfants », parce qu’elles sont destinées à nos futurs enfants. Aujourd’hui, les vidéos ressemblent davantage à des conversations adressées à notre futur.
Bilal : Le fait que ces vidéos restent privées t’a permis de retrouver de la liberté. Tu n’as plus à penser aux millions de personnes qui vont commenter chacune de tes phrases.
Lena : Exactement. Ce qui me plaisait tant, c’était qu’on s’en foutait vraiment.
Bilal : Il y a un paradoxe. Les gens te demandent d’être frivole et de dire ce que tu veux, mais si tu le fais, si tu réfléchis un peu moins à ce que tu dis et fais, ton propos sera déformé.
Lena : Quinze secondes dans une vidéo de quarante minutes vont être transformées, oui. Tu te dis parfois qu’il n’y a même pas besoin d’avoir un propos. Ta présence, ta tenue, la façon dont tu es coiffée, le poids que tu as, en plus ou en moins dans la vidéo…

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Technikart : Comment cela influence-t-il ce que tu postes ?

Lena : Je sais que je n’aurai plus jamais l’innocence de mes dix-huit ans. Tu as envie d’être une bonne influence pour les jeunes qui te suivent. En même temps, je n’ai pas envie de faire semblant d’être la personne que j’étais avant. J’ai envie d’assumer que j’ai évolué, que j’ai grandi.
Bilal : Tu as très bien réussi cette transition, ce pivot.
Lena : Je me rappelle du débat qu’il y avait eu quand j’avais changé le générique des Vlogs d’août, de « I got no money » à « Well now I have some money. » Rien que ça, ça avait déclenché toutes sortes de commentaires…
Bilal : Oui, alors que c’était tout l’arc narratif de ton personnage dans la saison 1. Tu étais une jeune femme ambitieuse qui rêvait d’arriver là où tu en es aujourd’hui. Finalement, let’s root for our protagonist.

« LES VLOGS D’AOÛT, C’EST MA VERSION À MOI DE FRIENDS »

 

Technikart : Comment c’était, le vlog en août 2017 ?

