Jeunes Parisiens et Parisiennes, bonne nouvelle ! Investir dans une BMW pour prouver votre supériorité est désormais has-been. Un simple pass Navigo fera l’affaire. L’économiste le plus mobile de France vous explique pourquoi.
À Paris, j’ai quelques amis d’une quarantaine d’années qui n’ont pas le permis de conduire et qui n’ont jamais pensé réellement à le passer. Lorsque j’interroge mes élèves pour savoir qui détient le fameux papier rose, je me rends compte que la majorité des jeunes ayant grandi à Paris ne l’a pas et ne juge pas que ce soit une priorité de l’obtenir. Outre les aspects culturels concernant l’automobile, qui ne symbolise plus seulement l’autonomie, la mobilité, mais aussi la pollution ; outre le fait que le permis et la voiture représentent un coût important ; il semblerait que le permis soit devenu un marqueur social et territorial. Dans les zones rurales ou éloignées des centres urbains, la voiture reste indispensable pour accéder à l’emploi, aux études ou aux services publics. Le permis y demeure donc un outil d’insertion sociale, parfois même une condition préalable à l’embauche. À l’inverse, dans les grandes villes, ne pas avoir le permis n’est plus un handicap social, et cela peut même correspondre à un choix assumé.
VOITURE FACULTATIVE
À Paris, les transports en commun et l’accès aux vélos en libre-service ont rendu la voiture largement facultative. L’offre de transports, ajoutée à la politique de la ville qui a développé des pistes cyclables, fermé des accès et limité le nombre de places de parking tout en augmentant le prix du stationnement, a rendu les déplacements en transports publics ou à vélo plus simples qu’en voiture. Les chiffres sont assez parlants. Pour les trajets domicile-travail, un Parisien a un taux d’utilisation de l’automobile de 13 % contre 79 % pour une personne vivant dans la Creuse ou la Meuse. On comprend bien que les inégalités territoriales en termes d’infrastructures de transports et de densité entraînent de très fortes différences de comportements dans la mobilité des Français. À Paris, passer le permis n’apparaît plus comme une nécessité immédiate, mais comme une option différable, voire inutile.
Les représentations culturelles ont également changé. Pour une partie de la jeunesse urbaine, une belle voiture ne symbolise plus la réussite. Les préoccupations environnementales et de santé publique jouent également un rôle croissant : privilégier les déplacements à vélo, la marche ou les transports collectifs s’inscrit dans une logique autant écologique que de bien-être.
PARIS N’EST PAS LA FRANCE
Mais Paris n’est pas la France. Si certains jeunes vivant en milieu rural ou en lointaine banlieue peuvent partager les questions environnementales et de santé des jeunes urbains, pour eux, la voiture a une utilité indispensable pour se déplacer. Les chiffres sur la part des jeunes de 18-24 ans ayant le permis selon leur résidence ne font aucun doute là-dessus : 85 % des 18-24 ans ont le permis en milieu rural contre seulement 41 % en agglomération parisienne ! Et probablement beaucoup moins si l’on prend en compte uniquement les Parisiens.
À cela, il faut ajouter le fait que le coût du permis constitue un autre facteur d’inégalité important puisqu’il est souvent supérieur à 1500 ou 2000 euros et que, pour des étudiants ou de jeunes actifs vivant dans des zones rurales, ce coût est contraint puisque, sans permis, tous les déplacements deviennent très compliqués.
Ainsi, le permis de conduire n’est plus un passage obligé, une mention « détenteur du permis B » que l’on devait indiquer sur un CV, mais bien un marqueur social. Entre jeunes ruraux et de banlieue pour qui il reste indispensable et jeunes Parisiens qui peuvent s’en passer, il est devenu le révélateur des inégalités d’accès à la mobilité et des transformations des modes de vie dans les centres-villes. Si, en soirée ou sur votre CV, vous voulez indiquer discrètement votre statut social, dites simplement que vous n’avez pas le permis.
Par Thomas Porcher




