Y-a-t-il des bombes qui sauvent ? Des déflagrations qui révèlent ? Des révoltes accidentelles ? Peut-être est-ce là tout le pouvoir de la scène ; donner un corps, un souffle et du coffre aux passions qui nous animent. Toast de Victoria Neefs est une arène en huis-clos où chacun saura trouver sa réponse. Portée par un jeu d’acteurs et d’actrices puissant ainsi qu’une écriture aussi touchante que précise, cette tragédie si contemporaine offre une occasion unique de se poser les questions difficiles.
Cette soirée de vendredi dans l’appartement qu’ils partagent, Léo, Thibault, Louise et Jules s’en souviendront encore longtemps. Alors que les quatre colocataires se retrouvent dans leur salon pour un apéro bien mérité, la cinquième, Carla, manque à l’appel. Elle doit être en retard, comme d’habitude. Rien de grave. Soudain les téléphones s’agitent. Une explosion a eu lieu dans le centre commercial à deux pas de chez eux. Thibault se fige, Carla y était. Sans plus d’informations sur la nature de l’explosion, on les somme de rester chez eux et d’attendre des nouvelles. Tous tentent de la joindre, sans succès, et le temps s’arrête pour réfléchir une heure dans cette bulle d’incertitude. Il faut attendre.
Cet évènement perturbateur porte bien son nom. Face à la peur, au doute et à l’inconnu, chacun s’arme comme il le peut. Déni, optimisme, pessimisme, humour, insouciance, tout y passe, même l’amour. Ainsi Toast brosse le portrait de nos réflexes et, de cette manière reflète, nos nombreuses failles dans les moments de crises. Comme la catharsis nécessaire des catastrophes de ces dernières années, la pièce soulage, autant qu’elle réveille. Un moment d’art et de partage dans tout ce qu’il a de plus percutant.
D’ailleurs, le collectif boite noire, à l’origine de la pièce, sait parfaitement tisser le fil d’Ariane entre les beaux-arts, alliant composition musicale et jeux de lumière, arts plastiques et arts vivants, chorégraphie et photographie, jeu d’acteurs.ices et spectateurs, avec brio. En décembre 2025, pour le dernier évènement des mythiques ateliers de POUSH à Aubervilliers, le collectif voit grand : exposition d’art contemporain qui réunit dix artistes, plusieurs concerts et deux représentations de la pièce. Salade, tomate, oignon. L’évènement affiche complet et le public international de jeunes créatifs et d’amateurs est visiblement sous le charme. Un indéniable succès qui, nous l’espérons, en appellera d’autres. Mais il est impossible, tant qu’on parle d’art et d’artistes, de ne pas saluer la performance des acteurs et des actrices ; Agnès Perraud, Jonas Hirsch, Louisa Lacroix, Tom le Pottier et Victoria Neefs. Naturellement intense et d’une grande finesse d’interprétation, leurs performances sont irréprochables ; on entend le public et rire, et pleurer, toujours à haute voix. Tout le monde sort du spectacle en ayant fait du cardio, essoufflé mais emphatique.
Au-delà de son influence durable sur les cœurs et les esprits, cette pièce représente un nouveau souffle pour le théâtre contemporain : dynamique, accueillant et à taille humaine, à l’image du collectif qui porte le projet. Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’y assister en décembre, vous pourrez la découvrir les 22, 23 et 30 avril au Consulat Voltaire, 14 avenue Parmentier dans le 11ème à 20 heures, pour une représentation suivie de concerts et DJ sets. En attendant, levons notre verre ensemble et portons un Toast en l’honneur des nouveaux spectacles et de leur gloire à venir ! Car éteindre la télé, c’est déjà résister.
https://my.weezevent.com/toast-by-collectif-boite-noire ?
Par Melchior Riant




