À 27 ans, Sami Outalbali, habitué aux plateaux de tournage depuis ses six ans et star internationale grâce à son rôle dans Sex Education, fait partie de ces comédiens permettant au cinéma français de se réinventer. Nous le retrouvons le lendemain de la première cannoise de Sanguine, alors qu’il s’apprête à rejoindre le casting de Johnny, pour une masterclass du chic.
Le mois dernier, tu étais présent au Festival de Cannes pour ton rôle dans Sanguine (Marion Le Corroller), qui sortira à la rentrée. En quoi ce personnage d’interne est-il si important pour toi ?
Sami Outalbali : Le film parle du surmenage, de la pression mise en permanence sur les jeunes générations et surtout de cette espèce de productivité primordiale. Ça se passe dans un service des urgences, dans un hôpital. Il y a une compétition interne dans le service avec la mise en place d’un classement. Ayant fait un burn-out un an auparavant, mon personnage ne répond plus du tout de ces choses-là. Je suis le contrepoids de cette course effrénée au rythme et aux chiffres. Je suis ultra zen, j’essaie de m’énerver le moins possible…. C’est le dernier personnage encore connecté à ses sentiments, au doux et au paisible.
Né à Poissy en 1999, quelle place avait le cinéma dans ton enfance ?
Avec mon père, le week-end, on allait au Vidéo Futur et on louait plein de DVD. Il adore le cinéma d’action, les vieux films de gangsters et de kung-fu, donc j’en ai bouffé toute mon enfance. Ma mère est une grande fan d’Arte, la chaîne était allumée tout le temps à la maison. Quand j’avais école, je n’avais pas le droit de regarder la télé car je devais aller me coucher. Mais sur certains films qu’elle jugeait intelligents, je pouvais veiller plus tard. C’était un peu la carotte pour m’avoir, et ça m’a motivé à regarder de bons films. J’en ai vu plein avec mon grand-père. Personne n’est du métier dans ma famille, mais tout le monde aime le cinéma.
Comment as-tu commencé à jouer ?
Je faisais des photos de pub quand j’étais bébé. Un photographe a dit à ma mère que j’avais une bonne bouille, qu’elle devrait essayer de me faire faire du cinéma. J’ai passé un casting pour le téléfilm Il faut sauver Saïd et je l’ai eu. J’ai commencé comme ça, à 6 ans.
Après ça, comment t’es-tu professionnalisé ?
J’ai adoré jouer dès la première minute, mais je ne voyais pas ça comme un potentiel métier. J’ai fait une école de théâtre à 18 ans, le Cours Peyran Lacroix. Pendant ce cursus, je suis parti sur les tournages de Sex Education et Une histoire d’amour et de désir. Ça ne servait plus à grand-chose que j’aille à l’école, car je tournais beaucoup et je n’avais plus assez de temps. J’ai toujours eu envie d’apprendre et de parfaire mon jeu, mais l’école est un coût qui ne valait pas la peine d’être payé pour être là trois mois dans l’année. Et depuis mes 17 ans, je suis accompagné par Pauline Rostoker, mon agente. On a toujours mis un point d’honneur à ne pas accepter des choses pour les mauvaises raisons.
En vingt ans de carrière, ta filmographie passe des Tuche à Novembre. As-tu une certaine préférence dans les registres ?
Non, au contraire. J’ai envie de faire plein de trucs différents et je pense que ça se voit dans les rôles que j’ai faits. Il y a très peu de choses qui se ressemblent, et c’est ce que j’aime. C’est un métier fabuleux qui me permet de jouer la vie et ses mille nuances. Je prends autant de plaisir à tourner chaque rôle.
Reste-t-il quelque chose que tu rêves d’essayer ?
Il me reste un milliard de choses à essayer, mais j’adorerais faire du cheval et avoir une épée dans un film d’époque.
On parle de longs-métrages, mais tu es connu pour tes rôles dans des séries (Sex Education, Mortel, BRI…).
L’avantage de la série, c’est que le temps d’exécution est beaucoup plus long qu’un tournage de film. J’ai un personnage que je peux emmener pendant 90 jours. Je grandis avec lui, le travail se fait même pendant le tournage. Pour un film, certains tournages sont trop courts pour véritablement évoluer avec le personnage. J’aime la longueur des histoires que les séries racontent, les minutes sont plus longues, les secondes sont plus importantes.
« À 19 ANS, JE QUITTAIS PARIS SUR UN COUP DE TÊTE POUR ALLER À LONDRES, DANS LE DISTRICT DE BAYSWATER. »
Qu’est-ce qui est venu en premier dans ta vie, l’anglais ou Sex Education ?
L’amour de l’Angleterre avant tout. À 19 ans, je quittais Paris sur un coup de tête pour aller à Londres, dans le district de Bayswater, où je suis resté deux mois. Je n’ai pas eu de boulot d’acteur, je suis rentré en France, et un an après, l’Angleterre est revenue à moi avec Sex Education.
