RIDING ZONE TV, LE NETFLIX DES SPORTS EXTRÊMES ?

Pour Jonathan Politur, fondateur de Riding Zone, la passion pour les sports de glisse est venue naturellement quand ils faisait du body-board sur les plages de sa Guyane natale. Amoureux des sensations fortes, ça lui tenait à cœur de produire une émission de sport sans les clichés ringards qui accompagnent ces programmes – cf « Turbo »…

Que fais-tu ? Quel a été ton parcours ? 
Je suis le fondateur de Puzzle Media, une société de production avec des programmes sur les sensations fortes, l’aventure, la culture street et la glisse, qui m’a toujours passionné depuis l’enfance. Puzzle Media est ma 2ème boite de prod’, avant j’avais monté Watch Us, « faites attention à nous », avec Fred de Skyrock – Planète Rap, et Sarah Lelouch, la fille de Claude. L’objectif était de mettre en avant les cultures jeunes. Il y a plus de 20 ans, j’étais attaché de presse à France Télévision et consultant dans une société de l’audiovisuel à l’IMCA (International Media Consultant Associés). Je conseillais des producteurs, des diffuseurs sur les pratiques de communication. Après j’ai monté ma boite, on a bossé 3 ans et j’ai lancé Puzzle Media il y a 15 ans. Ça fait 18 ans que je suis indépendant. J’ai grandi en Guyane française, à 17 ans je suis parti faire mes études en métropole, comme beaucoup de gens d’Outre-Mer. J’ai fait Bordeaux, Montpellier. J’ai commencé par une prépa Science-Po, ensuite un peu de droit pour finalement faire une licence de géographie. J’ai fini par une maitrise en communication à l’École française des attachés de presse, l’EFAP. 

Comment et pourquoi lancer Riding Zone ? 
Avec Watch Us, j’avais fait déjà beaucoup de programmes consacrés aux jeunes mais je travaillais aussi dans l’univers des sports extrêmes. Quand j’étais attaché de presse, je m’occupais d’Extreme Sports Channel. Avec Watch Us, on faisait Hip-Hop et sports. Avec ma 2ème boite, je me suis vraiment focalisé sur la thématique action/aventure/sport. À cette époque, je connaissais très bien les équipes du pôle Outre-Mer de France Télévision. Je suis allé les voir : je suis producteur, il y a moyen de proposer une émission sympa autour de sports, qui sont plus que des sports, mais des cultures et des modes de vie, et je pense que ça peut bien coller avec l’Outre-Mer, avec sa population jeune, il y a moyen de mettre en avant cette jeunesse talentueuse de façon différente : Riding Zone. L’aventure Riding Zone a commencé comme ça il y a 15 ans avec France O. J’ai toujours cru au potentiel narratif de cet univers. 

Quel a été le moteur qui t’a poussé à raconter ces aventures ? 
C’était simplement l’envie de trouver un nouveau mode de narration. Ce qui était compliqué pour moi, c’est que normalement les gens qui font ce genre de choses, en fait ce sont surtout des passionnés avec une vision limitée à leur passion pour leur discipline. Le problème c’est qu’avec cet univers sportif, ça allait être compliqué de vendre des programmes car il n’y a pas le côté grand public. Dès la création de Puzzle Media, je travaillais avec Taïg Khris. J’ai eu un déclic : il faut que je crée quelque chose de tellement dingue qu’on soit obligé de me dire « oui ». D’où l’idée de le faire sauter de la Tour Eiffel. J’ai pas eu trop de mal à le faire financer parce que c’était tellement fou : tu dis qu’un homme va sauter de la Tour Eiffel, ça suppose qu’il y ait une grande prise de risque pour créer un spectacle d’un nouveau genre. Ça a été un énorme succès d’audience et un buzz monumental. Après ça, les gens se disaient qu’on arrivait à concerner bien plus que quelques milliers de personnes. Sur W9, on a fait 1,5 million de personnes à 17 heures, un record d’audience historique. L’idée, c’était toujours de mettre en avant ces disciplines, mais surtout de trouver une narration originale avec la conscience du professionnel de l’audiovisuel. 

