DEAUVILLE 2026 : RAPHAËL PERSONNAZ : « JE NE SUIS PAS ASSEZ ARRIVISTE»

DEAUVILLE 2026 RAPHAËL PERSONNAZ

Théâtre, cinéma, télé, films populaires ou projets plus aventureux : Raphaël Personnaz aime les chemins de traverse, quitte à disparaître parfois des écrans. Juré au festival de Deauville, il revient sur cette carrière construite au gré des envies, son goût pour le cinéma américain, et ses projets.

Quel a été votre big break ?
Raphaël Personnaz : La Princesse de Montpensier (de Bertrand Tavernier, 2010), sans doute. C’est le film qui m’a vraiment fait entrer dans une autre dimension. 

Ce film a aussitôt installé cette image de jeune premier, avec votre physique de beau gosse…
Oui, bien sûr. Il y a cette nomination aux César, cette prétendue belle gueule… Mais il y avait aussi le risque de se laisser embarquer dans des trucs où les rôles n’étaient pas forcément intéressants. Mais j’ai eu de la chance, notamment grâce au film de Catherine Corsini (Trois mondes, 2012). J’aurais pu capitaliser sur ma « belle gueule », évidemment. Mais sur le long terme…

Comment avez-vous vécu le succès ?
Avec La Princesse de Montpensier, j’ai été beaucoup exposé et ça a commencé à bien marcher, c’était super, évidemment. Mais c’est une période de ma vie que j’ai détestée. Détestée ! J’ai haï cela.

Mais pourquoi ?
Je n’étais pas prêt. Ça change les rapports humains, ça change les rapports avec les amis. Je ne me sentais pas très à l’aise pendant cette période-là. Donc le fait de revenir ensuite au théâtre m’a apaisé. Et maintenant, ça va.

D’ailleurs, votre parcours est assez déroutant. Vous faites du cinéma, de la télé, du théâtre… Vous prenez des chemins de traverse.
Tant mieux ! Moi, j’ai voulu changer tout le temps, pour ne jamais me lasser. Alors c’est sûr que, pour un plan de carrière, ce n’est peut-être pas l’idéal. Mais oui, j’ai pris des chemins de traverse. Parce que parfois je trouvais ça beaucoup plus intéressant. Par exemple, j’ai trouvé plus intéressant de parler du Bataclan avec Vous n’aurez pas ma haine, et de jouer ce spectacle pendant deux ans, d’avoir un rôle conséquent, important, avec un vrai message, sans avoir besoin de montrer son petit poing levé sur les réseaux sociaux. Je trouvais ça plus concret. 

Mais quand vous vous engagez pendant deux ans dans un spectacle de théâtre, vous ne pouvez plus tourner beaucoup. C’est assez risqué.
Ah oui, c’est super risqué. Mais, je n’avais pas non plus des propositions ciné qui m’intéressaient énormément. Puis arrivent la série sur l’opéra et des films comme La Femme la plus riche du monde. Là, ça marche : succès public, succès critique… Et avec un rôle un peu différent, les gens commencent à vous regarder différemment.

Justement, dans La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa, votre personnage est assez trouble et vous montrez une autre facette de vous.
Le personnage aurait pu être simplement un chevalier blanc, la personne morale de l’histoire. Et c’est vrai qu’en en parlant avec Thierry, il a rajouté avec ses scénaristes toute cette partie un peu trouble, avec une espèce de violence en lui, plein de petits détails qui faisaient que le personnage existait autrement. Et cette coupe de cheveux péroxydés… 

Vous sentez qu’aujourd’hui vous acceptez des films que vous auriez refusés il y a dix ans ?
Oui, parce que j’aurais eu peur d’être catalogué. Maintenant, je m’en fous un peu. Si le projet me plaît, s’il a de l’envergure ou une profondeur, peu importe, je me pose moins la question.

Vous êtes juré au festival du film américain de Deauville. 
Et c’est formidable, j’aime bien me faire ce genre de petits marathons. Ça permet aussi de visionner trois films par jour, de prendre le temps de regarder les films des autres, d’en parler, de réfléchir. Car même un mauvais film peut vous apprendre quelque chose…

Quels sont vos goûts ? 
Ma culture cinématographique est venue assez tard, vers 18-20 ans, dans les vidéoclubs. Les loueurs me conseillaient tous les films des années 1970, le Nouvel Hollywood, que je n’avais pas pu voir au cinéma parce que j’étais trop jeune. Donc, à ce moment-là, je découvre évidemment Martin Scorsese. J’ai eu un choc avec Taxi Driver. Il y avait aussi les films de Jerry Schatzberg, Panique à Needle Park, L’Épouvantail… Puis Michael Cimino. Tous ces réalisateurs, les acteurs qui les accompagnaient… Ethan Hawke était il y a deux jours à Deauville. J’aime beaucoup son parcours. Voilà un mec qui fait à la fois des trucs grand public et qui va ensuite travailler avec des auteurs. Je trouve ça très intelligent.

Et puis il est là depuis trente ans.
C’est peut-être cela, le plus difficile : durer.

Vous pouvez me parler de vos prochains projets ?
J’ai une série pour Apple qui va sortir en février. Je crois qu’elle s’appelle encore La Décision, de Baptiste Bourboulon. C’est autour d’un président de la République française imaginaire.

Et au cinéma ?
Je commence un polar de Jérémie Guez, où je joue un gitan. Après, je vais retrouver Anne Fontaine, avec Isabelle Huppert.

Vous avez envie de continuer à passer d’un univers à l’autre ?
Oui, c’est vraiment ce qui m’intéresse. Je n’ai pas envie de faire toujours la même chose, de m’ennuyer. Et je veux durer. 

https://www.festival-deauville.com/


Par Marc Godin
Photo © Camille Fermon