Bilal : Moi, je suis arrivé en 2018. Tout ce que j’ai à dire, c’est que je ne comprends toujours pas comment on s’est rencontrés avec Lena. J’avais des copains qui faisaient déjà pas mal de vidéos. Moi, je vivais encore chez mes parents, en banlieue, et on m’avait dit : « Tu devrais aller voir Lena, elle reste à Paris, elle aussi, tout le mois d’août. » Comme je ne partais pas en vacances, on m’avait dit : « Va traîner avec elle. » Je t’ai demandé si je pouvais venir chez toi un après-midi… et je suis resté.
Lena : On était les seuls à ne pas partir en vacances au mois d’août. C’est la base de notre amitié. Tout le monde était à Mykonos, à Ibiza… Et, petit à petit, tout le monde a fini dans le salon de ma mère. C’était the place to be.
Bilal : D’un seul coup, on était quinze dans ton salon. Je me disais : « Ah oui, il y a de la hype. » Lena a un vrai talent pour ça. Peu importe où elle est, elle transforme complètement l’endroit. Ce que j’avais trouvé impressionnant, c’était la gnaque que tu avais pendant les vlogs. C’est un rythme très particulier. Je faisais une vidéo par semaine et j’avais déjà l’impression de porter le poids du monde. Toi, tu publiais tous les jours. Comment tu faisais pour vivre tes journées tout en sachant qu’il fallait ensuite tout monter ?
Lena : Les Vlogs d’août, c’est une charge de travail un peu particulière. Si on parle de l’esprit technique, pour les geeks qui veulent comprendre, il y a toute une journée de rushes. Toute la journée, je filme. Je me réveille et j’allume la caméra jusqu’au moment où je me couche. Elle est très rarement éteinte. À la fin, ça représente facilement trois ou quatre heures de rushes que je vais, par la suite, couper en vingt ou trente minutes de vidéo… Pour passer de trois heures de rush à vingt minutes de vidéo dynamique, avec musique, texte, rythme, narration et storytelling, ça me prenait facilement quatre à cinq heures de montage, par jour. Il faut réussir à les caler dans ta journée tout en passant une bonne journée, parce que si tu ne fais rien, tu n’as rien à raconter le lendemain. Donc de 16 h à 20 h, je disparaissais complètement, j’étais derrière mon ordinateur. À 20 h 50, la vidéo était en ligne. Et ensuite, je repartais filmer la soirée.
Bilal : Une régie à toi toute seule… Ce rendez-vous de 20h50 était presque un rituel, comme à la télévision.
Lena : Justement, ma plus grande peur, aujourd’hui, c’est de faire quelque chose qui finisse par ressembler à la télévision. Plus ça ressemble à de la télé, moins je suis dedans. Si j’ai envie de regarder la télévision, je regarde la télévision.
Bilal : Tu as glorifié le rassemblement. Les gens regardaient la vidéo au même moment.
Lena : Exactement. Tous les soirs, à 20h50, des personnes qui ne se connaissent pas vivent un moment ensemble et à distance. C’est fou parce que ça fait dix ans qu’il y a des gens qui se rassemblent pour regarder les Vlogs d’août ensemble.
Bilal : Avant, ils montraient ça à leur maman et maintenant, c’est trop mignon, on voit des vidéos de couples qui regardent les Vlogs ensemble, des groupes de copains, des familles…
Lena : Et nous, c’était de nos 20 ans à nos 30 ans, c’est quand même fou.
Bilal : T’as écrit une façon une façon de storyteller propre à toi.
Lena : « Avec mes amis » (imitation de la voix off).
Bilal : La voix off, le texte jaune, les miniatures, tout ce qui se passe dans ton monde… il y a quand même beaucoup, beaucoup de codes qui restent les mêmes…
Lena : On est les irréductibles Gaulois qui ne veulent pas changer de recettes ! Je suis hyper contente qu’on ait réussi, sans s’en rendre compte, à créer un endroit où il y a eu une vraie diversité. On était des jeunes, en train de grandir et de se comprendre. Les conversations qu’on a eues ont pu toucher des garçons qui ressemblaient à Bilal, des garçons qui ressemblaient à Marcus, des filles qui me ressemblaient, des filles qui ressemblaient à Solène. Je me dis quand même que notre casting a montré plusieurs parties de la France et de notre génération, et qu’on a pu ouvrir la parole sur certains sujets.
Bilal : C’est au fur et à mesure de rencontrer des gens qui s’identifient à toi que tu t’en rends compte.

« LENA A UN TALENT POUR TRANSFORMER UN SIMPLE ENDROIT EN ESPACE HYPE. » – BILAL HASSANI

 

Technikart : Et donc, flashback à votre été 2018. Vous étiez habillés comment ?

Lena : En Jennyfer, en H&M, en Bershka…
Bilal : Tout ce qu’on pouvait s’offrir, on le mettait. Toi, tu avais beaucoup de pièces de fripes. Et moi, j’étais la caution cheveux. Je venais avec des perruques, une verte, une bleue, une rouge. J’étais incapable de porter autre chose qu’une couleur fantaisiste.
Lena : Un soir, on s’est dit : « Venez, on joue au Met Gala. » On avait dix minutes chacun pour se créer une tenue sur le thème « Le jardin ». Et chacun de son côté cherchait des tenues à faire avec…
Bilal : C’étaient des grands moments de manifestation, mais on ne s’en rendait pas compte.
Lena : C’est clair que le jour où j’ai fait le Met Gala (pour la première fois, en 2022, ndlr) et que j’ai revu les images de nous qui jouions à nous déguiser, je me suis rendue compte à quel point les vlogs ont été une grande source de manifestation. Bilal, il rêvait de chanter, de faire de la scène. Marcus, de se trouver, de grandir. Solène cherchait un foyer plus doux, plus calme. On a tous grandi.