Comment ça se passe au niveau des droits de diffusion pour tous les sports que tu diffuses ? 
C’est beaucoup plus simple que pour le foot ou la F1 parce que tu n’as pas de marché des droits aussi cadré que dans les grandes disciplines sportives comme le foot. Au départ, on récupérait gratuitement les « Highlights ». Ensuite on a changé d’écriture avec l’arrivée de Taïg Khris, pour une version beaucoup plus narrative. On faisait des portraits, des immersions avec des athlètes. Globalement, on n’avait plus besoin d’acheter des droits. 

Pourquoi on a autant de mal à voir ces sports à la télévision ? 
Le sport à la télé, ce sont des directs autour de grands évènements sportifs : le match de foot du dimanche, le Tour de France, le tournoi des 6 Nations, les JO, etc… Dans les autres sports, il y a peu d’évènements qui ont cette capacité d’attraction du grand public. C’est pour ça qu’on n’est pas allé sur une écriture évènementielle, mais on a privilégié une écriture humaine : parler des femmes et des hommes qui pratiquent ces disciplines, on est plus sur du life style.  

Riding Zone TV, c’est le Netflix des sports extrêmes ?
C’est exactement ça. Riding Zone, c’est 26 minutes par semaine. On s’est rendu compte qu’il y avait une frustration de ceux qui nous regardaient : pas assez de contenus. Le foot, il y a des émissions dans tous les sens, radio, télé, magazines… Toi qui fais du kayak, il n’y a rien, si tu veux voir Nouria Newman descendre des gros rapides… Tu dois aussi être un frustré en fait ! Et quand tu dis que tu fais du kayak, on te répond sans doute : « comme Pocahontas ». Globalement, les gens ne sont pas capables de citer le moindre nom. Tu t’es engagé dans un sport dans lequel il existe vraiment des héros et des références mondiales mais tu vas trouver aucun contenu sur eux finalement, il n’y a pas d’offre. 

Le fait de développer Riding Zone TV, ça permet plus d’indépendance qu’avec France Télévision ? 
On avait pas mal de liberté. Les gens me demandent pourquoi je ne travaille pas plus avec les marques. Ce qu’on a pu faire en télé, on pourrait pas le faire avec des marques car elles se focalisent sur des disciplines sur lesquelles elles ont recruté des athlètes. L’exemple de Red Bull, ok ils ont signé Nouria Newman, mais ils ont préféré mettre en avant le gros skateur et le rider en VTT. Nous chez Riding Zone, on va parler kayak, kite foil, escalade sur glace, etc… On va te dire qu’il existe des héros dans ton domaine. Ce qu’on veut, c’est raconter leur parcours. C’est ça l’ADN de Riding Zone TV. Un espace, comme Netflix, avec un maximum de contenus sur l’univers extrêmement riche des sports extrêmes. 

C’est une fenêtre sur un monde sportif invisible et inconnu du grand public ? 
Quand tu dis que tu fais du kite, certaines personnes vont douter du fait que c’est un vrai sport. Alors que quand tu dis que ton fils fait du foot, il y a une légitimité, au pire en le poussant il y a un avenir économique. De l’autre côté, qui va pouvoir imaginer que tu peux vivre du paddle ? 



Comment tu expliques le succès de cette émission ? 
Pour une émission un peu confidentielle, diffusée tôt le dimanche matin sur une chaine de la TNT qui ne faisait pas une trop forte audience, on est devenu une référence. Aujourd’hui on a plus d’1 million d’abonnés sur Youtube. On a mis beaucoup d’amour dans la conception de ce programme. On l’a fait avec respect pour notre audience, sans raconter ces sports comme si on était de l’extérieur et sans porter de jugement de valeur. Sur les autres médias, il y a toujours une prise de distance avec le sujet. On voulait raconter ces choses à hauteur d’homme. C’est ça qui a plu, et beaucoup de travail pour respecter la discipline, apporter un maximum d’informations, pour tenter de transmettre l’intérêt de chacun de ces sports. 

