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POURQUOI LA MAIRIE DE PARIS SE GAGNE AU BISTROT !

Gaspard Gantzer

Débats en terrasse, micro-réunions et tournées générales… A l’ère des « data-politics », les candidats aux municipales à Paris font plus que jamais campagne au bistrot. On a trinqué avec ces champions de la politique d’apéro…

Crédité d’à peine 1% dans les sondages*, Gaspard Gantzer (photo ci-contre), l’ancien conseiller presse et communication de François Hollande à l’Elysée, et candidat aux élections municipales à Paris (les 15 et 22 mars 2020), multiplie les meetings politiques dans la capitale (déjà plus de 250). Sécurité dans les transports, gratuité des crèches, « task-force » anti-rats, surélévation des immeubles (qui permettraient de créer jusqu’à 40 000 nouveaux logements familiaux), etc. Tout y passe. Les échanges sont passionnés, les débats vifs, les idées fusent, les plaintes aussi. Comme le dit le candidat, lui-même, qui s’est formé jadis aux campagnes municipales avec l’ancien Maire de la ville Bertrand Delanoë : « Je ne peux même plus en placer une ».
Le problème, c’est que ces réunions à répétition n’attirent bien souvent qu’une dizaine de personnes ! Parfois huit, parfois six, parfois trois, parfois une (Gaspard Gantzer compris). Et que la plupart se déroulent dans des appartements, sinon au bistrot.
« Le plaisir de refaire le monde en terrasse, de se donner rendez-vous au café, d’y retrouver des amis, des voisins, d’échanger avec la table d’à côté, c’est vraiment l’ADN de la vie Parisienne », se justifie le pote de promo d’Emmanuel Macron à l’ENA, le seul chef d’Etat qui, en privé, continue de l’appeler « Ma poule »


MEETING DE COMPTOIR

Sa technique pour rassembler, puis enflammer les foules ? « M’installer, parfois tout seul, dans un troquet, laisser les gens venir me voir, parler avec le serveur, le barman, les gens dans la rue, sans avoir rien à leur demander… Et bon, c’est vrai que ça prend un temps fou ! » Ce matin-là, en terrasse du Café Père et fils, à l’angle des rues Léopold Bellan et Montmartre (Paris 1er), du temps, le fondateur du mouvement Parisiens, Parisiennes en a justement à revendre. Il virevolte entre les tables, fait la bise aux vieilles dames, se lève pour répondre aux passants qui l’interpellent, partage un café avec les clients. Ce n’est plus une assemblée de quartier, c’est un vrai meeting de comptoir, la Maison de la Mutualité du zinc patiné.
« Aller au bistrot, c’est ce que je préfère à Paris ! », assume Gaspard Gantzer qui, lorsqu’il étudiait à Sciences Po, trinquait déjà régulièrement au Café Basile (34 rue de Grenelle, Paris 7ème) avec Benjamin Griveaux (LREM), l’un de ses rivaux dans la course à la Mairie de Paris (19%). « Je passe l’essentiel de ma vie sociale au café, j’adore m’y retrouver sans but particulier, juste pour le plaisir des rencontres. Pour faire connaissance, c’est vraiment l’idéal », se réjouit ce natif du 14ème arrondissement qui veut bouter les cars de touristes hors de Paris. Et supprimer le périph’ afin d’y construire des logements et des espaces verts…

 

MAIS AU FAIT,C’EST QUIGASPARD GANTZER ?


Fils de médecins de la rive gauche, surnommé « le doudou » lorsqu’il travaillait avec François Hollande, ce père de famille (4 enfants, dont trois avec Emilie Lang, la conseillère presse d’Audrey Azoulay) s’est fait connaître du public, quelques heures après sa nomination à l’Elysée (avril 2014), à cause d’une photo sur sa page Facebook le représentant avec… un énorme pétard! Immortalisé par Yves Jeuland dans son docu Un temps de Président (2015), cet auto-proclamé « candidat des classes moyennes » propose l’un des programmes les plus aboutis (re-densification du centre-ville, logements pour familles mono- parentales, etc). Proche du Président et Benjamin Griveaux, il ne devrait pas, sauf surprise, être au second tour. Et donc, apporter une jolie corbeille de voix à l’un des finalistes…