Tu y jouais Rahim, un étudiant français. Exagérais-tu ton accent frenchy ?
Je pensais que j’avais un bon accent anglais, donc je leur ai demandé s’ils voulaient que je le réduise. Ils m’ont dit que j’avais l’accent français, pour eux c’était parfait. Ça m’a remis les pieds sur terre, moi qui pensais être très chaud. Pour les Français peut-être, mais pour eux, on entend tout de suite que je ne suis pas d’ici !
Ton jeu change-t-il en fonction de la langue que tu parles ?
Au début, en apprenant mes répliques, une musique s’ancrait en moi. Chose que je n’ai pas en français, parce que j’apprends très neutralement mes textes. En anglais, j’avais déjà une intonation, une musique. Une fois rentrée, elle était quasi impossible à sortir de ma tête. L’anglais est une langue tonique à d’autres endroits que le français, les syllabes tapent très différemment. Ce que notre cerveau français pense être la bonne intonation et le bon sens rythmique, ne l’est pas pour eux. Maintenant que je parle mieux anglais, je l’ai moins.
En tant que jeune comédien, as-tu la volonté d’impulser des projets avec tes amis de cette même génération ?
On a envie de faire des choses ensemble mais on se dit qu’on a le temps et surtout on a envie de faire les bons projets. Le moment où on lancera quelque chose tous ensemble, ça soudera nos noms d’une certaine manière. Je suis extrêmement fier de mes amis et des acteurs qu’ils sont en train de devenir, je n’ai aucun problème à être lié à eux à l’avenir, mais il faut que ce soit avec le bon projet.
En 2022, tu as été membre du jury lors de la 5e édition de Cannes Séries. Dans une interview à cette époque, tu suggérais aux jeunes qui veulent devenir acteurs de faire du théâtre. Quatre ans plus tard, c’est toujours ton meilleur conseil pour réussir dans le cinéma ?
Il n’y a pas de méthode parfaite pour réussir dans ce métier. Le travail d’acteur est injuste, mais le théâtre c’est super parce que ça apprend. Ça t’offre de vraies bases, ça te permet d’être solide. Une école, c’est un laboratoire. C’est un endroit où tu peux essayer, te foirer, recommencer. C’est extraordinaire. Et ça te prépare au casting ! Tu peux te tromper plein de fois en cours de théâtre, ça t’évite de te tromper au casting. D’un point de vue humain et personnel, c’est génial aussi. Grâce aux cours de théâtre, je me suis complètement redécouvert. C’est comme n’importe quel métier en fait : le cinéma, c’est de l’artisanat, et un bon artisan, c’est un artisan qui se forme.
Cette année, tu étais habillé par Dries Van Noten lors de la montée des marches à Cannes. Quel est ton rapport avec la mode ?
À une période, je n’en avais rien à faire des vêtements. J’étais matrixé par les films que je voyais, et au collège j’ai trouvé la DA du personnage de Mark Zuckerberg dans The Social Network géniale. Un sweat, un jean, des claquettes. Je n’ai pas osé les claquettes, mais j’ai pris les pompes les plus simples, j’avais un sweat gris que je remettais tout le temps et un jean Pataya. J’ai fait deux ans comme ça, où je m’en foutais. Et à un moment donné, j’ai switché. J’ai découvert la chaîne World Fashion Channel sur la télé de mes grands-parents. À partir de là, je regardais tous les défilés sur la grande télé du salon. Ça me passionnait. Et je me suis mis à dessiner des robes. J’ai longtemps voulu être designer, c’était soit ça, soit le cinéma.

Es-tu proche d’une Maison en particulier ?
J’aime beaucoup ce que fait Tommy Hilfiger. J’ai rencontré les équipes et on s’est extrêmement bien entendus. Football, Formule 1, voile… Ils sont à plein d’endroits qui me fascinent, donc l’entente est venue assez facilement. On avait envie de raconter les mêmes choses et de monter un projet ensemble, c’est en train de se faire et c’est trop cool. J’adore quand il y a de l’humain derrière, ce ne sont pas que des chiffres. Le plus important, c’est l’amour de la mode et l’amour des rencontres.
En tant que grand passionné de mode, as-tu déjà envisagé le mannequinat ?
Je ne suis pas assez grand, donc c’est réglé ! Plus sérieusement, j’ai défilé une fois pour Ami Paris. Ça a été une expérience de dingue, mais je ne suis pas très à l’aise. Je respecte énormément les mannequins dont c’est le métier, qui enchaînent les défilés, qui aiment le faire et le font bien, mais moi j’en serais incapable. Ou alors très vieux, comme avait fait Prada avec Willem Dafoe et Adrien Brody, je trouve ça cool. Il y a un lâcher-prise, une détente, mais à mon âge, ça ne m’intéresse pas. J’aime regarder les défilés et ça me va très bien. Maintenant que j’ai la chance d’être invité pour observer, ça me suffit. Et un jour, j’adorerais dessiner des choses que les mannequins porteront.
Tu te vois designer ?
