À l’occasion de l’exposition « Pop Art Car », présentée jusqu’au 9 juin 2026 au Défilé Renault (The Carwalk) sur les Champs-Élysées, Catherine Gros et Arnaud Belloni reviennent sur la genèse de ce projet qui célèbre le dialogue entre culture populaire, automobile et création contemporaine.
Bien connue pour ses voitures mythiques, Renault est également une marque profondément investie dans la création artistique. Vous avez confié vos modèles à des artistes et designers comme Matthieu Lehanneur, Ora Ito ou Dan Rawlings et vous présentez leurs créations au Défilé Renault des Champs-Élysée. En quoi Renault est-elle une maison d’art ?
Catherine Gros (présidente du Fonds Renault pour l’Art et la Culture) : L’art, chez Renault, commence dès les années 1930. Louis Renault recrute alors Robert Doisneau, un jeune photographe de 22 ans, pour réaliser les photos publicitaires de la marque. Plus tard, dans les années 1960, Renault invite de très grands artistes – comme Jean Dubuffet, Victor Vasarely ou Erró – à travailler directement dans ses usines, au milieu des ouvriers.
Cette histoire avec l’art est donc présente dans l’ADN de Renault depuis bientôt 100 ans.
Arnaud Belloni (directeur marketing mondial, Renault) : Absolument. Cette exposition nous le rappelle : l’art est dans la rue. Et notre terrain de jeu, chez Renault, c’est justement la rue. L’automobile appartient à la culture populaire. Si un jour on devait créer le panthéon de l’automobile, quelques modèles Renault y figureraient certainement : la R5, la R4, l’Estafette, la 4CV… Toutes ces voitures méritent d’être associées au monde de l’art !
Catherine, vous êtes responsable de la collaboration avec l’artiste britannique Dan Rawlings. Que retenez-vous de cette expérience ?
CG : Dan Rawlings est venu résider à Douai pendant trois semaines, au cœur du pôle industriel ElectriCity, pour créer sur place. Cet artiste découpe la tôle au chalumeau avec une précision extrême. Il s’est totalement pris au jeu et a été séduit par l’industrie automobile. Son message est profondément environnemental : il découpe la carrosserie pour que la nature reprenne ses droits, mais il le fait avec une douceur et une poésie incroyables. Les deux œuvres Bourgeon et Accrescent, réalisées à partir d’une Renault 5 classique et d’une Renault 5 E-Tech électrique, transforment la voiture en une dentelle métallique organique inspirée des ronces et de la végétation.
Arnaud, vous avez lancé ce cycle de collaborations entre Renault et des artistes il y a cinq ans. Quel est le point commun entre ces collaborations très différentes ?
AB : Nous partons à chaque fois d’une voiture iconique, une « madeleine de Proust », et nous donnons carte blanche à l’artiste, qui la transforme en objet sublime. Chaque artiste porte un regard très personnel sur un véhicule qui s’est vendu à des millions d’exemplaires. D’un coup, celui-ci devient une pièce unique, une œuvre de musée, grâce au travail d’orfèvre de l’artiste. Le grand public redécouvre l’objet initial à travers un regard toujours inattendu. C’est toute la magie de la carte blanche.
En quoi le regard de ces artistes change-t-il votre propre regard sur l’automobile ?
CG : Le regard d’un artiste, c’est une forme de liberté et d’innovation permanente. Ce qui m’a particulièrement frappée, c’est ma discussion avec Gérard Zlotykamien. Il était frappé par les similitudes entre la construction d’une voiture – une équipe entière autour du projet – et le travail souvent solitaire d’un artiste. L’intérêt surgit quand l’industrie rencontre l’art.
Que se passe-t-il lorsqu’un designer de chez Renault rencontre un artiste qui « relooke » l’une de vos voitures ?
AB : Je pensais que cela pouvait mal se passer, mais ça se déroule toujours très bien. Il n’y a pas d’ego : l’objet est déjà connu, et nos designers actuels n’ont pas dessiné ces modèles iconiques. Ça se passe toujours très bien. C’est assez magique. Du coup, j’en abuse : cette année, je lance deux nouveaux projets de ce type !
On voit bien, en déambulant parmi ces modèles, la dimension pop de Renault. En quoi êtes-vous la marque automobile la plus pop ?
CG : Parce que nous prenons des objets du quotidien et que nous les réinventons. À l’époque, Arman était venu puiser des objets dans les usines Renault. Il voulait travailler dans une usine automobile : Ford avait refusé, Renault a accepté. Quand il crée La Victoire de Samothrace avec les portes de la 4L dans l’usine de l’île Seguin, il réalise déjà une œuvre qui relève du pop art. Il y a une légitimité historique.
AB : Renault a toujours été une marque originale, qui a osé des innovations comme la coque monovolume ou le moteur turbo. Quand j’ai découvert Warhol, je me suis dit qu’un jour je mélangerais tout comme ça. Chez Renault, on fait exactement cela : une voiture iconique des années 1970 rencontre l’un des meilleurs designers d’aujourd’hui. C’est une vision très émotionnelle. Nous, cela dure depuis longtemps. Nous n’avions pas encore osé le systématiser et nous ne disposions pas du lieu idéal. Ce lieu va nous permettre de le faire pour longtemps.
La suite ?
AB : Nous irons à Londres fin d’année, juste avant Noël. Nous referons l’exposition à Rétromobile l’année prochaine. Et surtout, nous préparons un épisode 2 fin 2026 et un épisode 3 en 2027. Parce que cela plaît énormément, le public vient en foule. Et une fois qu’on a commencé à jouer, on continue !
Découvrez l’exposition « Pop Art Car » au Défilé Renault (53 avenue des Champs Élysées, 75008) jusqu’au 9 juin 2026.
Par Laurence Rémila
Photo Axel Vanhessche




