QUAND LANESTER SE MET EN MOUVEMENT POUR UN AVENIR PROSPÈRE

Lanester
©M.Brun

À Lanester, l’aménagement du territoire est devenu une aventure collective. Avec « S’entraîner sans traîner », urbanistes, artistes et habitants ont mêlé enquête, récits prospectifs et danse pour incarner dans leur territoire la transition écologique. Une démarche, repérée par la Cartographie des Récits, emblématique d’une culture des transitions qui relie vision, émotion et action.

Se mettre en mouvement pour décider autrement, ensemble

En 2022, la ville bretonne de Lanester engage une démarche inédite pour éclairer ses choix d’aménagement. Avec près de 45 % de son territoire classé en zone agricole et une implantation sur d’anciens marais exposés aux risques de submersion marine, la commune doit implémenter des objectifs de zéro artificialisation nette des sols et de densification du cœur de ville. Des équilibres délicats, qui rendent les arbitrages particulièrement complexes.

Pour clarifier sa feuille de route, la municipalité missionne l’agence d’architecture et d’urbanisme Particules, associée à la Coopérative d’Urbanisme Culturel Cuesta et à plusieurs partenaires artistiques, dont la chorégraphe Raphaëlle Delaunay. Ensemble, ils conçoivent une étude urbaine participative menée en dehors des salles de réunion, impliquant largement les habitants. La démarche, intitulée « S’entraîner sans traîner », se déploie sur quinze mois, de 2022 à 2023.

Un hakka lanestérien pour plus de lien

La première phase prend la forme d’une vaste enquête de terrain. À travers des arpentages en petits groupes, des marches exploratoires à pied ou à vélo ou encore des formulaires ouverts au grand public, les habitants sont invités à partager leurs usages, leurs besoins et leurs inquiétudes afin d’approfondir les usages d’aujourd’hui et de construire ensemble ceux de demain. Les thèmes abordés permettent de dessiner une cartographie sensible de la ville : aménagement, mobilité, cadre de vie, habitat, environnement ou encore jeunesse, toutes les manières d’habiter Lanester sont décortiquées.

Les résultats sont synthétisés et présentés lors d’une Assemblée citoyenne. À cette occasion, la restitution sort du cadre classique de la réunion publique : la chorégraphe Raphaëlle Delaunay crée pour l’occasion un « hakka lanestérien », une danse collective pensée comme un rituel commun à mobiliser lors des moments forts, qu’ils soient difficiles ou festifs. Cette chorégraphie est transmise aux habitants et dansée par les agents municipaux et les citoyens lors de la remise de l’étude.

Des usages aux récits…

Dans un second temps, les services municipaux mènent un atelier interservices qui vient recenser les initiatives existantes et à venir, et nourrir la rédaction de six récits prospectifs : Lanester aux enfants, Lanester des marées et des marais, Lanester ville-village, Lanest’air, la ville des sens, Lanester nourricière et Lanester post carbone.

Ces scénarios projettent la ville vers des futurs possibles, en intégrant les enjeux écologiques, sociaux et paysagers. Ils servent de supports à des débats publics réunissant habitants et élus. La danse, fil conducteur de la démarche, circule dans différents lieux – écoles, structures culturelles, services municipaux – et devient un vecteur d’appropriation des enjeux de transition.

… et des récits à l’action

Lors de la dernière phase, de nouvelles initiatives émergent en réaction aux six récits, pour être ensuite documentées et mises en discussion. L’étude se conclut finalement par des recommandations d’aménagement à court et moyen terme, soumises au vote des habitants lors d’un événement final, avec comme cérémonie de clôture une danse collective rassemblant les Lanestériens, symbole d’un engagement partagé.

Aujourd’hui, les récits produits à Lanester ont une portée pédagogique et structurante. Ils ont contribué à transformer le regard porté sur la ville, à décloisonner les services municipaux et à ouvrir le débat politique vers une vision moins strictement technique de l’aménagement.

En mobilisant enquête citoyenne, prospective territoriale et création artistique, « S’entraîner sans traîner » incarne une manière concrète d’articuler participation, imagination et décision publique. Une expérience où la transition écologique ne se décrète pas seulement dans les documents d’urbanisme, mais s’expérimente collectivement, dans les corps et dans les imaginaires.