Dans la famille, l’humour se transmet. Paul et Guillaume de Saint Sernin, respectivement 34 et 27 ans, nous ont rejoint au Théâtre de la Renaissance, dans le 10e arrondissement, pour un entretien 100% cinéma.
Vous touchez tous les deux à des domaines artistiques voisins : le stand-up pour Paul et la comédie et l’acting pour toi, Guillaume. Comment vous inspirez-vous l’un de l’autre ?
Paul : Je suis admiratif de la capacité de Guillaume à incarner des personnages. Il a une facilité pour ça depuis toujours. Même un sketch filmé à l’iPhone sur Instagram devient quali lorsqu’il y apparaît grâce à son talent pour le jeu.
Guillaume : À l’inverse, et ça me fascine autant que ça me terrifie, c’est la capacité de Paul à improviser, à s’adapter d’un coup dans les pires situations, à la télé (Paul de Saint Sernin a été sniper dans l’émission « Quelle époque » sur France 2, ndlr), ou sur scène. Je trouve ça fou et courageux de se jeter dans le vide et réussir à convertir l’essai, à rendre le moment drôle ou agréable pour le public ou pour les invités.
Vous dites venir d’une famille très pudique. L’humour est-il un moyen pour vous de faire passer un message plus profond ?
Paul : C’est vrai que nous communiquons peu nos sentiments en famille et l’humour permet de le faire. Je me souviens d’un dîner au fin fond de l’Aveyron, chez mes grands-parents : quarante cousins et petits-enfants rassemblés autour d’une grande table dans une ambiance un peu stricte. Les plus jeunes n’ont pas le droit de parler et mon grand-père monopolise la parole. Et là, c’est plus fort que moi, je commence à le vanner. Le temps se suspend, tout le monde s’est dit : « Paul va mourir, il a vanné le patriarche ». Et non, mon grand-père, et puis toute la table a explosé de rire. Pendant dix secondes, j’existe. Je suis une star, pas juste un petit-fils parmi d’autres.
Paul, tu avais deux ans d’avance sur les autres élèves. L’humour est-il venu naturellement pour tenter de flouter ta différence avec les autres enfants ?
Paul : C’est sûr, l’humour permet de réduire le décalage. Pareil dans un vestiaire de foot, si tu as la bonne vanne, tu vas te faire une place, être considéré, sortir du lot. L’humour, bien utilisé, est un super pouvoir.
Guillaume, tu viens du théâtre. Que conserves-tu de dramatique lorsque tu tournes des vidéos sur les réseaux sociaux ?
Guillaume : La rigueur, le travail en amont, la répétition, la préparation du corps et de la mémoire, des échauffements physiques… J’essaie d’appliquer cette méthode à toutes les échelles et dans tous mes projets, même dans des sketchs filmés en deux-deux.
Paul, à l’inverse, tu découvres le cinéma après l’humour. En quoi le stand-up aide à jouer face à des caméras et sur un plateau de tournage ?
Paul : Le sens des silences, le petit sourcil levé après une phrase qui transforme quelque chose de basique en punchline. Le stand-up t’apprend surtout le sens du timing. J’ai joué pendant sept ans tous les soirs en comedy club, rien ne remplace cette expérience de voir, en une demi-seconde, une phrase nulle devenir une phrase culte. On y apprend ce rythme comique.
Aurais-tu aussi cette volonté, comme Guillaume, de casser un petit peu l’image drolatique qu’on a de toi en jouant des rôles plus dramatiques ?
Paul : Montrer que je sais jouer, c’est super. Mais j’adore provoquer le rire, et je ne considère pas la comédie comme du sous-cinéma, bien au contraire. Je trouve ça plus dur de faire rire que de faire pleurer. Jacques Villeret dans Le Dîner de cons, c’est l’insulte à l’intime ultime.
Quel est ton film préféré dans l’univers du football ?
Paul : Quand j’étais petit, il y avait un film qui s’appelait Goal! : naissance d’un prodige. C’est l’histoire de Santiago Muñoz, un Mexicain qui arrive en Angleterre dans un club où c’est dur, il y a de la boue, de la pluie, des contacts physiques…
Guillaume, quel est ton film préféré dans l’univers du théâtre ?
Guillaume : C’est Oscar, avec Louis de Funès. J’ai appris vraiment plus tard que c’était une pièce de théâtre et ça se regarde tout seul, alors que je l’ai découvert assez jeune.
Quel est le dernier film que vous avez vu ensemble ?
Paul : En fanfare. Benjamin Lavernhe, trop fort.
Paul, tu es à l’origine de Numéro 10 Productions. Vois-tu cette société, à l’avenir, comme une opportunité de faire des choses avec ton frère ?
Paul : Carrément, ma boîte, aujourd’hui, produit mon spectacle. Mais on a des demandes de séries, de longs-métrages… Et je crois qu’à terme, mon rêve serait de bosser en famille. Mais pas qu’avec Guillaume. J’aimerais que ma sœur s’occupe de la partie admin, et que mon père mette le nez dedans aussi.
Guillaume : ça dépend, tu proposes combien à papa ?
Paul : Bah, tu vois, ça marchera pas (rires).
La suite pour vous deux ?
Guillaume : Jouer le plus possible. Et continuer a m’amuser, à jongler entre les supports et les styles. Que ce soit au théâtre, sur les reseaux, un jour j’espère au cinéma…
Paul : De mon côté, je joue mon spectacle en octobre, novembre et décembre au théâtre de la Madeleine. J’ai l’Olympia en avril. Il y a mon émission Netflix, Dans la sauce, qui sort en juin. C’est la première création française Netflix ; même Nouvelle École, c’est un format étranger. C’est une émission de vannes, un grand show de roast où je fais venir plein d’humoristes et on vanne des stars. Et enfin, il y a le film de Léa Domenach, Peau d’Homme et le film de Grégoire Ludig, dans lequel je passe une tête. Pour le reste, soyez attentifs !
Par Klervia Lelong
Photo Alexi Pavlov




