Avec Jim Queen, leur premier long-métrage, Marco Nguyen et Nicolas Athané signent un ovni, une comédie musicale queer, irrévérencieuse et tendre. Derrière les paillettes, le film raconte aussi une époque où les identités sont redevenues des champs de bataille politiques. Rencontre avec deux cinéastes qui préfèrent répondre par le rire.

Juste après la projection cannoise de Jim Queen en séance de minuit, vous aviez l’air sous le choc.
Marco Nguyen : Complètement. On ne s’attendait pas à une telle réaction. Les gens chantaient, applaudissaient pendant le film, criaient à certaines répliques. C’est le genre de séance qu’on ne vit qu’une fois. Ce qui était drôle, c’est que des blagues auxquelles on ne prêtait plus attention sont devenues des tubes devant le public. On avait déjà montré le film plusieurs fois, mais là il s’est passé quelque chose de très particulier.
D’où vient l’idée de Jim Queen ?
Marco Nguyen : D’une envie très simple : raconter le monde dans lequel je vivais. Je suis arrivé à Paris à 18 ans, après avoir grandi à Aix-en-Provence, et j’ai découvert le Marais, les bars, les fêtes, toute une culture gay extrêmement riche. À côté de ça, mon métier, c’était l’animation. Pendant longtemps, j’ai eu l’impression que ces deux passions ne se rencontraient jamais à l’écran. Jim Queen est né de cette envie de les faire dialoguer.
Le film donne le sentiment de raconter une communauté de l’intérieur.
Nicolas Athané : Parce que c’était exactement l’objectif. On voulait parler d’une culture, de ses codes, de ses contradictions, de ses tribus. Mais sans faire un film à thèse. On voulait surtout faire une comédie. Ce qui nous intéressait, c’était de montrer un univers vivant, drôle, parfois absurde, avec beaucoup d’autodérision.
Le film apparaît très politique.
Marco Nguyen : C’est marrant parce que ce n’était pas notre intention première. Nous, on voulait faire rire. Mais dès que vous racontez une communauté queer dans le cinéma français, votre film devient politique malgré vous. Les questions d’identité, de visibilité, de droits sont déjà politisées dans le débat public. Nous, on est partis du quotidien et le contexte nous a rattrapés.
Nicolas Athané : Le rire est peut-être notre forme de militantisme. Le film ne cherche pas à donner des leçons. Il invite tout le monde à entrer dans cet univers et à rire avec lui. C’est sans doute plus efficace qu’un discours.
On sent aussi une inquiétude derrière la fête.
Marco Nguyen : Oui, il y a l’idée que rien n’est jamais acquis. Quand on a commencé à écrire, cette inquiétude était assez théorique. Aujourd’hui, elle l’est beaucoup moins. Il y a des choses qu’on croyait définitivement acquises et qui sont à nouveau contestées.
La fabrication du film semble avoir été une aventure en soi.
Nicolas Athané : C’était sportif. Entre le premier développement et la sortie, il s’est écoulé sept ou huit ans. Mais la production elle-même a été très rapide parce qu’on n’avait pas beaucoup d’argent. Quand le financement est limité, il faut aller vite et accepter de prendre des décisions immédiatement.
Marco Nguyen : On travaillait en parallèle avec plusieurs studios répartis entre la France, la Belgique et La Réunion. Chaque matin, on recevait des plans à vérifier. C’était une organisation héritée du monde des séries animées, avec un rythme extrêmement soutenu.
Vos influences vont de l’animation japonaise à la culture queer européenne.
Marco Nguyen : Oui, et on assume complètement ce mélange. Il y a évidemment Ralph König pour certaines thématiques. Côté animation, on regarde autant les productions japonaises que des œuvres plus satiriques comme South Park. On aime les univers capables d’être à la fois très drôles, très référencés et très tendres avec leurs personnages.
Finalement, qu’espérez-vous que le public retienne de Jim Queen ?
Nicolas Athané : Qu’il passe un bon moment.
Marco Nguyen : Exactement. Si les spectateurs ressortent en ayant beaucoup ri, tout en découvrant un univers qu’ils connaissaient mal, alors le pari est gagné. Le film parle de culture queer, mais il est destiné à tout le monde. On voulait que chacun puisse s’y reconnaître, même quand il ne comprend pas toutes les références.
Jim Queen de Marco Nguyen et Nicolas Athané
Sortie en salles le 17 juin 2026
Par Marc Godin




