Dans The Last Viking, farce absurde et mélancolique, un braqueur fraîchement sorti de prison tente de récupérer le butin qu’il avait confié à son frère. Problème : celui-ci, incarné par Mads Mikkelsen, est persuadé d’être… John Lennon. Rencontre avec le cinéaste et scénariste danois Anders Thomas Jensen, qui signe l’une des comédies existentielles les plus singulières de l’été.

C’est votre sixième film avec Mads Mikkelsen, après notamment Les Bouchers verts et Adam’s Apples.
Anders Thomas Jensen : C’est exact. J’ai réalisé six films et Mads joue dans chacun d’eux.
C’est devenu plus qu’un collaborateur, c’est un ami ?
Absolument. C’est même mon voisin à Copenhague. Dimanche dernier, nous avons fait un barbecue ensemble.
Si c’est votre ami, pourquoi l’avoir affublé d’une telle coiffure dans The Last Viking ?
(Il éclate de rire) Ce n’est pas ma faute, cette coiffure vient de Mads ! Nous avons travaillé ensemble sur les vêtements, les lunettes, puis un jour il est arrivé avec cette coupe de cheveux. J’ai immédiatement pensé qu’il tenait quelque chose. Il fallait simplement trouver le bon équilibre pour que cela reste crédible.
Comment travaillez-vous ensemble ?
Je lui donne toujours une version très précoce du scénario. Il participe énormément à la construction des personnages. Il apporte des idées, des réactions, une psychologie que je n’avais pas forcément imaginées. C’est une véritable collaboration.
Qu’est-ce qui fait de Mads Mikkelsen un acteur à part ?
Il est extrêmement intelligent. C’est un acteur très physique, un formidable partenaire de jeu, quelqu’un qui prend ses responsabilités pour l’ensemble du film. Il comprend instinctivement la psychologie des personnages. Et malgré sa carrière internationale, il est resté le même homme qu’à ses débuts.
Il pourrait pourtant se contenter de grosses productions hollywoodiennes…
Oui, mais je crois qu’il aime encore prendre des risques. Quand on se lève le matin en se demandant si ce qu’on est en train de faire va fonctionner ou non, c’est souvent bon signe. Cela signifie qu’on est en train de se mettre en danger artistiquement.
Vous retrouvez également Nikolaj Lie Kaas. Votre trio semble indissociable.
Nous sommes devenus très proches, mais nous avons aussi appris à séparer l’amitié du travail. Sur le plateau, nous sommes extrêmement professionnels. C’est sans doute ce qui nous permet de continuer à travailler ensemble depuis si longtemps… et de rester amis.
D’où est venue l’idée de The Last Viking ?
Je ne sais jamais vraiment d’où viennent mes idées. Mais je voyais le monde changer autour de moi, notamment à travers mes enfants. La question de l’identité était devenue omniprésente : dans les médias, dans les conversations, partout… Je me suis dit qu’il y avait là un formidable terrain de comédie.
Le film raconte l’histoire d’un homme persuadé d’être à la fois un Viking et John Lennon. Pourquoi ce point de départ ?
Parce que j’ai le sentiment que nous passons de plus en plus de temps à vouloir adapter la réalité à nos désirs, plutôt qu’à apprendre à vivre avec elle. Je me suis demandé ce qui se passerait si, au lieu de convaincre un homme qu’il n’est pas John Lennon, tout le monde décidait de jouer le jeu avec lui.
Le film semble naviguer entre plusieurs genres.
Oui, et c’est ce qui le rendait si compliqué à écrire. Il y a de la comédie, du drame, des éléments de comédie musicale, un peu d’horreur… Je voulais un film aussi fragmenté et chaotique que le monde d’aujourd’hui.
L’écriture a-t-elle été plus difficile que sur vos précédents films ?
Beaucoup plus. J’ai écrit Riders of Justice en trois semaines. The Last Viking m’a pris environ six mois. Sa structure est très complexe et j’ai dû trouver une manière de faire tenir ensemble tous ces éléments.
Vous avez signé quelques-uns des plus grands succès du cinéma danois contemporain. Vous considérez-vous d’abord comme scénariste ou comme réalisateur ?
Je suis avant tout scénariste. J’ai écrit plus d’une cinquantaine de scénarios. C’est mon vrai métier. J’aime écrire parce qu’on peut travailler seul, dans son coin, et que tout est encore possible. La réalisation est beaucoup plus lourde.
Vous n’aimez pas tourner ?
Je trouve le tournage extrêmement stressant. Beaucoup de réalisateurs adorent être sur le plateau, mais moi je préfère presque toutes les autres étapes : l’écriture, la préparation, le montage, le choix de la musique… Le tournage est une période de tension permanente.
Malgré cela, vous continuez à réaliser. Pourquoi ?
Parce qu’à chaque film, j’essaie de faire quelque chose que je n’ai jamais fait auparavant. C’est cette prise de risque qui me donne envie de continuer.
Comme Mads Mikkelsen, aimez-vous le football et suivez-vous la Coupe du monde ?
Notre équipe du Danemark n’a même pas réussi à se qualifier pour la Coupe du monde 2026 ! Nous sommes la risée de la Suède et de la Norvège. Mais c’est la France qui va gagner. Kylian Mbappé est un génie…
The Last Viking, d’Anders Thomas Jensen.
En salles le 15 juillet 2026
Par Marc Godin
Photos Rolf Konow