UN ÉLECTEUR PAR CROISSANT

Comme son ancien compagnon de buvette, Benjamin Griveaux, qui n’a obtenu l’investiture de La République En Marche qu’en Juillet, met désormais le turbo au bistrot (Café Moncoeur Belleville, 1 rue des Envierges, Paris 20ème) avec ses « Quartiers libres », un étonnant remake du Grand débat sauce Parigote, Gilets jaunes à l’affût et cars de CRS en sus. Furibard et incontrôlable, Cédric Villani, le zombie matheux à fanfreluches, lui-même ancien Président du Comité de soutien d’Anne Hidalgo en 2014, et désormais candidat dissident (LREM) à l’Hôtel de Ville (15%) depuis son congrès de rentrée au Café Gaîté (10 rue de la Gaîté, Paris 14ème), carbure tellement aux cafés parisiens qu’il vient d’inaugurer un nouveau type de meeting : le petit déjeuner en tête-à-tête, à raison donc d’un électeur par croissant, à La Cantine Fabien (11 rue Albert Camus, Paris 10ème). Quant à Pierre-Yves Bournazel (4%), l’homme qui monte dans la droite Parisienne en lambeaux (Groupe 100% Paris), il a pris siège avec quelques sympathisants dans un des plus beaux rades de la Butte Montmartre, au café La Mascotte (52 rue des Abbesses, Paris 18ème). Seule Anne Hidalgo (24%), la Maire sortante et favorite de l’élection, et Rachida Dati (13%), Maire du 7ème arrondissement et candidate à l’investiture des Républicains, n’ont pas encore payé leur tournée générale. Mais la première, qui a ses habitudes au Bélisaire (2 rue Marmontel, Paris 15ème), vient de distribuer une centaine de médailles de la ville aux cafetiers les plus méritants (Le Bougainville, Le Bizetro, Bourgogne Sud, Chez Georges, etc), en attendant de se lancer dans la bataille. Et la seconde, aperçue au café Le Conservatoire (10 avenue Jean-Jaurès, Paris 19ème) dans une réunion sur les migrants, n’est pas totalement sûre de pouvoir se présenter, vu la guerre des clans qui sévit dans son propre camp… Et si elle buvait plutôt un coup ?


TRAGÉDIE GRECQUE

Jamais, en effet, depuis l’élection de Jacques Chirac à l’Hôtel de Ville en 1977, personne n’a gagné la Mairie de Paris, sans faire campagne au coeur des 1.500 bistrots et cafés de la capitale. « À l’époque, se souvient un ancien Chiraquien, ce qui avait fait toute la différence face à Michel d’Ornano, grand bourgeois, co- fondateur des parfums Lancôme et candidat désigné par l’Elysée (avec, de surcroît, un nom de boulevard dans le 18ème), c’est que tout le monde préférait boire un demi au bistrot avec Chirac ! »
En 2001, lors du naufrage de la droite – et celui de Philippe Séguin dans le whisky – puis l’élection triomphale de Bertrand Delanoë qui prétendait, geste à l’appui, « redonner les clefs de la Mairie aux Parisiens », c’est une tragédie grecque qui s’est jouée dans les brasseries des bords de Seine. « Plus que dans toute autre ville française, la politique à Paris se fait entre la terrasse et l’arrière-salle des cafés », confirme un fin connaisseur des intrigues municipales. « C’est lié à son histoire, à son passé de réunions citoyennes au Procope (13 rue de l’Ancienne Comédie, Paris 6ème), à la fondation du Cartel des gauches chez Bofinger (5-7 rue de la Bastille, Paris 4ème) dans les 20’s, à la naissance des premiers syndicats d’artisans au Bistrot du peintre (116 avenue Ledru-Rollin, Paris 11ème), également à ses vingt Mairies d’arrondissement dont chacune ou presque à ses annexes dans les cafés du coin (Bistrot Le Cap dans le 15ème, Café de la Mairie dans le 6ème, etc)… » Politique à l’ancienne ? « Absolument pas », corrige Gaspard Gantzer. « Les réunions au bistrot, c’est comme les échanges sur Facebook. Sauf qu’on se rencontre pour de vrai, qu’on avance ensemble et qu’en plus on peut prendre l’apéro… »

*Ipsos Sopra Steria pour Le Figaro et LCI
À lire : La politique est un sport de combat (Fayard) Nous autres, Parisiens (Fayard)

 

Par Olivier Malnuit avec Cédric Hougron
Photo Florian Thévenard