Numéro 300 oblige, nous avons demandé à notre vénéré rédacteur en chef de se prêter au jeu de l’interview médias. Incroyable mais vrai, il a accepté.
Tu as été élevé « loin du monde occidental » (LR a passé son enfance sans télé, sans radio, sans presse, etc, ndlr). Quels médias lisais-tu adolescent ?
Laurence Rémila : À l’âge de treize ans, pour la première fois, en rejoignant ma mère en Angleterre (dans une ville au Nord de Londres dont le plus célèbre habitant était Stanley Kubrick), je suis inscris dans une école « normale ». Je découvre d’un coup la culture pop et la presse pour ados, notamment Smash Hits, consacré à la musique dans ce qu’elle a de moins noble : Kylie Minogue, Jason Donovan, Wham!… C’était écrit par les meilleurs journalistes du monde, passés pour la plupart par le NME, Neil Tennant y avait été rédac-chef avant de lancer les Pet Shop Boys. C’était l’équivalent, en mille fois mieux, de ce que vous aviez en France avec Podium, OK!, Salut magazine… Ce fut une sorte de libération, je me suis mis à TOUT lire.
Ton premier magazine français ?
Je passais mes grandes vacances dans le Sud de la France, chez mon père, et à l’été 1989, je découvre les Inrockuptibles, avec les Smiths en couve. Je m’abonne illico à ce magazine qui à l’époque avait une maquette très janséniste et des interviews très bien menées. J’apprendrais plus tard, par un ancien stagiaire des Inrocks, qu’ils réécrivaient comme des maboules ces grands papiers, ça m’avait marqué.
Comment as-tu découvert Technikart ?
Été 1999, numéro « Staying alive », 18 francs, je l’achète pour choper le supplément NRV, la revue culte de Beigbeder, qui y était glissé (pour avoir des détails sur la dream-team Technikart de l’époque, voir notre story orale plus loin, ndlr). Fraîchement débarqué à Paris, je trouve ce magazine incroyable, il n’y avait rien à jeter : tous les articles sont bien vus, ils n’ont aucun souci de publicité, c’était brillant, fantastique, ils faisaient le meilleur mag’ du monde et – je l’ai appris plus tard en les côtoyant – ne s’en rendaient vraiment pas compte. Pendant les « Trois glorieuses », 1997 à 2000, ils étaient les meilleurs, point. Loin, loin devant The Face, etc.
Existait-il à l’époque un titre aussi bon que Tech ?
Le seul que je trouvais aussi intéressant et original, c’était Get Busy, un mag’ de Sear, axé culture urbaine tout en étant capable de proposer une interview de 20 pages de Maître Jacques Vergès.
Tes autres lectures anglo-saxonnes pendant les années 2000 ?
Le Vanity Fair US de Graydon Carter ; il faisait un mag’ avec un budget illimité et toutes les plumes qu’il souhaitait avoir. Donc on avait Nick Tosches qui partait faire un papier au Japon en empruntant le jet privé de l’actionnaire Si Newhouse… Ça faisait rêver, à juste titre. L’autre référence, c’est le New York Magazine, un peu le Technikart tête-à-claque US des années 1970 avec des plumes comme Tom Wolfe et une maquette incroyable et inchangée depuis 50 ans.
En 2011, tu co-fondes Schnock (avec Alister), qui fête ses 15 ans d’existence cette année, puis tu reprends la rédaction en chef de Technikart fin 2014. Quels magazines sont restés des must-read et sources d’inspiration pour toi ?
À l’époque de la création de Schnock, le magazine anglais Mojo, axé musique et bien rétro, était une référence commune ; de mon côté, les revues The Idler et The Oldie ont également été des sources d’inspiration. Aujourd’hui, je lis toujours le New York Magazine, et Private Eye, un quinzomadaire imprimé sur du papier de chiotte, mais écrit pour l’intelligentsia british, lu par les membres du gouvernement et les chefs d’entreprise, doté d’un sens de l’humour puéril, très drôle et très informé. Et bien évidemment HTSI, le chicissime supplément du Financial Times Weekend, The Atlantic pour les papiers idées…
Et dans les titres français ?
Je ne manque jamais la chronique livres de Frédéric Beigbeder dans le Fig Mag. À part ça…
Des podcasts à nous conseiller ?
« The rest is politics » de Alastair Campbell et Rory Stewart pour comprendre l’actu internationale. Les émissions proposées sur l’app « BBC Sounds » (ils parlent davantage de l’international que des problèmes domestiques, contrairement aux JT français). Le podcast de Lauren Sherman sur Puck pour le décryptage qu’elle propose de l’industrie de la mode ou encore « Zone d’écoute » de Médecins sans frontières… Parfaits pour faire son jardinage en s’instruisant.
Par Violaine Epitalon




