Dans la programmation éclectique et populaire du Garden Parvis, Piche jouera le 23 juillet. Un concert mêlant danse, drag et rap avant un premier album, prévu fin 2026. Interview Jean-Paul Gaultier, Dayarga et loyauté !
Deux ans après Festin, ton premier EP, tu es à nouveau en studio. Qu’enregistres-tu en ce moment ?
Piche : Mon premier album, que nous finalisons.
L’équipe est toujours la même ?
Mon frère est toujours au centre de la musique, de même pour Jordan Boury, à la chorégraphie. Je m’entoure énormément d’amis. La loyauté est importante pour moi. J’aime travailler avec des gens dont je sais qu’ils seront toujours là, quand ça monte comme quand ça descend. L’EP s’est fait un peu en catastrophe, suite à Drag Race où j’ai vu que ma musique plaisait. J’en avais toujours rêvé, mais je n’y croyais pas. Pour l’album, je veux présenter quelque chose de plus travaillé où je trouve le juste milieu artistiquement.
Quel est ton juste milieu ?
Étant entre drag et rap, je me rends compte que je dois créer ma propre case. Et ce premier album sera son expression.
France TV a fait un reportage sur toi, nommé L’Absent. Tu y es présenté comme l’une des voix les plus influentes de la révolution drag. Où en est celle-ci ?
La révolution drag a eu lieu il y a plusieurs années. Ce à quoi l’on assiste désormais est une mainstreamisation de la culture drag. Drag Race permet de vulgariser le propos, en particulier les problématiques liées au drag que la communauté queer connaît bien. Le drag, c’est un apparat, une esthétique, un vecteur d’idées artistiques, une liberté qui me permet de ne pas choisir entre chant, danse, rap…
C’est une esthétique que tu découvres avec le « Fashion Freak Show » de Jean Paul Gaultier, une troupe que tu intègres en 2017.
Oui, j’y rencontre la scène parisienne et underground, je comprends la queerness. Avant, j’étais homosexuel, à ce moment-là je deviens queer, c’est-à-dire que j’apprends l’histoire du mouvement, ses combats et je découvre ses espaces.
Par quoi se manifeste cet engagement ?
La politique est au cœur des shows drag. Il est plus facile de faire passer des messages en faisant rêver les gens, surtout à notre époque où les mauvaises informations nous saturent et nous dépassent. Faire rire et rêver par le drag est devenu pour moi une manière beaucoup plus saine de voir et de dire le monde.
Conçois-tu le rap de la même manière ?
Je vois le drag et le rap de manière similaire, oui. Ce sont deux disciplines que l’on oppose, le rap serait ainsi associé au patriarcat et le drag à l’extrême féminité, parce que c’est ce qui est connu des deux. La vérité est que le drag a permis à des minorités de s’émanciper, de s’assumer, et de créer des espaces de sécurité, de même pour le rap, né par et pour des personnes opprimées. Drag et rap, c’est la même chose. Et je ne vois pas qui est plus légitime que la communauté drag pour faire du rap !
Dans « Oh ma piche », tu disais être « boycotté par Skyrock et Booska-P ». Quid ?
Depuis, j’ai eu un article sur Booska-P et j’ai rencontré Fred Musa, lors du « Procès du Rap » pour lequel nous étions tous les deux jurys, à l’Olympia, alors je ne peux plus dire ça… Les choses évoluent. Dayarga a fait un Planète Rap en robe de mariée ! Certes, il s’est fait incendier, mais ce n’est pas ce qui compte. Cela fait du bien de voir que dans l’industrie il y a du changement.
Le public est là aussi.
C’est ce qui fait la différence.
Et tu fais des festivals cet été, un Olympia en novembre…
Oui, le public est en avance…
Par Alexis Lacourte
Photos Margot Bérard




