VIMALA PONS

Autrice, performeuse, metteuse en scène, actrice pour le cinéma et le théâtre, Vimala Pons a obtenu un César en février dernier. En mai, elle sort deux films et montera les Marches pour l’ouverture de Cannes.

 

Alors, pas trop la grosse tête depuis le César ?
Vimala Pons : C’est la gloire, je fais même la couve de Télérama (rires).

César, ouverture de Cannes… J’ai l’impression que tu étais dans la marge et que tu es devenue mainstream. 
De toute façon, il n’y a jamais rien qui va. Quand tu es outsider, on te dit : “Mais pourquoi on ne te voit pas plus ?”, tu te fais engueuler. Et dès que tu rentres un tout petit peu dans le game, on te le reproche… Mais je te rassure, je vais tourner dans le prochain court-métrage de Bertrand Mandico. Je devais jouer dans son Roma Elastica qui est présenté à Cannes (avec Marion Cotillard, NDR), mais malheureusement, j’étais sur mon spectacle (Honda RomanceNDR), je suis dégoûtée. Puis, je vais tourner avec Michel Gondry… Donc ça va, je suis dans la marge/ pas la marge (rires).

L’année dernière, tu m’avais déclaré que ton rêve, c’était d’obtenir un César. 
Oui, vraiment, c’était mon rêve. Ce qui est drôle, c’est qu’obtenir ce César pour L’Attachement m’a permis de comprendre que j’en avais besoin. Il y avait chez moi une hystérie créative, une boulimie de faire, et depuis que j’ai cette reconnaissance, je suis apaisée. Mais en même temps, ça n’éteint pas mon énergie. 

Pourtant, tu avais déjà une belle reconnaissance, notamment pour tes spectacles.
Oui, mais là, c’est la reconnaissance du métier. Aux César, tu sens que les gens t’aiment, tu entends vraiment des hurlements. C’est très émouvant quand tu fais ce métier depuis vingt ans… Carine Tardieu (réalisatrice de L’Attachement, NDR) m’a dit un truc très joli : elle m’a assuré que j’étais récompensée pour son film, mais aussi pour tout mon parcours, les films indépendants, mes spectacles… 

Tu as fait quoi de ton César ? 
Il est chez moi, sur un tabouret. Quand je doute de ce que j’écris ou fais, je le regarde, ça me booste. C’est un ego-boost ! Par contre, ça fait puer des doigts (rires). C’est du bronze, je crois, et si tu le touches une seconde et t’as les doigts qui sentent la ferraille.

Je vais l’écrire. 
Le monde doit savoir ! 

Que reste-t-il quand on a réalisé son rêve, ce n’est pas trop compliqué ?
Non, ça va. Maintenant, je veux le César du meilleur premier film (elle explose de rire), c’est comme une drogue ! Mais en même temps, c’est comme quelqu’un qui court à côté de toi dans un marathon et te pousse dans le dos. Ça ne m’écrase pas.

Est-ce que le fait d’être plus visible, césarisée, va te permettre d’accéder à de plus grosses productions ? 
Il y a clairement eu un effet post-César, oui. Des propositions arrivent d’un coup, et on sent qu’elles sont motivées par la récompense. Ça semble rassurer les « hommes en gris ». 

Tu enchaînes avec Cannes, où le film de Pierre Salvadori, La Vénus électrique, fait l’ouverture. C’est la gloire !
C’est super. Je suis tellement contente pour Pierre. Ce n’est pas quelqu’un qui est souvent invité dans ce contexte. Ça va faire une belle caisse de résonance pour son film. 

Tu es déjà allée à Cannes ? 
Oui, plusieurs fois. La première fois, c’était avec Alain Resnais, sur Vous n’avez encore rien vu, son avant-dernier film. Cette rencontre avec Resnais m’a beaucoup inspiré ma vie, cet esprit de troupe m’a marquée. Je suis retournée à Cannes pour La Fille du 14 Juillet, avec mon crew, mes gars sûrs, puis Vincent doit mourir et Ultra Pulp. Je suis allée plusieurs fois à Cannes, mais c’était la Quinzaine, la Semaine de la critique, jamais en sélection officielle…

Parlons de l’épatant Sauvons les meubles, où tu joues une photographe qui comprend que sa mère gravement malade, lui cachait ses crédits à la consommation. 
C’est un film tourné en trois semaines, sans argent. C’est une histoire vraie, celle de Catherine Cosme, la chef décoratrice du film La Grande Arche, qui a également obtenu un César cette année…

Tu la connaissais ?
Non, mais quand on s’est rencontrées, on a tout de suite partagé quelque chose de très fort. Ce film, c’est aussi mon histoire. Ma mère est morte d’un cancer elle aussi, je l’ai accompagnée là-dedans. Lors de sa mort il y a dix ans, le jour du printemps, je n’étais que culpabilité et regret. Très longtemps, ça a été un choc pour moi. Et aujourd’hui encore, je ne suis toujours pas débarrassée de ma tristesse… 

Ça a été difficile à jouer ?
Non, au contraire. C’est comme si j’avais fait dix ans d’Actors Studio… Je me suis contentée d’imiter Catherine, je me suis fait des mèches blanches qui ne se voient pas… Je suis devenue son Laurent Gerra (rires). 

C’est un film sur le deuil ?
Non, ce n’est pas un film sur le cancer, ni sur le deuil. C’est un film politique, qui parle de l’enfer des crédits à la consommation, un film social, familial…

Au début du film, tu photographies Benoît Hamon. C’était comment ?
Je le connais depuis 2016, il est venu voir tous mes spectacles, et c’est moi qui suis allée le chercher. Pas besoin de le diriger, il a parlé du revenu universel. Mais tu sais, les hommes politiques sont des acteurs-nés…

Sauvons les meubles de Catherine Cosme, sortie en salles le 6 mai 2026
La Vénus électrique de Pierre Salvadori, sortie en salles le 12 mai 2026


Par Marc Godin
Photo Lemaire