Je dessine toujours des vêtements. J’aimerais bien en faire quelque chose, c’est un rêve que j’ai depuis que je suis ado. J’ai vraiment hésité à diminuer le cinéma pour faire une école de mode, mais ça coûtait trop cher, puis je me suis dit que le cinéma me plaisait quand même un peu plus. La mode, c’est toujours dans un coin de ma tête, et dessiner, c’est une passion qui est toujours là. Aujourd’hui, tout le monde collabore avec tout le monde. Travailler avec une marque, ce serait un kiff. C’est un risque économique, il y a plein de choses qui rentrent en jeu, mais je me dis que j’ai le temps, et si un jour ça doit devenir quelque chose, ça le deviendra.
Avec cette pluralité de disciplines, te verrais-tu passer de l’autre côté de la caméra ?
J’aimerais bien réaliser un jour. Mais c’est comme tout : il faut avoir la bonne chose à raconter au bon moment. C’est un métier tellement dingue que je ne veux pas y toucher légèrement, ça demande un investissement total. Pour ça, je dois attendre d’être vraiment prêt. Et j’ai des idées, mais je ne sais pas les mettre en forme. Si jamais je veux écrire, je le ferai avec quelqu’un je pense. Ou peut-être que ce n’est juste pas le bon moment, il faut savoir s’écouter aussi.
Tu es également féru de musique…
Je remercie mes parents de m’avoir ouvert à tout, que ce soit le cinéma, la musique ou l’art en général. Mon père est un gros fan de funk. On allait dans des boutiques à Bastille et on prenait des piles d’albums. Quand tu ouvrais la boîte à gants de la voiture de mon père, ça débordait de CD. Ma mère était une immense fan de Prince. Ça a été mon premier grand concert, en 2011 (le 30 juin, ndlr), au Stade de France. C’est rare d’observer le génie de ses propres yeux, et avec Prince, j’ai vraiment le sentiment d’avoir eu cette chance.
Et toi, tu joues ?
Non. Mes grands-parents m’avaient offert une guitare quand j’étais gamin parce que j’avais voulu apprendre, mais c’était catastrophique. Je ne sais même plus où elle est maintenant. Je mettais du Michael Jackson à fond dans ma chambre, et je jouais par-dessus, mais quand je coupais le son, c’était horrible.
« UN MILLION ET DEMI DE PERSONNES À TON ENTERREMENT, EN GÉNÉRAL, C’EST QUE TU AS MARQUÉ DU MONDE.»
Tu fais partie du casting du biopic de Johnny Hallyday. Qu’est-ce que ça fait de jouer dans le film le plus scruté de l’année ?
C’est normal, c’était la plus grande star française du dernier siècle. Un million et demi de personnes à ton enterrement, en général, c’est que tu as marqué du monde. Je trouve ça beau pour la mémoire de Johnny de savoir qu’il est aussi mythique.
Le tournage a commencé mi-juin. Comment as-tu préparé ton rôle de Jean Pons, l’impresario derrière la tournée culte et ruineuse du Johnny Circus à l’été 1972 ?
J’écoute en boucle du Johnny et je regarde beaucoup d’images d’archives. Je vais rencontrer des gens qui ont connu Jean Pons pour prendre un maximum d’infos sur comment il était, comment il se positionnait, etc. Je vais essayer de voir ce qu’on veut raconter avec Cédric sur ce personnage. Ce n’est pas un film sur Jean Pons, donc je veux juste apporter ma pierre à l’œuvre en général.
Sanguine sort en salle le 28 octobre prochain, et tu seras sur le tournage de Johnny cet été. Quels sont tes autres projets ?
J’ai joué dans le premier long-métrage de Thomas Vernay, qui sort à l’automne. Le film s’appelle Fief, avec Sayyid El Alami, Birane Ba, Panayotis Pascot, Louis Chappey, Suzanne Jouannet et moi. C’est un film d’auteur sur une bande de potes qui habitent à Nemours, du côté de Fontainebleau. L’histoire raconte cette idée très présente, quand tu ne viens pas de Paris, qu’il faut absolument quitter l’endroit d’où tu viens. Le film pose la question d’à quel point on bouge pour soi ou pour répondre à une pression sociale. J’ai également joué dans Parade Nuptiale, un film pour Amazon Prime écrit et coproduit par Panayotis Pascot. Il joue dedans avec Magalie Lépine Blondeau, Jérôme Commandeur, Karin Viard et moi. C’est un film qui se passe pendant un soir de Saint-Valentin. Je ne suis pas programmateur chez Prime, mais il se pourrait qu’il sorte en février… Il y a des trucs cool qui vont se confirmer bientôt, notamment un premier rôle en anglais. C’est encore une autre paire de manches.
Sanguine, le 28 octobre en salles
Entretien Klervia Lelong & Laurence Rémila
Photos Jean de Blignières
DA Matthias Saint-Aubin
MUHA Alexandrine Piel avec les Produits Haus Labs et Maria Nila
Styliste Anaïs Dubois
Merci Combo




