Si le nouveau trimaran Gitana 18 de l’écurie d’Ariane de Rothschild sort de l’ordinaire, c’est qu’il ne se contente pas de viser les records de vitesse. En transformant ce monstre de carbone en une œuvre d’art signée par les frères Quistrebert, Gitana brise les codes du sponsoring classique. Un pari esthétique et technologique qui prouve que la course au large peut aussi être une performance… culturelle.
Le 12 mars 2026, lorsque le Maxi Edmond de Rothschild a déployé ses ailes pour la première fois entre Groix et Belle-Île, ce n’est pas seulement un prototype de 18 millions d’euros qui est apparu à l’horizon, mais une œuvre d’art en mouvement. En rupture totale avec les codes saturés du sponsoring sportif, cette coopération artistique réussie permet d’offrir un autre regard sur la performance sportive et culturelle.
L’océan comme cimaise
Depuis 2017, sous l’impulsion d’Ariane de Rothschild, l’écurie Gitana a scellé une alliance inédite avec le Palais de Tokyo pour transformer un trimaran de course en une plateforme artistique « hors-les-murs ». Après le graphisme radical de Cleon Peterson sur le précédent opus, le relais est pris par Florian et Michaël Quistrebert. Leur signature visuelle est pensée comme une « épopée au féminin », en écho symbolique à Julie de Rothschild qui, en 1876, lançait déjà cette tradition de vitesse maritime. L’œuvre ne se contente pas d’orner la coque centrale de 32 mètres ; elle s’empare de la totalité du géant, incluant une voilure maximum de 630 m².
L’esthétique de la performance
Le passage de la toile d’atelier au composite a nécessité une fusion des compétences. Les frères Quistrebert ont dû composer avec l’œil de Jean-Baptiste Epron, designer par excellence, pour que leur tracé s’adapte aux formes complexes du bateau. Cette collaboration permet au geste artistique d’épouser les exigences du bureau d’études de Guillaume Verdier sur des éléments inédits comme les flotteurs évasés ou le mât à étage. Le graphisme vient contrebalancer la rudesse d’un navire décrit par Ariane de Rothschild, l’armatrice de ce trimaran, comme « bruyant, vibrant et humide » et qui a nécessité 50 000 heures de conception et 200 000 heures de construction.
La véritable dimension de l’œuvre se révèle lors du décollage, avec ses foils en Y de 5 mètres d’envergure et ses safrans en U révolutionnaires. Lorsque le géant s’élève, l’œuvre d’art quitte le plan horizontal pour devenir une sculpture aérienne. Ce passage de l’eau à l’air, qui était une source d’inquiétude sur le précédent bateau, était attendu par Charles Caudrelier. À plus de 100 km/h, le vacarme laisse place à un silence magnifique, une sensation unique de vol au-dessus des mers. Pour stabiliser cette trajectoire, l’armatrice mise sur son skipper, qu’elle compare à Michael Schumacher chez Ferrari pour sa capacité à donner un feedback technique qualitatif.
Le mécénat de rupture
En transformant le Maxi Edmond de Rothschild en une œuvre totale, sans le saturer de logos, le Groupe fait un pas de côté vis-à-vis des codes du sport-business : « Il ne s’agit pas de répéter ce qui a été fait, mais de réinventer une tradition », précise Ariane de Rothschild.
Ce projet est aussi le laboratoire d’un transport maritime plus efficace. Les concepts de stabilité et de portance testés ici ont vocation à inspirer d’autres industries pour réduire leur consommation d’énergie. L’art rend ce message de durabilité encore plus désirable, transformant les défis extrêmes — comme le Trophée Jules Verne ou la Route du Rhum — en une tribune pour l’énergie verte de demain.




