CANNES 2026 : JIM QUEEN : « ON VOULAIT FAIRE RIRE SANS DEMANDER PARDON »

Jim Queen

Présenté à Cannes, Jim Queen est un film d’animation queer, musical, politique et follement drôle. Les scénaristes Brice Chevillard et Simon Balteaux racontent un long combat pour produire cet objet atypique : une satire tendre de la communauté gay, pensée comme une comédie populaire plutôt qu’un manifeste militant.

Comment est né Jim Queen ?
Brice Chevillard : À la base, Marco Nguyen (un des deux réalisateurs, NDR) et moi avions envie de porter des projets queer et LGBT différents de ce qu’on voyait à l’époque. On se retrouvait beaucoup dans les soirées gays organisées à Paris et on avait le sentiment que les représentations queer dans les fictions étaient encore extrêmement clichées. Il y avait des personnages gays, oui, mais souvent écrits par des gens qui projetaient quelque chose sur nous sans vraiment connaître nos réalités.
Simon Balteaux : Nous, avec Nicolas Athané (l’autre réalisateur du film, NDR), on travaillait déjà dans l’animation. On avait créé Monsieur Flap, une websérie complètement absurde sur un homme-fesses qui tombe amoureux de sa coiffeuse. Marco connaissait la série et aimait cet humour-là. C’est comme ça qu’on s’est retrouvés embarqués sur Jim Queen.

Le film part d’une idée forte : un monde où les gays disparaissent soudainement et se métamorphosent en hétéros…
Simon Balteaux : Oui. À l’époque, on avait l’impression de vivre une forme d’âge d’or. On sortait du mariage pour tous, on avait le sentiment que les choses avançaient enfin. Moi, j’ai grandi dans un village de 120 habitants dans les Ardennes. J’ai mis plus de vingt ans à m’assumer. Et vers trente ans, j’avais enfin l’impression de pouvoir vivre librement. Alors on s’est demandé : « Que se passerait-il si tout ça disparaissait d’un coup ? »

Le film surprend parce qu’il n’est jamais frontalement militant.
Simon Balteaux : Le film n’est pas militant au sens démonstratif. On voulait faire une vraie comédie populaire. On savait déjà qu’on partait avec beaucoup de handicaps : un film d’animation adulte, queer, musical… Si en plus on devenait donneurs de leçons, on perdait immédiatement une partie du public. On se moque même de nous. Il y a énormément d’autodérision dans Jim Queen. On montre un milieu capable d’être merveilleux, festif, ultra-solidaire… mais aussi obsédé par le corps, la séduction, le jeunisme. Ma façon d’être militant, c’est de faire rire. Mais on voulait faire rire sans demander pardon.
Brice Chevillard : Ce qui nous intéressait, c’était d’éviter les personnages parfaits ou « exemplaires ». On nous a longtemps demandé ça dans les projets queer : faire des personnages irréprochables, positifs, pédagogiques. Mais ça ne ressemble à personne. Les êtres humains sont contradictoires.

Le film est bien sûr politique.
Simon Balteaux : Quand on a commencé le projet il y a huit ans, le climat était différent. Aujourd’hui, avec le retour de discours homophobes dans plusieurs pays, notamment au Sénégal, et ce qu’on voit aux États-Unis ou ailleurs, Jim Queen résonne autrement.
Brice Chevillard : Il y a aussi des choses troublantes. L’idée de pandémie présente dans le film, par exemple, a été imaginée avant le Covid. À l’origine, elle faisait davantage référence aux années sida.

Le film a-t-il été compliqué à financer ?
Simon Balteaux : Horriblement compliqué. Aucun diffuseur ne voulait vraiment y aller. Ça a pris huit ans. On a même dû lancer un financement participatif pour terminer le film.
Brice Chevillard : Dans l’animation, nos budgets sont minuscules. Ça a eu un impact direct sur l’écriture. On a réduit le film à 80 minutes, coupé des personnages entiers, supprimé des intrigues qu’on adorait.

Vous aviez peur de la réaction du public queer ?
Simon Balteaux : Pendant toute l’écriture, on se demandait si on allait être compris ou si le film allait être perçu comme une caricature agressive. Et finalement, les retours sont incroyablement bienveillants.

La projection cannoise semble avoir été particulièrement forte…
Simon Balteaux : C’était fou. Les gens chantaient pendant la séance, tapaient dans les mains… On n’est toujours pas redescendus.
Brice Chevillard : Thierry Frémaux nous a même dit que c’était l’une des plus belles séances de minuit qu’il avait vécues. Bon, peut-être qu’il dit ça à tout le monde… mais on a envie de le croire.

Vous imaginez déjà une suite ?
Simon Balteaux : À la base, Jim Queen était pensé comme une série. Donc oui, on a énormément d’idées. On a même déjà des pistes pour un deuxième film.

Et pourquoi pas une comédie musicale sur scène ?
Brice Chevillard : Franchement ? On adorerait. Broadway, Londres…, on signe tout de suite.


Jim Queen
de Marco Nguyen et Nicolas Athané
Sortie en salles le 17 juin 2026


Par Marc Godin

Jim Queen