Des livres, du design, Ora Ïto, des voix qu’on n’entend pas assez et cette promesse presque oubliée: la Méditerranée n’a besoin de personne pour créer.
Ce vendredi 17 Juillet, Alexandre Sap et son Rupture Arts & Books donnera la parole à ceux qui vivent leur ville au milieu de ceux qui se contentent de la visiter.
La culture européenne a longtemps eu un problème de boussole. Pour se faire entendre, il fallait remonter vers Paris, Londres ou Berlin. Y être publié, exposé, adoubé. Comme si une idée née à Marseille, Tanger, Athènes ou Venise devait nécessairement prendre le train avant d’avoir le droit d’exister.
Dans cette absurdité, Alexandre Sap vient mettre un coup de pied.
Avec sa Mediterranean Republic of Books, il imagine un concept culturel reliant les grandes villes de la Méditerranée. Non pas une chaîne de librairies copiées-collées, mais un réseau où chaque adresse conserve sa langue, son âme et ses obsessions. Des lieux interdisciplinaires où circulent les livres, évidemment, mais surtout l’Art sous toutes ses formes.
La librairie Rupture Arts & Books en est peut-être la plus belle ambassade.
Après une première adresse sur la Giudecca, la librairie renaît à Santa Croce, dans le centre historique, à quelques pas du Grand Canal, de San Stae et de la Fondazione Prada. Au milieu des palais et des musées, il y a cette « galerie de livres, pas une librairie ». Pour une fois, la formule ne sent ni le concept store, ni le tote bag. Les ouvrgaes d’art, d’architecture, de photographie, philosophie et de musique cohabitent très loin des rayons trop sages et des algorithmes censés t’expliquer ce que tu dois aimer.
Et puis il y a Ora Ïto.
Avec Grammatology, Part 3, le designer français trouve chez Rupture un écrin aussi brillant qu’évident. Lignes, cercles, carrés et couleurs primaires composent un alphabet visuel qui fait penser au Modulor de Le Corbusier. Des œuvres droites sans être froides, savantes sans être lourdes, quelque part entre le modernisme le plus pur et l’évidence pop chère à notre siècle.
Ora Ïto ne se contente pas d’accrocher quelques pièces. Il s’empare du lieu, mesure l’espace et le fait respirer.
« Je suis venu acheter un livre, je suis reparti avec une fenêtre. » (De Jean Prouvé, évidemment, NDLR.)
Cette phrase de Ora Ito résume Rupture bien mieux que mon papier.
Il dit tout de ce lieu unique, fourmillant, différent. Une maison d’édition, un label musical, un studio de podcasts, Rupture porte en son sein l’essence et l’abondance de la créativité. Une manière de faire de la Sérénissime non plus seulement une ville où le monde vient admirer le passé, mais un endroit où les idées peuvent naître, circuler et réanimer une ville trop longtemps figée dans sa propre beauté.
Vendredi 17 juillet, Tell the Bees donnera une forme concrète à cette ambition.
Les Vénitiens pourront venir avec leurs fanzines, leurs textes, leurs carnets photographiques, leurs publications autoproduites. Portes ouvertes à tous ceux qui créent. Dans une ville visitée par le monde entier, les Vénitiens sont parfois les derniers que l’on entend. Tell the Bees inverse le mouvement. Ne plus être des figurants sur leur propre terre. Ne plus être à la merci des “événements”. Pouvoir faire entendre leur voix, et leur art. Et dans toutes ces villes un peu vitrifiées, un peu embaumées dans leur propre beauté, Alexandre Sap veut porter ce projet de liberté. Ne pas déclarer la guerre à Paris ou à Londres. Simplement cesser de leur demander la permission d’exister.
Tell The Bees au Rupture Arts & Books
Vendredi 17 juillet 2026, à partir de 18 h 30
Salizada San Stae, 1910
30135 Venise




