Sélectionneur du Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz, un des meilleurs du circuit, Patrick Fabre revendique une programmation éclectique et passionnée. Il défend un festival à taille humaine, tourné vers les cinéastes, les producteurs et le public.
Vous avez déjà dit que vous ne programmeriez jamais un film « tiède ». Qu’est-ce que cela implique concrètement ?
Patrick Fabre : Je sélectionne des films, je les programme et donc je les défends. Il est hors de question que je présente un film que je n’ai pas envie de défendre.
Vous pouvez aussi défendre des films plus fragiles ?
Une sélection, c’est un ensemble, avec des creux et des bosses. Il y a parfois des films qui vont moins bien fonctionner parce qu’ils sont moins démonstratifs, moins immédiatement forts. Mais leur fragilité peut être mise en valeur par la force des autres. C’est l’ensemble qui compte. C’est bien d’avoir des films différents, de présenter des cinématographies et des gens différents. Sinon, on s’emmerde !
Le sous-titre de Saint-Jean-de-Luz est « Cinéma d’avenir ». Voyez-vous une jeune génération de cinéastes particulièrement audacieuse ?
Oui, il y a de l’audace, de l’envie, de la volonté de raconter des choses différentes. Mais ce jeune cinéma est souvent défendu par de jeunes producteurs ou, en tout cas, par des producteurs qui travaillent avec des budgets limités. Et cela peut avoir des conséquences sur la mise en scène…
Comment Saint-Jean-de-Luz peut-il imposer sa voix face à Cannes, Venise, Angoulême ou Biarritz ?
Ce serait prétentieux de dire que j’ai la recette. D’ailleurs, je ne pense pas qu’il y en ait une. Il y a des festivals avec des budgets beaucoup plus conséquents, très clinquants, avec beaucoup de stars. Nous, on a peut-être moins de stars, mais on a des gens qui font du cinéma, des gens qui mettent les mains dans le cambouis. Notre priorité, c’est d’inviter les cinéastes. Et maintenant, avec le travail que nous faisons sur les courts-métrages, nous invitons aussi les producteurs. Les deux sont représentatifs du cinéma d’avenir : ils sont en train de semer les graines de ce qu’on verra demain. Les producteurs sont hyper importants, il faut les soutenir.
La proximité avec le public est l’un des points forts du festival ?
Absolument. Ce n’est pas comme Cannes, où il n’y a pratiquement pas de public. Ici, il y a des spectateurs. Et surtout, quasiment pour chaque film, l’équipe est là : le metteur en scène, le producteur, les acteurs. Cette année, Isabelle Huppert vient pour l’ouverture avec le réalisateur de Ni vue, ni connue. Elle aime beaucoup Saint-Jean-de-Luz. Mais nous aurons aussi Camélia Jordana, Corinne Masiero, Guillaume de Tonquédec… Des personnalités viennent soutenir les films dans lesquels elles jouent. Le cadre de Saint-Jean-de-Luz compte évidemment, comme l’hospitalité basque. Ici, les gens ont le temps de se parler, de se voir, de bouffer ensemble et de rigoler, accessoirement !
Votre sélection 2026 est-elle différente des précédentes ?
Je suis assez content parce qu’elle est plus internationale qu’à l’accoutumée. Il y a six films de nationalité étrangère, même s’il y a parfois un peu de financement français : deux films allemands, deux films espagnols, un film israélien et un film canadien. Je suis très content de ça. Il y a aussi trois réalisatrices en compétition. Ce n’est pas assez, mais c’est quand même pas mal.
L’enfance semble traverser beaucoup de films de la sélection.
Oui, c’est une vraie thématique cette année. L’enfance est très présente dans Carmen l’oiseau rebelle, dans En haut de la pile de Louis-Julien Petit, qui raconte l’histoire d’un couple gay qui veut avoir un enfant, mais aussi dans Tell me everything, le film israélien de Moshe Rosenthal. Il y a également L’Héroïne des tours, où une enfant veut venger sa mère, ou Les Yeux verts, le nouveau film du réalisateur de Gagarine, qui raconte l’histoire d’une enfant cherchant à comprendre pourquoi son frère est tombé dans une sorte de coma après l’annonce de leur expulsion. Nous présentons aussi Voilà, c’est fini, film sublime, de Gustave Kervern, ça m’a foutu sur le cul. C’est un film désespéré mais d’une beauté sublime. Et je pense qu’il va surprendre : ça n’a rien à voir avec ce qu’il a fait avec Benoît Delépine. Il y a aussi Les Princes, Du fioul dans les artères, Gilles United, Le Faux soir, de Michaël R. Roskam, est un film historique plutôt drôle, et Un détour par Diane, qui joue sur l’humour d’Ann Sirot et Raphaël Balboni.
Et la présidence du jury est également un symbole fort pour le festival.
Oui. Nous avons cette année une actrice, réalisatrice et productrice iranienne Zar Amir, qui a notamment remporté un prix d’interprétation à Cannes pour Les Nuits de Mashhad. Le fait qu’elle accepte de présider le jury dit quand même quelque chose de la notoriété et de la qualité de notre festival.
Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz
Du 3 au 10 octobre
Par Marc Godin
Photo : © Emmanuelle Jacobson-Roques




