L’aspirant Académicien le plus endurant du 15e arr. a décidé de nous faire plaisir : 350 pages de paraphrases odysséennes – approximations, bévues et platitudes en prime. On a lu L’odyssée de l’Odyssée de Christophe Ono-dit-Biot, pour que vous n’ayez pas à le faire. Ne nous remerciez pas.
Au grand dam des amoureux de la littérature, le secteur du livre est de moins en moins épargné par la vaste mode des opérations marketing. Et on se demande si ce n’est pas pile-poil dans cette case que choit le dernier pavé de Christophe Ono-dit-Biot. Pour quelle autre raison, hors la quasi-certitude de bonnes ventes, le journaliste es Antiquité du Point nous aurait-il pondu 350 pages paraphrasant l’Odyssée ? Rappelons que cet été doit sortir le blockbuster de Nolan sur le fameux retour d’Ulysse et on ne saurait être étonné de voir le beau bouquin d’ODB en tête de gondole de toutes les librairies parisiennes à ce moment-là (quel sens du timing). Enfin la revanche pour cet ancien de chez Gallimard ? (ODB aurait quitté la maison d’édition de Gaston ne se sentant pas assez soutenu dans la comm’ de son dernier roman, Trouver refuge, en 2002). Hélas, le choix d’un sujet vache à lait et le nouveau soutien de Grasset ne suffisent pas à sauver cet ouvrage, plus étouffe-chrétien à lire qu’un mémoire de M1 (j’en connais un rayon sur le sujet, j’en ai écris trois).
Est-ce par flemmardise ou flagornerie qu’Ono-dit-Biot a décidé de présenter un contenu dont l’intérêt, nous l’avons évoqué, se limite à nous refaire le déroulé des chants de l’Odyssée, dans un lexique d’autant plus pauvre qu’il se veut vulgarisateur au sens le plus péjoratif du terme ? (Les formules : « crise de nerf, Tex Avery, menu enfant, gender fluid, stand up, etc. » n’ont rien à faire attribués à Pénélope, Télémaque, Ulysse & cie, mais ce n’est que notre humble avis). Ajoutez à cela un ton faussement badin, une morale de l’histoire qui ne casse pas trois pattes à un canard (oui, Ulysse et ses compagnons sont terriblement actuels, merci), l’évocation de quelques mythes (N.B. : Prométhée ne se fait pas ronger le coeur, mais le foie), et vous avez entre les mains un ouvrage trop long pour des classes découvertes, et trop pauvre pour les amateurs d’Homère.
Bref, ni sérieux (par décence et retenue, nous ne listerons pas la totalité des erreurs, mais préciserons tout de même que massacrer le nom d’Emily Wilson – orthographié « Emily Watson », page 27 –, la seule femme ayant proposé une traduction de l’Odyssée sur les 60 reconnues dans la sphère littéraire est d’un pignouferie grotesque), ni didactique (on n’y trouve aucune véritable analyse comparative mis à part des références superficielle à l’intégralité du corpus contenant les mots « odyssée » ou « Ulysse » dans leur intitulé), ni romanesque, cette Odyssée de l’Odyssée, au titre aussi racoleur que fat (on rappelle le sous-titre : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les aventures d’Ulysse sans avoir jamais lu Homère) ne peut prétendre à d’autres ambitions que celle de l’esbrouffe en dîners mondains. Et encore.
L’odyssée de l’Odyssée, Grasset, 368 p., 15,99 € (Photo Francesca Mantovani)
Par Violaine Epitalon




