CANNES 2026 : COLONY : ZOMBIES GOURMETS MAIS CINÉMA EN CONSERVE

The Colony

Dix ans après Dernier Train pour Busan, Yeon Sang-ho retourne au zombie movie avec des infectés gluants dans un gratte-ciel de Séoul. Le problème, c’est que le film ressemble à un algorithme Netflix qui aurait binge-watché World War Z, [REC] et trois saisons de The Walking Dead.

Il fut un temps où le Coréen Yeon Sang-ho faisait figure de sauveur du zombie movie. En 2016, Dernier train pour Busan remettait du carburant dans un genre qui tournait alors comme un hamster épuisé dans sa roue : rythme de TGV, émotion populaire, critique sociale efficace, acteurs au top, et surtout cette idée géniale de transformer un train coréen en centrifugeuse à morts-vivants. Depuis ? C’est compliqué…

Après le préquel animé Seoul Station, plutôt malin, puis Peninsula, improbable suite Mad Maxisée qui ressemblait à un cinématique raté de jeu vidéo, voici donc Colony. Cette fois, direction un gratte-ciel ultra-moderne de Séoul après un attentat biologique. Un virus mutant transforme progressivement les habitants en énormes créatures baveuses qui rampent, courent, puis s’organisent en intelligence collective pour boulotter tout ce qui respire encore. En gros, des zombies-fourmis, mais avec le minimum d’hémoglobine.

FULGURANCES ET SABOTAGE NUMÉRIQUE

Le concept n’est pas mauvais. Enfermer des survivants dans un espace vertical contaminé permet quelques idées de mise en scène : étages condamnés, ascenseurs piégés, couloirs transformés en boyaux de FPS horrifique. Sauf qu’à peu près chaque scène donne l’impression d’avoir déjà été vue ailleurs, souvent en mieux. On pense évidemment à [REC]pour l’immeuble contaminé, à World War Z pour les vagues numériques de créatures hystériques, à The Last of Us pour le côté champignon mutant… Même les zombies semblent fatigués d’être là. Ils bavent copieusement, consciencieusement, grognent avec professionnalisme, mais on sent qu’eux aussi ont vu trop d’épisodes de The Walking Dead. Le plus frustrant reste peut-être l’absence totale de folie. Le cinéma coréen de genre avait pourtant cette capacité unique à faire cohabiter mélodrame, satire politique et burlesque hystérique dans le même plan. Ici, tout paraît calibré pour une plateforme : personnages interchangeables, trauma familial obligatoire, enfant mutique qui regarde l’apocalypse avec des grands yeux humides, sacrifices héroïques… On coche les cases comme dans le tableur Excel d’un producteur sous Red Bull. De plus, le bel effet gore est saboté par le tout numérique. À force de vouloir pimper ses monstres à l’image de synthèse, le film perd toute sensation physique. Dans Dernier train pour Busan, on sentait la sueur, la panique, les corps qui s’écrasaient. Ici, tout flotte dans une bouillie digitale vaguement gluante.

Reste malgré tout quelques fulgurances. Une poursuite dans des escaliers de secours. Deux ou trois mutations cradingues. Une énergie de séance de minuit qui sauve parfois l’ensemble du coma industriel. Le problème, au fond, c’est qu’après avoir réinventé le zombie coréen, Yeon Sang-ho semble désormais courir derrière ses propres copies. Colony se regarde sans déplaisir, puis s’évapore immédiatement de la mémoire comme un épisode terne de série post-apocalyptique lancé un dimanche soir pluvieux.

Des zombies gourmets, oui. Mais du cinéma en conserve.

Colony de Yeon Sang-ho
Sortie en salles le 27 mai


Par Marc Godin