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2020, ANNÉE ELECTROFUNK ?

prince technikart

Signés Prince, Bowie, De Palma, Mizoguchi, Preminger ou Fellini, les chef-d’oeuvres du passé reviennent en versions augmentées pour le bonheur de ceux qui vont les découvrir…

Fin octobre 1982. Comme souvent, le dimanche soir, je fais un tour à Champs-Disques. Ce paradis des DJs, doté d’un sound-system décoiffant, se trouve dans la Galerie des Champs, 60 avenue des Champs-Elysées. A peine entré, je m’enquiers des derniers imports et le vendeur indique du doigt le nouveau Prince, un double vinyle, baptisé 1999. Ayant adoré son précédent, Controversy, je fonce vers les platines, enfile un casque, et la musique du futur s’annonce d’une voix de robot tétanisante : « ne t’inquiète pas, je ne vais pas te faire de mal, je veux juste que tu prennes du bon temps ». Suivent des accords de septième plaqués au synthétiseur, évoquant « All Blues » de Miles Davis, des roulements de Linn Drum électronique et un riff de guitare funky électrisant: nouvelle ode à l’hédonisme et à la danse, la chanson « 1999 » est marquée par une ambition nouvelle, un élargissement du spectre sonore et un ton conquérant que ne dément pas « Litlle Red Corvette » qui suit et qui se classera, début 1983, à la sixième place des charts américains. Ma décision est prise, je passe en caisse et file écouter ça à la maison. Tout n’est pas du même niveau, mais de funks minimalistes obsédants (« All The Critics Love You In New York »), en étranges ballades gospelisantes (« Free »), la modernité de Prince explose à chaque sillon, culminant avec « Something In The Water Does Not Compute » qui flirte exquisément avec l’atonalité, comme déjà « Annie Christian » sur Controversy. Difficile d’imaginer que dans moins de deux ans, Prince va encore passer à la vitesse supérieure, avec Purple Rain, et devenir une star planétaire, le plus grand multinstrumentiste-chanteur-danseur de l’histoire du show-business.

Si les disques publiés depuis sa mort, au printemps 2016, sont dispensables, le coffret que ses ayants droit viennent de consacrer à 1999 est une merveille: en plus du double album original et des remixes remastérisés, il offre vingt quatre titres plus ou moins inédits et autres versions alternatives, ainsi que deux concerts de 1982, l’un en audio et l’autre en vidéo.

CHARME FOU

Nombre de ces chansons, telle la ballade cubiste «Moon-beam Levels » ou la cavalcade électro « Purple Music », étoilée de bruitages SF et fragments de guitare jazz à la Wes Montgomery, auraient amplement mérité de figurer sur l’album original. Quant aux autres joyaux qui tournent déjà en boucle sur la platine, à savoir « Do Yourself A Favor », modèle de « Why You Wanna Treat Me So Bad », chantée intialement par Jesse Johnson sur son album « Shockadelica » ou, encore, «Teacher, Teacher », sorte de décalque du poppy « When You Were Mine », ils ressuscitent le charme fou qui distinguait, alors, le kid de Minneapolis.

Un miracle n’arrivant jamais seul, les fans peuvent désormais lire les premiers chapitres d’un projet d’autobiographie de Prince, interrompu par sa disparition inopinée. En dépit d’un long avant-propos de l’auteur que la diva funk avait élu pour réaliser cette tâche, et qui pointe, sans le vouloir, sa naïveté et sa mégalomanie, The Beautiful Ones, Mémoires inachevés, plongée en images rares et fac-similés de notes manuscrites, dans l’enfance, l’adolescence et les débuts de Prince Rogers Nelson, ne fait pas regretter de s’être entiché, il y a quarante ans, du musicien et de son art.

1999 SUPER DELUXE
PRINCE (Warner Records)

THE BEAUTIFUL ONES,
MÉMOIRES INACHEVÉS

PRINCE (Robert Laffont)


ERIC DAHAN