Tu as monté ce programme pour donner du crédit à ces sports ?
J’ai grandi en Guyane, qui est LA province profonde. Comme beaucoup de jeunes d’Outre-Mer, quand t’es enfant à l’école, il y a toujours ces intervenants qui viennent te dire qu’en gros, tu pourras être soi prof, soi médecin ou pilote d’avion, et en fait on te raconte les grands métiers que tout le monde connait. Mais tu n’as pas du tout conscience des autres, le métier que je fais aujourd’hui, je n’avais pas conscience de son existence quand j’étais enfant. Tu peux te retrouver dans des paysages de rêves et c’est là que tu te sens apaisé, que tu trouves ta place dans la société. C’est ça qu’offrent ces sports. Ce qu’on veut dire à travers Riding Zone TV, c’est qu’il n’existe pas de voie toute tracée, il y a des tonnes d’exemples de gens qui ont été les seuls à y croire. Que tu sois graffeur, street artiste, que tu veuilles créer des sneakers ou développer un logiciel. C’est ça le joli parallèle avec Riding Zone TV et la société, tout le monde a sa place.

Après avoir relancer cette émission, comment tu envisages la suite ?
Notre ambition c’est qu’on ait suffisamment d’abonnés pour nous permettre de faire avec sérénité notre métier, de produire toujours plus de contenus, comme Amazon, devenir la référence, pas seulement au niveau de la France, mais au niveau mondial. Pour y parvenir, il va falloir qu’on devienne éditeur en plus de producteur, tout ça représente un énorme enjeu financier pour nous. Clairement, il va falloir passer par des levées de fonds. Ça va permettre d’acheter des films, de les produire et aussi de communiquer, de promouvoir notre media auprès du grand public. Il y a 2 enjeux : faire du contenu et communiquer, les deux coutent chers. On aimerait avoir assez rapidement 20 000 abonnés pour tenter d’être à l’équilibre, et c’est un vrai combat. 

Une exclusivité pour Technikart ?
On est en train de produire beaucoup de films, notamment un sur Milko Potisek, la légende mondiale de pilotage sur sable, qui a remporté 3 fois l’Enduropale du Touquet. Il est connu par quelques centaines de milliers de personnes dans le monde, qui ont tous un énorme respect pour lui, mais tu le lâches dans la rue, personne le connait, alors qu’il a un savoir-faire unique au monde. On l’a suivi pendant l’obtention de son 3ème titre. On en prépare un autre aussi sur Eliot Nochez, la légende mondiale du parapente acrobatique, et un Français encore une fois. On a des Français qui sont des références mondiales. Ces deux athlètes ont un point commun : personne ne les connait dans le grand public. Avant que les médias n’en parlent, ils devront obtenir 10 ou même 20 titres mondiaux. Patrice Martin en est le parfait exemple : le Français le plus titré de toute l’histoire du sport, une référence mondiale du ski nautique. Avec Riding Zone, on veut faire un maximum de portraits de ces athlètes que le grand public ne connait pas. 

La suite ? 
Il faut changer notre rapport au sport. Nous considérons qu’il y a une façon totalement différente de raconter le sport, qui est décolérée du direct. Netflix l’ont admirablement bien fait avec « Formula 1 ». C’est ce qu’on vise avec Riding Zone TV. Il faut casser cette idée que le sport dans les médias, c’est que des rendez-vous sportifs en direct pour savoir qui va gagner entre deux clubs de foot. C’est pas seulement ça. 

https://tv.ridingzone.com/browse


Entretien Julio Rémila