DEAUVILLE 2026 : LE SACRE D’UNE AMÉRIQUE QUEER, FIÉVREUSE ET INDOMPTABLE

DEAUVILLE 2026

Le couronnement de Club Kid et de Méli-Mélo, une série de très bons films, une pléiade de stars, une ambiance unique : la 52e édition du festival de Deauville a été une incontestable réussite.

 

Faye Dunaway © Camille Fermon
Faye Dunaway © Camille Fermon


Sur les planches de Deauville, les stars mythiques d’Hollywood croisaient cette année des vedettes de demain. Deauville s’est payé le luxe d’un tapis rouge royal pour sa 52e édition. On y a croisé une Faye Dunaway impériale traînant – avec ses retards habituels – son aura d’insoumise légendaire, une Susan Sarandon libre et militante refusant de plier devant Hollywood, un Ethan Hawke à la gueule d’aventurier, et un Brendan Fraser en pur bloc d’humanité. Mais derrière ce vernis glamour orchestré sous la présidence d’un Roschdy Zem et d’une Lio toujours survoltée à la tête du Jury de la Révélation, c’est un tout autre pouls que la compétition a fait battre. L’Amérique qui a secoué la Normandie cette semaine n’est ni celle des actionnaires des majors, ni celle des remakes sous vide. C’est celle des marges, des néons crasseux, de l’animation en noir et blanc et des identités queer qui reprennent le contrôle du récit avec une fièvre réjouissante.

STROBOSCOPES ET TENDRESSE PATERNELLE

Double coup de foudre indiscutable du jury et du public, Club Kid de Jordan Firstman s’impose comme le grand vainqueur de cette édition 2026. Déjà repéré au dernier Festival de Cannes, le film brosse le portrait stroboscopique et frénétique d’un jeune trentenaire gay plongé jusqu’au cou dans la dope et faune nocturne new-yorkaise. Son existence déraille magistralement lorsqu’il se découvre soudainement père d’un garçonnet de dix ans. Loin des clichés plombants sur la maturité forcée ou la punition bourgeoise, Firstman signe un premier long-métrage à l’énergie communicative. La paternité y devient un territoire d’expérimentation sauvage où l’amour s’apprend à l’instinct, entre deux lendemains de fête compliqués, moments d’émotion et quelques éclats de rire. Sortie en salle le 4 novembre prochain : préparez-vous à la claque.

Dans un registre formel tout aussi affranchi, le Prix du Jury (doublé du Prix de la Critique) est venu consacrer la splendeur visuelle et émotionnelle de Méli-Mélo (Tangles). Réalisé par la Candienne Leah Nelson et adapté de la BD de Sarah Leavitt, ce bijou d’animation en noir et blanc qui avait déjà fait sensation à Annecy comme sur la Croisette entrelace avec une pudeur folle l’éclosion d’une histoire d’amour lesbienne et le déclin irrémédiable d’une mère chérie, rongée par la maladie d’Alzheimer. C’est beau à pleurer, vif, drôle, et d’une inventivité plastique permanente. Le tout réalisé par un cinéaste qui n’avait JAMAIS mis en scène un film d’animation ! Rendez-vous sur les écrans le 20 janvier.

CRISES ET VERTIGES ADOLESCENTS

If I Go Will They Miss Me est une incroyable révélation. Dans le quartier de Watts, à L.A., un jeune garçon tente de se reconnecter avec son père récemment sorti de prison, qui le rejette inlassablement. Ancien journaliste, Walter Thompson-Hernández filme les nuages, scrute les visages, cherche des signes et des réponses. C’est fragile, sublime, de la poésie 24 fois par seconde. Très gros choc. 

Le Prix de la Révélation est quant à lui revenu à Mouse d’Alex Thompson et Kelly O’Sullivan, chronique d’une délicatesse empoisonnée sur le deuil d’une lycéenne qui se lie d’amitié avec la mère de sa meilleure amie tragiquement disparue. Un récit insidieux d’une justesse psychologique saisissante. Enfin, le Prix D’Ornano-Valenti a été attribué au film français La Gradiva de la chef op’ Marine Atlan, éducation sentimentale à Naples, un objet boursouflé, vain et prétentieux, qui semble depuis Cannes avoir les faveurs de la critique… 

UN CINÉMA AMÉRICAIN QUI SAIGNE ENCORE

Si le festival avait un peu oublié les rétrospectives qui font le sel du festival (à part la projection de Training Day en 35mm dans une copie stratosphérique), on a pu croiser dans la semaine des personnalités aussi diverses et attachantes qu’Ira Sachs, Catherine Deneuve, Sayyid El Alami, Sofia Boutella, Raphaël Personnaz ou l’immense Pete Doherty qui s’affirme comme un cinéphile hardcore. Alors que l’on imaginait le cinéma américain exsangue, exaspéré par la tiédeur des plateformes et les frissons d’une industrie frileuse, Deauville 2026 vient infliger un démenti cinglant. En célébrant l’animation ambitieuse, la comédie clubbing ou le drame intime débarrassé des tics hétéronormés, cette 52e édition prouve que le cœur du cinéma US bat encore et qu’il ne se porte jamais aussi bien que lorsqu’il accepte de plonger dans ses propres fissures.


PALMARÈS DEAUVILLE 2026

Grand Prix : Club Kid, de Jordan Firstman

Prix du jury : Méli-Mélo (Tangles), de Leah Nelson, et If I Go Will They Miss Me, de Walter Thompson-Hernández 

Prix de la Révélation : Mouse, de Kelly O’Sullivan et Alex Thompson

Prix de la critique : Méli-Mélo, de Leah Nelson

Prix du public de la Ville de Deauville : Club Kid, de Jordan Firstman

Prix d’Ornano-Valenti : La Gradiva, de Marine Atlan


Par Marc Godin