REIMS POLAR 2026, LA FABRIQUE DU FRISSON

Reims Polar 2026

Dans une ville plus habituée aux bulles qu’aux balles, le festival Reims Polar a aligné pendant une semaine crimes sordides, serial killer maléfiques et flics dépressifs. Bilan d’une édition 2006 qui témoigne des derniers soubresauts du monde. 

C’est une évidence, Reims, capitale du champagne, est devenue l’une des places fortes du polar européen, grâce à Reims Polar. Venu du monde entier, le polar, ici, n’est pas seulement un genre, c’est un outil pour regarder la société de biais, comme on sonde les fissures du réel, ou que l’on observe une scène de crime. Très copieuse, cette sixième édition avait des allures de sommet international du film noir, avec 50 films de 26 nationalités différentes. Parmi les invités les plus attendus figurait le légendaire cinéaste américain Gus Van Sant, qui présentait son nouveau film, l’excellent La Corde au cou (sortie le 15 avril) et a offert une master class d’anthologie. Et il y eut plusieurs rencontres passionnantes, notamment avec Damien Bonnard, les cinéastes corses Thierry de Peretti ou Julien Colonna, Anne Berest, Thomas Ngijol… Dans les salles, où le public s’est rué en masse, des rétros, des projections, des rencontres, des avants-premières, des films venus du Kazakhstan, du Japon, de Thaïlande, de Corée, de Lettonie ou de Pologne… Des œuvres parfois inégales, avec quelques catastrophes industrielles comme le nouveau Claire Denis, Le Cri des gardes, une adaptation tragiquement nulle d’une pièce de Bernard-Marie Koltès, Mi Amor, un tout petit cru de Guillaume Nicloux ou encore Le Maure de Karatas, grosse déception signée Adilkhan Yerzhanov. 

Néanmoins, les spectateurs eurent leur lot de serial killers, d’assassins mystérieux et de flics au bout du rouleau, dans un monde en état de décomposition avancé…  Parmi les bonnes surprises de cette édition, le formidable Fatherde la comédienne et cinéaste slovaque Tereza Nvotová, l’histoire d’un homme qui oublie sa fillette dans sa voiture un jour de canicule et qui va voir sa vie imploser. Un véritable électrochoc, un thriller insoutenable goupillé comme une arme de destruction massive qui a décroché le prix Sang neuf. Il y avait également Morte Cucina, qui mixe bonne bouffe et… nécrophilie, sublimé par la photo de Christopher Doyle ; l’épatant The Last Viking avec Mads Mikkelsen ; le film japonais Sham, une histoire de procès sur fond de harcèlement scolaire… Et un de nos chouchous de la semaine, The Criminals (sortie le 6 mai), de l’Écossais David Mackenzie, réalisateur du magnifique Comancheria. Il y est question de la découverte d’une bombe datant de la Seconde Guerre mondiale en plein centre de Londres et d’un casse particulièrement audacieux. C’est bien écrit, parfaitement usiné par Mackenzie, qui alterne suspense et grosses scènes d’action, et porté par d’excellents acteurs comme Aaron Taylor-Johnson et Sam Worthington. 


PALMARÈS REIMS POLAR 2026

  • Grand prix : Disaster de Yutaro Seki et Kentaro Hirase (Japon)
  • Prix du jury : Winter of the Crow de Kasi Adamik (Luxembourg, Pologne et Royaume-Uni)
  • Prix du public : Red Code blue d’Oskars Rupenheits (Lettonie)
  • Prix police : Disaster de Yutaro Seki et Kentaro Hirase
  • Prix de la critique : Winter of the Crow de Kasi Adamik
  • Prix Sang neuf : Father de Tereza Nvotova (Slovaquie, République tchèque et Pologne)
  • Prix Sang neuf du jury jeunes de la Région Grand Est : Growing Down de Balint Daniel Sos (Hongrie)


Par Marc Godin