La création contemporaine marque la rentrée culturelle 2026 dans les Outre-mer : quatre expositions y interrogent, chacune à sa manière, la question du territoire. À La Réunion, sept artistes rassemblés par le FRAC ; à Pointe-à-Pitre, le dialogue entre une collection historique et la création contemporaine ; en Martinique, trois artistes ultramarins octogénaires à la Fondation Clément (GBH) ; en Guyane, des créateurs internationaux aux origines africaines réunis par la Fondation Dapper : quatre manières d’explorer les liens entre territoire, mémoire, circulation et identité.
Légende photo : Ernest Breleur, Sans titre, série Fwomajé, 1988 – Collection Fondation Clément – Photographie : Robert Charlotte
Le territoire est un sujet récurrent de la création artistique contemporaine, notamment dans les Outre-mer. Occupation d’un espace, mémoire et histoire, liens, attachement et communauté : autant de thèmes qui irriguent quatre expositions de la rentrée culturelle 2026.
En deçà de l’horizon : Les territoires commencent ailleurs à La Réunion
« Aucun territoire ne commence à l’horizon. L’horizon n’est que la limite de notre regard. Le territoire commence bien avant : dans une langue, une migration, une archive, une carte, un corps ou un récit ». Jusqu’au 15 juillet 2027, le FRAC Réunion présente, au Campus du Moufia à Saint-Denis, les récits visuels de sept artistes réunionnais autour de cette réflexion.
Parmi les œuvres exposées figurent notamment une géographie imaginaire autour d’une flaque de sang, photographiée par Thierry Fontaine, et l’aquarelle grand format vertiges, où Pascale Simont esquisse un corps prolongé de membranes, d’artères, de tentacules. Intitulée « Les territoires commencent ailleurs », l’exposition envisage l’océan Indien comme un espace de circulations, d’échanges et d’hybridations, où les frontières ne suffisent pas à définir les territoires.
Robinot, Théodose, Breleur : trois artistes ultramarins octogénaires à la Fondation Clément
Cette réflexion sur les frontières se poursuit dans Mémoires articulées : la plasticienne guyanaise Roseman Robinot y navigue dans un « espace de passage » entre îles et continents, forêt et ville, dedans et dehors, mémoire et oubli. À 80 ans, l’artiste construit ce nouveau voyage à travers de grandes toiles abstraites et des objets massifs, dont la présence s’impose au visiteur.
Cette exposition s’inscrit dans la sélection d’automne de la Fondation Clément, au François, en Martinique : du 18 septembre au 1er novembre 2026, elle réunit trois monographies consacrées à des artistes ultramarins reconnus, nés entre 1945 et 1946. Au-delà de la forme, formes de l’au-delà retrace l’évolution plastique et conceptuelle du Martiniquais Ernest Breleur à travers une sélection de ses œuvres, complétée par deux nouvelles créations inédites. Il y travaille une fois encore la question du corps confronté à la mort, à la dispersion et à la fuite : un corps-territoire fragile, toujours menacé de déliquescence.
Enfin, la fondation d’entreprise du Groupe Bernard Hayot (GBH) présente, dans Contre vents et marées, les nouvelles peintures de la Martiniquaise Catherine Théodose. Elle y poursuit son travail de représentation de la Martinique autour de ses « traces métisses », dans un cheminement situé « entre un pays donné et un monde choisi ». Pour compléter ces trois monographies, la Fondation Clément sort également « de sa réserve », en dévoilant une sélection d’œuvres d’artistes ultramarins contemporains acquises ces dernières années. Pour les rendre accessibles au plus grand nombre, ces quatre expositions sont gratuites.
En Guadeloupe, le territoire comme lieu de création et de mémoire
À Pointe-à-Pitre, le Musée d’Art et d’Histoire (MUSARTH) aborde le territoire sous un autre angle, celui d’un espace de création. Jusqu’au 16 octobre 2026, Parallèles et Croisées met en regard des œuvres d’art contemporain antillais, acquises par le musée depuis quarante ans, et les objets de la « collection Schoelcher ». Constituée au XIXᵉ siècle par le député français, elle rassemble des pièces provenant de France métropolitaine, de la Caraïbe, d’Afrique, d’Égypte et d’Amérique latine, reflets de son goût pour l’art et les voyages.
Les œuvres contemporaines sont celles d’artistes nés en Guadeloupe, ou originaires de la Caraïbe ou de métropole, mais venus vivre sur l’île. Ces « voix actuelles » dialoguent avec les collections historiques : toutes ont la Guadeloupe en partage, comme lieu d’origine, d’arrivée ou de passage, à des époques et selon des regards différents.
En Guyane, Reprendre racines pour vivre son territoire
Originellement, la plupart des sociétés humaines habitait leur territoire par leur relation à la terre, à l’eau, aux plantes, aux ancêtres et, plus largement, à l’ensemble du vivant. Comment ce lien se maintient-il dans le temps ? Comment le retisser quand il a été rompu ? Inaugurée le 15 septembre au pôle patrimoine de Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane, Reprendre racines explore ces questions à travers les œuvres de sept artistes internationaux aux origines africaines.
Leurs parcours racontent eux-mêmes ces territoires en mouvement. Ana Beatriz Almeida est par exemple brésilienne et issue de la diaspora africaine ; la Portugaise Mónica de Miranda est d’origine angolaise ; Fabrice Monteiro, belge, est né d’un père béninois et vit à Dakar ; Wendie Zahibo, née à Marseille, a des origines centrafricaines et ivoiriennes. Conçue et produite par la Fondation Dapper et coordonnée par la Maison de la photographie Amazonie Guyane (MAZ), Reprendre racines, visible jusqu’au 20 octobre 2026, mêle photographies, créations numériques et performances.




