RENAULT PREND LE LARGE SUR LES CHAPEAUX DE ROUES

Moteur Imaginaire renault

En prologue de la semaine parisienne de l’art contemporain, avec Art Basel en point d’orgue au Grand Palais, l’exposition Moteur Imaginaire, inaugure le nouveau centre d’art privé LARGE emerige, valorise le Fonds Renault pour l’art contemporain, produit de nouvelles pièces, et rend hommage au passé industriel de l’île Seguin. Lieu d’encrage de la Pointe des Arts, LARGE est à l’initiative du promoteur et collectionneur d’art Laurent Dumas.


Laurent Dumas concrétise un projet dont il rêve depuis dix ans

Bien connu dans le monde de l’art contemporain pour son engagement auprès de la scène française, notamment avec la bourse Révélations Emerige, Laurent Dumas est aussi fin promoteur. Depuis 2017, il porte ce projet mixant promotion immobilière et défense de l’art contemporain. Avec Ardian Real Estate, AOG et son groupe EMERIGE, ils auront convaincu tous les décideurs publics et accouchés d’un vaisseau amiral où expositions, projections cinématographiques, restaurants, hôtel, parc et jardins forment un nouveau morceau ville du Grand Paris. Si seulement il existait davantage de promoteurs amateurs d’art et si sensible à l’architecture contemporaine. La bonne humeur se généraliserait ; le monde s’en porterait mieux…

Petite histoire d’un lieu au destin singulier

Dans l’excellent catalogue d’exposition publié chez Flammarion, le spécialiste de l’industrie automobile – Jean-Louis Loubet – dresse un portrait juste, efficace et affectueux de l’île Seguin. Ce dernier montre à quel point un bout de terre sur la Seine aura vu passé toute l’évolution des activités humaines parisiennes. D’abord une prairie silencieuse ; au 18e siècle, le compère du chimiste Antoine Lavoisier, Armand Seguin révolutionne la tannerie et transforme l’île en manufacture ; au moment où l’île prend le nom de cet auguste entrepreneur, le 19e voit la fin de cette industrie, l’île abandonnée est investie par les impressionnistes. Pas pour longtemps, car en face, Louis Renault a besoin de place ; il rachète petit à petit toute l’île afin d’y dresser « la forteresse de Boulogne-Billancourt ». Pendant soixante-dix ans, le bruit des usines Renault et l’agitation des ouvriers vont ancrer l’île Seguin dans l’histoire de l’industrie française. Hélas tout a une fin. La démolition (regrettable ou pas ?) a lieu et le renouveau tarde à venir. Heureusement l’art qui avait été chassé par l’industrie automobile revient en 2017 avec La Seine Musicale. Dessinée par les architectes Shigeru Ban & Jean de Gastines, cette sphère posée sur un podium en béton n’est pas une réussite formelle mais un vrai signe urbain, surtout de nuit !

Sur l’autre pointe de l’île, l’art, les arts ne sont pas en reste. Dans une même unité formelle due aux architectes barcelonais RCR (Pritzker Prize 2017 : l’équivalent du Nobel pour l’architecture), avec les français de CALQ, le centre d’art LARGE côtoie son voisin Pathé cinéma, une rue intérieure les différencie. Dans leur prolongement, à la pointe extrême de l’île, un hôtel quatre étoiles vient d’être construit par les allemands Baumschlager Eberle. Entre cet îlot dédié à l’art contemporain et au cinéma, et celui consacré à la musique, un parc planté par la paysagiste Michel Desvigne assure la liaison entre les deux pôles mais aussi une certaine continuité avec les coteaux de Meudon, véritable fresque où la végétation s’harmonise avec le bâti. Au quatrième étage du LARGE, une terrasse permet de contempler ce joli tableau.

Une exposition en hommage au génie du lieu

Après ce tableau pittoresque, parlons de l’exposition au titre songeur : Moteur Imaginaire. Ce mélange entre un symbole de la modernité technique – le moteur – et cet adjectif qui est aussi un nom – imaginaire – donne à réfléchir. Le sous-titre nous éclaire : Des chefs-d’œuvre de la collection Renault aux artistes d’aujourd’hui. Tout est dit.

En 2026, programmer une exposition dédié à un objet de consommation qui a mauvaise presse relève du culot ! Néanmoins, nous sommes une grande majorité à posséder une voiture et beaucoup restent des passionnés du moteur et du design automobile. S’installer sur l’île Seguin et ignorer le génie du lieu – les usines Renault – eu été une erreur flagrante. Le LARGE a profité de cette ouverture pour exposer quelques trésors de la collection Renault. Crée en 1967 dans le cadre d’un programme « Recherches, Art et Industrie », ce Fonds regorge de trésors dus à Jean Tinguely, Jean Dubuffet, Victor Vassalery, Arman ou encore Julio Le Parc.

La commissaire Cecilia Alémani n’a pas hésité à les choisir. Dans un souci de clarté, elle a divisé en cinq chapitres l’exposition. « Usine de mes pensées » ; « Formes motrices » ; Corps sociaux » ; Objets du désir » ; « La machine humaine ». Cette répartition permet d’aborder différentes échelles du couple « moteur imaginaire ». « Corps sociaux » et « Objets du désir » se distinguent ; pour la première, les artistes utilisent la mémoire du corps social comme matière artistique (voir entre autres les œuvres de Harun Farocki, Clément Cogitore, Randa Maroufi, Mohamed Bourouissa) ; pour la seconde, le fantasme de la belle carrosserie est à son comble, sans une certaine dose de critique tout en finesse (Kenneth Anger, Selma Selman, Bianca Bondi).

En cette fin de semaine, LARGE ouvre ses portes gratuitement, sur inscription : large-emerige.fr

 

Par Paul Einos