À Cannes, c’est à l’ACID que ça se passe ! Association de cinéastes née au début des années 1990, l’ACID œuvre à faire circuler des films peu visibles et à repenser le lien entre création et publics. Rencontre avec sa coordinatrice, Pauline Ginot.
C’est quoi l’ACID ou Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion ?
Pauline Ginot : C’est une association de cinéastes, créée au début des années 1990, à partir d’un constat simple : beaucoup de films aimés par leurs pairs ne trouvent pas leur place dans les circuits de diffusion classiques. À l’origine, des réalisateurs ont décidé de prendre les copies et d’aller eux-mêmes les montrer dans des salles partout en France, au-delà de Paris. L’idée, c’est vraiment de partager des films, de transmettre un regard, avec une forme de générosité et de solidarité entre cinéastes.
Justement, cette notion de solidarité semble centrale.
Oui, c’est même le cœur du projet. Le cinéma est un milieu très concurrentiel, où l’on oublie souvent à quel point chacun dépend des autres. L’ACID propose un espace où les cinéastes défendent les films… des autres. C’est assez unique. On ne passe pas par la critique au sens traditionnel, mais par la transmission : accompagner les œuvres, les présenter, organiser des rencontres. Il y a une dimension profondément collective, presque politique.
Concrètement, comment cela se traduit-il sur le terrain ?
On travaille toute l’année, surtout dans les petites et moyennes agglomérations, et dans les territoires ruraux. Et on essaie d’amener ces œuvres là où elles ne vont pas spontanément. L’enjeu, c’est que le plus grand nombre puisse y accéder.
Combien de films accompagnez-vous chaque année ?
On a un répertoire d’environ 15 à 20 films, mais en réalité on en accompagne entre 60 et 70 chaque année. Parce que le travail s’inscrit dans la durée. Et surtout, il faut rappeler qu’il y a énormément de films qui se font, mais qui ne sortent jamais, faute de distributeur ou de visibilité.
Vous défendez une certaine idée de la diversité ?
Absolument. On s’intéresse à des films qui échappent aux normes, que ce soit dans leur écriture ou leur production. Des documentaires atypiques, des formes hybrides, des projets qui ne rentrent pas dans les cases. On est convaincus que plus il y a de diversité, plus chaque spectateur peut trouver sa place, sans être conditionné par des logiques dominantes.
Quel rôle joue Cannes dans votre dispositif ?
Cannes est un point stratégique. Dès la création de l’ACID, les cinéastes ont compris qu’il fallait être présent au cœur de cet écosystème. On y propose une sélection indépendante, composée par des réalisateurs, et on accompagne les films de manière très concrète.
Votre présence à Cannes est souvent perçue comme différente…
Oui, notamment grâce au Café des cinéastes, qui est un lieu ouvert, sans hiérarchie. On y accueille les équipes, les professionnels, le public. C’est un espace de rencontres et de discussions autour des films. Dans un festival très structuré et parfois cloisonné, cela crée une autre ambiance, plus libre.
C’est aussi une manière d’aider des films plus fragiles ? Exactement. Beaucoup de films que nous accompagnons n’ont pas les moyens d’avoir une visibilité importante à Cannes. On essaie donc de leur offrir un espace, des rencontres, un accompagnement sur mesure. C’est une façon de leur donner une chance d’exister dans un contexte très compétitif.
En filigrane, on sent une certaine inquiétude…
Oui, parce que tout l’écosystème est fragile. Entre les mutations économiques, la place croissante du marketing et la crise de la critique, il y a un risque d’uniformisation. Nous, on essaie de rappeler que le cinéma est un art collectif, qui repose sur une diversité de regards et de pratiques.
Finalement, l’ACID agit comme un espace de résistance ?
On peut le dire comme ça. C’est en tout cas un espace où l’on continue à croire qu’il est possible de faire circuler les films autrement, et de construire un rapport plus direct, plus vivant, avec les publics. Une autre idée du cinéma, tout simplement.
Tout sur les neuf films présentés par l’ACID à Cannes : www.lacid.org
LA PHRASE DU JOUR :
« À Cannes, j’ai fait les ouvertures, les clôtures. J’ai tout fait sauf le ménage. »
Claude Lelouch
Par Marc Godin





