LÉO KPODZRO : « INSTITUTIONNALISER MON TRAVAIL »

Léo Kpodzro

À 24 ans, Léo Kpodzro est un artiste accompli. Originaire de Saint-Ouen-sur-Seine et diplômé de l’Institut Français de la Mode (IFM), il jongle avec talent entre ses deux passions : la peinture et la couture. Interview sur le fil.

Tes peintures déforment la réalité en déséquilibrant les proportions de tes personnages. Avec ce style aux traits exagérés, quelles sont tes inspirations ?
Léo Kpodzro : Des peintres de la vague expressionniste du XXe siècle, comme Chaïm Soutine, Christian Schad, Otto Dix… Même Kerry James Marshall à sa manière. Ce sont des personnes dont je considère le travail. J’essaie de transgresser certains tableaux et d’apporter ma valeur ajoutée, tout en restant authentique et intuitif dans ce que je fais.

On peut voir plusieurs de tes œuvres dans la rue, sur des devantures de boutiques notamment. C’est le cas du diptyque Depiction of a Cat. Pourquoi graffer sur les murs plutôt que peindre sur une toile ?
C’est intéressant de bosser sur des médiums divers. J’apprécie l’aérographe, le graffiti, la sculpture… À la bombe, il y a une notion sonore : j’aime la mélodie que tu peux créer avec ce pschit.

Tu as commencé à coudre il y a huit ans. Comment définirais-tu ton style vestimentaire ?
C’est assez éclectique et singulier. J’aime l’élégance, les motifs, les couleurs, les belles matières, les tissus travaillés, les étoffes et les volumes.

Tu utilises beaucoup de matières animales sur tes pièces (fourrure, griffes, cuir…)…
Oui, il y a un côté cabinet de curiosité. J’ai envie que ce soit intriguant, mais pas que ça fasse peur. J’ai également une dimension Arte Povera (« art pauvre »). Tout peut rentrer en compte dans ma création, j’aime récupérer ce qui est autour de moi et l’utiliser à mes propres fins. Je travaille par exemple avec des cuirs d’ameublement et on ne le remarque même pas : si je ne le dis pas, personne ne saura que ma veste est faite en cuir de canapé.

Suis-tu la même démarche en peinture ?
Oui, j’ai peint La Lutte des classes sur un couvercle en bois trouvé dans une benne de chantier. On peut très vite se bloquer dans nos créations en se disant qu’on manque de moyens, de support, d’audience… C’est cliché, mais il ne faut pas se prendre la tête.

Pour ton premier solo show, tu as exposé au Palais Bulles de Pierre Cardin, aux côtés de la curatrice Vittoria di Savoia. Quels sont tes projets en 2026 ?
Avec Lucas, mon associé, on travaille sur un deuxième solo show avant la fin de l’année, à Paris cette fois-ci. On aimerait institutionnaliser mon travail, marquer un grand coup en exposant dans un lieu important. J’aimerais aussi avoir un espace dédié à mes créations et, à terme, tenir un showroom, pour continuer de faire rayonner la ville de Saint-Ouen, qui est en train de devenir un hub de création, un carrefour éclectique à sa manière.


Par
Klervia Lelong
Photo Justine Loffredo