Photographe de mode et directrice artistique de renom, Kenza Le Bas vient de clore sa première exposition Femmes Galactik. Entre deux voyages pro, la globe-trotteuse se prête volontiers au jeu de l’interview.
Tu as acheté ton premier appareil photo à 13 ans, avec ton argent de poche. À quand remonte ta passion pour l’image ?
Kenza Le Bas : Mon père m’a offert un appareil photo jetable à la naissance de ma sœur, je devais avoir 3 ans. J’adorais prendre des photos, même à cet âge-là. Plus tard, à l’école, je demandais à tout le monde de poser pour moi. Je me souviens que je découpais dans des magazines, je faisais les moodboards old school en collant les éléments. Je les ai retrouvés chez mes parents, c’est incroyable !
Tu dis de ton propre travail qu’il cherche à « sublimer la beauté des femmes ». Quelles sont tes inspirations ?
Toute forme de beauté chez les femmes va m’inspirer. Je pars d’un profil, d’un modèle, mais ça peut aussi être l’architecture d’un lieu. Le photographe le plus iconique qui m’inspire, c’est l’emblématique Paolo Roversi. J’ai grandi avec ses photos, et j’espère acquérir une telle reconnaissance dans mon travail.
Tu es réputée pour travailler avec des médias (GQ et Forbes en 2025) et de grandes Maisons (YSL Beauty, Valentino Beauty, Lacoste…) . Comment se déroulent ces collaborations ?
Mon processus créatif, c’est un peu comme une recette de cocktail. Je vais penser à une marque, à une mannequin, et à un lieu, qui vont être trop canons ensemble et former le mix parfait. J’essaie de bien comprendre la marque, de leur proposer quelque chose qui correspond à leur ADN, de m’adapter à leur cible, tout en essayant de les pousser vers quelque chose d’inédit. Je cherche toujours cette limite de la nouveauté sans être complètement à côté de la plaque. Si on ne me laisse pas carte blanche, je travaille main dans la main avec un directeur artistique de la marque.
Qui rêverais-tu de photographier ?
Rihanna, je ne démords pas là-dessus ! Je le répète souvent, je le manifeste. C’est une artiste qui m’inspire, avec qui j’ai grandi, donc symboliquement, ce serait fort de pouvoir faire quelque chose avec elle. Pour moi, rien n’est impossible. Je me dis que ça prendra le temps qu’il faudra, mais je pense que tout peut arriver. J’ai vraiment cette force de ne pas me décourager : même si ça doit prendre 10 ans, je travaillerai le temps qu’il faudra.
Tu as fait ta première exposition, Femmes Galactik, du 24 au 26 avril à La Place, dans le Marais. Quel a été le cheminement jusqu’à cet aboutissement ?
Il y a 5 ans, j’ai fait un shooting à Paris avec deux femmes, autour du chrome. Sur celui-ci, j’ai vraiment ressenti cette force du féminin, la lumière qui relie les femmes entre elles. Ensuite, je suis partie au Bénin, en sachant qu’une thématique commençait à se construire autour de la résilience des femmes. J’avais envie de montrer à travers mon langage, la photographie, cette force qu’on a en nous. En septembre dernier, je me suis dit que j’étais prête. La sélection de ces dernières années me plaisait, alors il a fallu lancer les recherches pour trouver la galerie qui me correspondait et comment j’allais positionner mes visuels. Parce qu’en fonction de l’ordre dans lequel on met les photos, ça ne raconte pas la même histoire. Il fallait mettre tout ce projet en 3D, alors qu’au départ, il était juste dans ma tête. C’était hyper enrichissant d’avoir cette nouvelle approche, mes photos ont pris une seconde vie avec l’expo. C’était fou de les voir encadrées dans une galerie !
Cette exposition s’accompagne d’un livre en édition limitée. D’où vient cette idée ?
C’est comme si je laissais une trace, les gens gardent un objet matériel de l’expo. Dedans, il y a des photos inédites, des polaroïds, des choses plus intimes, très spontanées. Il me reste des éditions et j’ai eu plusieurs demandes, donc je vais le mettre en ligne sur mon Instagram (@kenzalebas ndlr), puis pourquoi pas le vendre en librairie.
La phrase « on ne naît pas, on devient » se trouvait sur les murs de La Place pendant ton exposition. Comment t’appropries-tu cette citation inspirée de Simone de Beauvoir ?
Elle reflète une transformation. Même à travers les épreuves et les moments difficiles, on devient, on renaît. En faisant cette série photos, je ne suis plus la même qu‘au début de mes premiers shoots. Cette expo permet de me défaire de la femme que j’étais avant, et clôturer cette expo, c’est comme clôturer cette phase de ma vie.
De la direction artistique à la retouche en passant par la production, le métier de photographe en regroupe en réalité plusieurs. Y a-t-il des domaines nouveaux que tu aimerais explorer ?
Pour l’instant, j’ai pas mal de projets. Mais dans un futur lointain, pourquoi pas tendre vers la réalisation et être un peu plus dans le cinéma. J’aimerais vraiment apprendre, commencer sur des petits projets et voir comment ça résonne en moi. Je pense que ça se lie avec la photographie, et j’ai l’impression que pas mal de photographes tendent à faire de la vidéo aussi.
La suite pour toi ?
J’ai une grosse couverture de magazine qui arrive, dont je rêve depuis que j’ai 15 ans. Je retourne sur le territoire de mes origines pour le faire, en Indonésie, alors la boucle est bouclée. Ce n’est même pas moi qui ai eu l’idée, on m’a proposé, donc j’ai vraiment l’impression que tout est aligné. Sinon, j’ai pas mal de campagnes, et j’ai eu des propositions d’expo dans d’autres pays, mais je n’ai encore rien accepté. Je tends maintenant à accepter des projets qui ont du sens et qui sont vraiment alignés avec moi. C’est ce qui m’épanouie dans mon travail.
Par Klervia Lelong