Technikart : Quand vous avez démarré, les YouTubeurs étaient traités avec dédain par les médias traditionnels. Cela vous a-t-il affecté, et à quel moment vous êtes-vous débarrassés du « syndrome de l’imposteur » pouvant en découler ?

Lena : Still here ! Je pense qu’il sera toujours là. Il devient un moteur. Comment ne pas l’avoir ? D’abord, je ne suis pas chanteuse, je ne suis pas danseuse, je ne suis pas actrice, je ne sais pas faire grand-chose à part monter des vidéos, raconter des histoires et, peut-être, rendre l’ordinaire un peu plus extraordinaire…
Bilal : Personnellement, je n’ai jamais trop eu le syndrome de l’imposteur parce que je pense avoir un ego surdimensionné. Je sais que je vais être la plus grande pop star de la planète depuis que je suis petit.
Lena : Je pense que je me suis un peu détachée du syndrome de l’imposteur quand j’ai rencontré d’autres artistes que j’admirais beaucoup et qui m’ont dit : « Mais nous aussi, on kiffe. J’aime ce que tu fais. J’aime participer à ton podcast parce que j’ai confiance en ce que tu proposes. » C’est même assez particulier, parce que je ne crée rien de très tangible. Les livres m’ont fait beaucoup de bien parce que l’objet est là, entre mes mains. Avec le digital, tu crées des pixels. Par contre, quand 3 000 personnes se déplacent chaque jour à l’occasion d’un pop-up que j’ai créé, je le vois comme une réussite personnelle. J’en ai beaucoup parlé avec ma psy.

Technikart : Tu animes également l’émission Couch sur Spotify et Disney+. Dans ta liste de guests rêvés, il te reste qui ?

Lena : Pas mal de monde. Et même quand je crois que j’ai tout fait, j’écris un petit message dans notre groupe WhatsApp et je dis : « Bon, qui ? » Et il y a une nouvelle liste de quinze autres artistes. Mais là, on s’est un peu éloignés, cette saison, du côté « stardom ». En plein milieu de la saison, j’ai eu une sorte de réalisation : plus la célébrité est huge, plus sa présence vient avec son lot de contraintes, de restrictions, de protections. Donc on a invité quelques personnes moins connues, et on a parlé de sujets plus durs. Je parle de maternité, de doute, de sexualité, d’addiction. J’en suis très contente. Même si le roster est moins waouh.
Bilal : Attends ! Il y a quand même eu Rihanna ! Mais c’est bien, maintenant tu as une bonne balance. Même si, moi, je voudrais quand même qu’il y ait Beyoncé un jour.
Lena : Harry Styles…
Bilal : Et tu me fais Manon Bannerman de Katseye. Ça, je le vois trop.

Technikart : Maintenant je vais vous soumettre quelques mots, dites-moi ce qu’elles vous évoquent. Le premier : « Célébrité ».

Bilal : On idéalisait beaucoup ça. Et ensuite, nous, on a connu très tôt le revers de la médaille.
Lena : En fait, c’est vrai qu’on était un peu des bandeurs de stars.
Bilal : Des gros bandeurs de stars !
Lena : Beaucoup des personnes que j’admirais à l’époque, aujourd’hui je les regarde avec un œil différent. Tu humanises aussi beaucoup plus les personnes ; quand tu te retrouves dans cette situation particulière de la célébrité, tu te rends compte que ce n’est pas non plus aussi simple, aussi glamour, que tu l’imaginais. En plus, quand tu es un peu jeune, tu ne sais pas encore dire non, de dire: « Je ne suis pas à l’aise avec ça », de comprendre ce qui t’arrive, de dire non à des opportunités, de dire non à des chèques… Ce sont des choses que tu apprends sur le tas – sauf que nous, on a dû l’apprendre devant beaucoup de gens.

Technikart : Et le terme « Transfuge de classe » ?

