PIERRE ALEXANDRE M’PELÉ : « PLUS JEUNE, PLUS COOL ! »

Pierre Alexandre M’Pelé

Fort de son expérience à la rédaction en chef de Love magazine et GQ France, paré d’une nonchalance très british, le journaliste mode, connu sous le pseudonyme PAM Boy, fondateur du magazine SCRNSHT, nous partage aujourd’hui ses must-read.

Tu racontes que ton premier choc fashion s’est fait en regardant un défilé sur Fashion TV. Mais te souviens-tu des premiers magazines que tu lisais ?
PAM Boy : Un jour, à la librairie, j’ai vu la couverture d’un Vogue, je me suis rendu compte que l’objet était vraiment beau. Par conséquent, le premier magazine que j’ai acheté avec mon argent de poche, c’était le Vogue Paris de septembre 2007, avec Natasha Poly en couve.

À Londres, où tu as suivi des études durant sept ans, as-tu découvert un nouveau traitement de la mode dans les magazines ?
Pour moi, Londres, c’était cette idée du style effervescent, c’était le centre du monde de la mode – alors qu’on sait que c’est Paris. Je me suis mis à acheter I-D, Dazed, Pop, Love, Client magazine, etc. Ces magazines avaient quelque chose d’un peu plus irrévérencieux, avec une volonté de casser les codes, même si le format était traditionnel. Par ailleurs, il n’y avait presque pas de décalage entre ce que je lisais dans les pages de ces magazines-là et ce que je voyais dans les rues de Londres. Ce que je ne retrouvais pas a contrario dans un British GQ ou un British Vogue (groupe Condé Nast). Ils héritaient de leur formule et ne bougeaient pas beaucoup.

Pourquoi as-tu accepté – après avoir été journaliste de mode freelance pour I-D ou DANSK, puis rédacteur en chef de Love magazine aux côtés de sa fondatrice, la styliste Katie Grand – de reprendre GQ France en 2021 (jusqu’en 2024) ?
C’est Will Welch (ancien directeur éditorial monde chez GQ avant son départ en janvier 2026 après 20 ans chez Condé Nast, ndlr) qui m’a convaincu. Avec lui, j’ai eu une forte connexion intellectuelle, mais quand je suis arrivé, c’était vraiment un autre monde, une autre manière de penser le magazine, avec une quantité de règles et de périmètres à ne pas dépasser. Le rôle de rédacteur en chef à proprement parler n’existe plus d’ailleurs chez Condé Nast (remplacé par le terme « Head of Editorial Content », ndlr) et la structure hiérarchique, depuis les États-Unis, est très verticale, donc je n’avais pas la liberté que j’ai pu avoir avec Katie Graham.

Comment as-tu fait évoluer le titre ?
J’ai essayé d’intégrer davantage de diversité, devant et derrière la caméra, de présenter une version de la masculinité en accord avec la société dans laquelle j’aimerais vivre. J’ai aussi tenté de rendre le magazine plus jeune, plus cool. 

Ta vision d’un mag’ en 2026 ?
Dans l’une des premières conversations que j’ai eues avec Will Welsh, je lui avais dit : « Will, events and places are the new magazines ». Je continue de croire, qu’en sortant du Covid, les lieux et les événements sont devenus les vrais centres de la presse écrite. J’ai d’ailleurs une carte de Paris avec les spots où lire et découvrir des mags (Café Jacob, Monocle, Dover Street Market… ). Le magazine doit surtout être à la fois un bel objet et proposer une vision pointue et singulière, car, selon moi : « niche is the new mainstream! » C’est ce que j’essaie de faire avec SCRNSHT.

Très présent sur les réseaux sociaux, tu avais créé une charte des émojis devenue célèbre. Jouons à un petit jeu : quel émoji pour quel titre mag’. Vogue France ?
Ce serait : 🤷, mon émoji préféré.

Ok. Et Harper’s Bazaar France ?
J’aime beaucoup, mais c’est un copié-collé de Vogue Paris, c’est pratiquement la même équipe… Olivier Lalanne (rédacteur en chef de Harper’s, ndlr) a du goût et du talent. Mais, je dirais quand même : ♻️ ! C’est une formule qui marche, mais c’est du déjà-vu.

GQ ?
Un pouce en l’air : 👍. Claire Hazan fait du bon travail.

HTSI ?
Le baril de pétrole : 🛢️. Ils représentent le pétrodollar ah ah ! C’est un magazine fait pour dépenser beaucoup d’argent et qui gagne énormément d’argent, à mon avis.

Dans ta collection de mag’, le titre dont tu es le plus fier ?
System magazine, j’adore !

Les médias que tu lis le matin ?
The Cut, ils sont excellents, le New Yorker aussi, et je me suis réabonné à Vice, je les trouve très forts depuis leur retour. Mais j’ai arrêté le New York Times, ils sont trop anxiogènes…

Le dernier édito mode qui t’a marqué ?
Ceux de Kenny Germé pour Numéro. Il a une façon très cinématique de photographier. Il forme un duo avec le styliste Edem Dossou qui fonctionne parfaitement à mon avis pour créer un storytelling efficace.

 

Par Violaine Epitalon
Photo Oscar Chik