« UNE LECON DE STYLE »

chanel watches

À la tête du Studio Horlogerie de Chanel, Arnaud Chastaingt remet les modèles iconiques de la Maison au goût du jour et crée les classiques de demain… Interview dans le temps.

L’année dernière, vous avez remis la montre Première créée en 1987 au goût du jour. Quelle a été votre approche ?
Arnaud Chastaingt : Je suis resté fidèle à l’intention initiale de Jacques Helleu, créateur de cette montre, d’une horlogerie d’allure et de style. Première, c’est la première page de notre histoire horlogère. Elle est née d’une absolue liberté de création et a initié une vision, celle de l’Allure du temps selon CHANEL. En 2022, j’ai souhaité qu’elle retrouve sa place au cœur de notre collection. Cette création, c’est notre ADN et un code CHANEL à part entière. Bien plus qu’une montre, Première est une leçon de style.

Après des débuts chez Cartier, vous démarrez chez Chanel en 2013. Quelle est la spécificité de cette Maison, côté horlogerie ?
Chanel, c’était un rêve de longue date, c’était d’ailleurs la seule Maison pour laquelle j’étais prêt à tout quitter ! Chez Chanel, on dit souvent « Creation first », car c’est une Maison qui fait confiance à ses créateurs. Je dirais donc que la spécificité de Chanel, c’est cette liberté de création absolue au service d’une Maison dont l’ADN, grâce à sa créatrice visionnaire, est emprunte d’audace et de liberté : c’est une vraie responsabilité.

Comment s’opère l’équilibre entre la liberté créatrice et cette responsabilité plus pragmatique ?
C’est une discipline quotidienne. L’équilibre est une partie fondamentale de notre façon de créer. Être juste pour la marque signifie conjuguer la liberté de création avec l’exigence absolue du savoir-faire, de la qualité sans compromis tout en intégrant les codes de liberté et d’audace de la Maison, insufflés dès l’origine par Gabrielle Chanel. Ensuite, dès le rêve fou exprimé, la première ébauche dessinée, tout devient vertigineux. En tant que Directeur du Studio d’Horlogerie de Chanel, j’ai la chance d’être entouré d’équipes extraordinaires, tant au sein de mon studio qu’à la manufacture Chanel de la Chaux-de-Fonds. Tout est mis en place pour me permettre de raconter une histoire à travers mes muses horlogères. Et parfois, cela nécessite des années. Jusqu’à ce que l’équilibre soit parfait !

Quelles sont les différentes étapes de création, entre l’idée initiale et son lancement ?
Les temps de développement pour l’horlogerie sont parmi les plus longs. Pour tout vous dire, je travaille actuellement sur la collection 2026. Entre la première idée couchée sur le papier, et le lancement en boutique, deux à trois ans peuvent s’écouler – voire cinq ans lorsqu’il s’agit de Haute Horlogerie, de montres à complications…. La patience est l’un des ingrédients à intégrer lorsqu’on fait ce métier ! Avec l’horlogerie, on prend le temps d’être dans le détail et le sur-détail – tout doit être calibré au dixième de millimètre près et je trouve cela rassurant.

Créer des montres, c’est raconter des histoires ?   
Oui, c’est faire rêver en racontant des histoires. Pour la collection capsule en 2023, CHANEL INTERSTELLAR, j’ai procédé comme un réalisateur de film : je disposais d’un décor incroyable pour inventer les histoires que j’allais confier à mes « actrices », c’est-à-dire aux montres que, chaque année, je dirige dans de nouvelles interprétations. Mes muses sont la J12, la montre PREMIÈRE, la montre BOY·FRIEND, la montre CODE COCO ou encore la montre MONSIEUR. Elles sont capables de se glisser dans de nouveaux rôles et de les interpréter avec toute leur originalité, leur personnalité. Elles m’inspirent et me permettent d’inventer chaque année de nouveaux scénarios. Cette année, il s’agit du thème de la Couture.

En 2016, vous avez lancé la montre MONSIEUR.
Oui, cette aventure a été assez marquante, car je voulais créer une montre pour homme, ce qui était assez surprenant chez Chanel, Maison féminine par excellence. À travers MONSIEUR, il y avait une sorte d’hommage à Gabrielle Chanel qui a construit sa légende et son style en empruntant souvent au vestiaire masculin. Et puis la montre MONSIEUR, se fut aussi l’occasion de révéler notre premier mouvement in-house, le calibre 1 ! Cette année, je la propose dans une nouvelle version SuperLeggera.

En 2017, vous avez créé Code Coco, « un bijou qui donne l’heure »
En effet, un bracelet au motif matelassé reprenant le fermoir iconique du sac 2.55 habillent la montre la plus codée de la Maison. Je la qualifie de bijou mécanique !

Vous aviez déjà remis un modèle mythique au goût du jour : la J12 en 2019…
J’avais une relation particulière avec cette montre avant même d’avoir intégré la Maison. En 2000, je finissais mes études de design quand j’ai découvert, grâce à une publicité dans la presse, cet objet de design totalement noir, à la posture autoritaire, J’ai immédiatement eu un coup de foudre ! En 2003, elle se révélait dans sa céramique blanche. 20 ans après, elle était déjà devenue une icône horlogère ! Mais comme pour toutes les icônes, l’attention quotidienne qu’on leur porte, en s’assurant constamment de leur intemporalité, a nécessité que je la revisite en 2019. J’aurais alors pu repartir d’une page blanche, mais j’ai choisi de tout changer, sans rien changer ! Équipée d’une nouveau mouvement le calibre 12.1 réalisé en collaboration avec la Manufacture Kenissi, ainsi que d’un dos transparent en glace saphir pour admirer son calibre, J12 est ainsi repartie pour affronter le temps !

Pour la création de ces modèles, vous faites appel à la Manufacture Horlogère de Chanel (située à Chaux-de-Fonds en Suisse) que possède la Maison depuis 1993.
Oui absolument. La Place Vendôme et la Suisse sont nos ancrages horlogers ! Je travaille avec des équipes de développement, des maîtres horlogers qui ont toujours le souhait de répondre à mes rêves créatifs – même si pour eux, l’exercice est parfois complexe.

Chanel propose régulièrement des collections capsules…
J’imagine ces collections capsules comme une programmation, invitant tour à tour nos classiques à performer sur scène et à emprunter les codes d’une histoire. Cette année, j’ai choisi de m’intéresser aux racines de la Maison CHANEL, c’est-à-dire à la couture, métier d’origine de Gabrielle Chanel. Ainsi COUTURE O’CLOCK illustre cette rencontre entre deux mondes d’exigence : la Haute Couture et la Haute Horlogerie ; et comme j’aime à le dire un seul mot les sépare ! Deux artisanats qui possèdent de nombreux points communs, depuis leurs ateliers où règne le même silence jusqu’à cette notion du temps qui est une matière pour les uns et un impératif pour les autres.

Avez-vous une heure préférée dans la journée ?
22 h 22 ! Le chiffre 22 m’a accompagné tout au long de ma vie Il s’agit d’une « heure miroir » : elle apporte une touche poétique au quotidien…

www.chanel.com

 

Par Laurence Rémila & Sarah Sellami