Bilal : Nous, on a grandi en idéalisant « l’étape d’après ». J’ai été dans une famille avec une maman célibataire qui n’avait pas d’argent, qui ensuite a réussi à trouver une situation correcte pour son fils, qui ensuite ne l’a plus eue. Donc on a beaucoup vécu les ups and downs. Je sais qu’avec Lena, on s’est retrouvés pas mal là-dessus quand on s’est rencontrés.
Lena : Ceci dit, en étant nés à Paris ou en région parisienne, on est quand même partis avec quelque chose d’assez privilégié. Mes parents sont immigrés, ils ont quitté l’Algérie en 1995 pour nous avoir, mon petit frère et moi. Mais bien évidemment, la situation dans laquelle je suis aujourd’hui est très, très, très différente de celle que j’ai connue enfant et ado.

Technikart : « L’argent ».

Lena : J’ai compris que j’avais de l’argent bien après que tout le monde me dise que j’en avais. Il m’a fallu six ans pour que je commence à gagner ma vie avec les vidéos. Et quand tu commences à être rémunérée pour quelque chose que tu as fait pendant des années gratuitement, ça prend du temps pour bien assimiler ce qui est en train de se passer. Ta situation financière qui change. Mais toi, tu ne changes pas, donc tu ne comprends pas ce qui se passe. Il te faut aussi du temps pour comprendre que les gens qui te suivent sont de vrais humains, pas juste des chiffres que tu vois de derrière ton ordi, et qu’avoir ce public amène son lot de responsabilités. Plus tu grandis, plus tu commences à être à l’aise avec tout ça. Tu te dis : « OK, c’est entre mes mains maintenant, comment j’utilise ces cartes ? »

Technikart : Et un dernier mot : “L’avenir”.

Bilal : Oui, what’s next ?
Lena : Les dix prochaines années ? Moi ? J’espère un chien, un mari et des enfants.
Bilal : Ok, on relit ça dans dix ans. Tu te rappelles ce que tu disais il y a dix ans ? Attention…
Lena : Oui, mais là, c’est sûr.
Bilal : Donc on prend ce Technikart, on le met dans de la terre et on le déterra dans dix ans.
Lena : J’aime imaginer la vie en chapitres. Celui des Vlogs d’août se ferme… Je sais que le 31 août, on va me ramasser à la petite cuillère. Je dirai au revoir à quelque chose qui m’a animée. Mais je sais que je vais trouver d’autres concepts qui vont tout autant m’exciter. Je sais que je ne vais pas arrêter de vlogger. On le fera différemment. Parce qu’on est différents aujourd’hui. Parce qu’on a grandi. Bon, rendez-vous en 2036, bébé. T’as quel âge déjà ?
Bilal : 26 ans.
Lena : On va voir qui sera le premier à aller en maternelle.
Bilal : J’ai trop hâte. OK, c’est bon. Let’s manifest.
Lena : L’idée, maintenant, c’est aussi de pouvoir se dire : « Ok, comment je passe le flambeau ? » Comment faire en sorte que ce soit d’autres personnes qui me ressemblent qui puissent, elles aussi, avoir une plateforme sur Internet ? Qu’elles aussi puissent avoir la plateforme que j’ai eue, que je ne sois pas la seule à avoir eu ce luxe ultime de vivre de sa passion. Et d’être la petite meuf qui va aider les autres petites meufs maintenant. Ça y est. On passe le bâton. Let’s go!

L’album Bonsoir Paris de Bilal Hassani (House of Hassani) sera disponible le 28 août.

Les Vlogs d’août de Lena Situations sont à retrouver sur YouTube tout le mois d’août à 20:50.

Propos recueillis par Laurence Rémila

Interview Bilal Hassani
Photos Kenza Le Bas
DA Océane De Magalhaes
Creative Production Max Malnuit
Styliste Jonathan Hayden
MUHA Odile Jimenez & Dorian Jollet
Co-production BRUME(s)
Set design Lisa Bol