Réalisatrice de Baden Baden et de Mon légionnaire, Rachel Lang revient avec Mata, un film d’espionnage parano, porté par Eye Haïdara et Raphaël Personnaz. Rencontre au festival Reims Polar.
Officier de réserve de l’armée de terre, Rachel Lang, 42 ans, s’est imposée progressivement comme une voix singulière au sein du cinéma français. Dans son premier long-métrage, Baden Baden, présenté à Venise en 2016, elle suivait le retour d’une jeune femme dans sa ville natale après une série d’échecs personnels et professionnels. Portrait d’une femme en reconstruction, le film révélait une réalisatrice attentive aux fragilités contemporaines et aux formes d’incertitude qui traversent la jeunesse européenne. Elle poursuivait son exploration de personnages féminins en quête d’équilibre avec Mon Légionnaire (2021), un drame situé dans l’univers de la Légion étrangère. À travers plusieurs regards féminins (compagnes, amantes ou épouses de soldats), elle interrogeait les effets invisibles de l’engagement militaire sur les relations intimes, et le film confirmait son goût pour la proximité avec les corps et les émotions.
Avec Mata, Rachel Lang passe la cinquième, et cisèle un gros film d’espionnage parano, entre la série Le Bureau des légendes, Sicario et Conversation secrète, où elle s’intéresse moins à l’action spectaculaire qu’aux tourments intérieurs de ses personnages espions.
Dans le dossier de presse de Mata, vous mentionnez un grade militaire. Qu’est-ce que ça signifie ?
Rachel Lang : Je suis réserviste de l’armée de terre depuis vingt ans. J’ai commencé tout en bas comme simple soldat, ce qu’on appelle « moquette ». Ensuite, j’ai gravi les échelons et je suis devenue officier de réserve après une formation.
Être réserviste, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu’on est civile mais formée et entraînée comme les militaires. On peut être appelé en mission si on est disponible. On a une formation générale commune, notamment pour la protection, le tir, le secourisme de combat. Entre 2015 et 2020, j’ai eu l’honneur de servir en opération intérieure et extérieure,, notamment en Afrique et en mission Sentinelle.
Qu’est-ce qui vous a plu dans l’armée ?
Servir, l’esprit de groupe, le fait d’être un parmi d’autres, de ne pas avoir à tout décider, qui est très reposant mentalement. L’idée de donner sa vie pour son pays sans reconnaissance, c’est quelque chose de très fort, romantique, presque démesuré.
Cette expérience militaire a nourri votre cinéma ?
Oui, forcément. Les rencontres que j’y ai faites nourrissent directement mes films.
Pourquoi l’espionnage pour Mata ?
Dans certains milieux, on croise parfois des gens liés à des services très secrets. On ne sait rien d’eux, ils ne peuvent rien dire, et ça ouvre énormément l’imaginaire.
Vous avez une anecdote marquante ?
Un jour, dans un petit avion entre le Mali et le Niger, alors que j’étais en treillis et qu’il n’y avait que des militaires français en treillis autour de moi, un homme en civil, seul, discret, s’est assis tout au fond de l’appareil. Nous n’étions que cinq ou six à bord et la curiosité m’a piquée, sachant qu’il ne pouvait s’agir d’un civil. Il n’a évidemment rien révélé, mais quelques éléments ont déclenché mon imagination et mon envie d’écrire un film dans une arène où le cloisonnement et le secret sont de rigueur. Après quatre heures de vol, alors que l’avion se posait sur une base dans laquelle j’allais faire escale, l’homme est sorti, il a échangé une clef USB avec un militaire, et il est remonté dans l’avion.
Comment vous êtes-vous documentée ?
J’ai lu beaucoup de choses et rencontré des personnes issues de services spécialisés. J’ai aussi eu la chance d’avoir une validation de la DGSE avant le tournage, et les acteurs ont été formés par un instructeur.
Vos acteurs, Eye Haïdara et Raphaël Personnaz, ont donc suivi un entraînement ?
Oui, mais je ne peux en dire plus. C’était une immersion très intense, sur plusieurs jours, avec peu de sommeil. Ça a été très important pour mon actrice principale, Eye Haïdara.
Quelles sont vos influences ?
Des thrillers paranos des années 70 comme Les Trois Jours du Condor, Conversation secrète ou encore Sicario.
Mata est-il un film d’action ?
Pas vraiment. Il y a quelques scènes fortes, mais ce n’est pas un film d’action pur. Comme dans les thrillers parano, on ne donne pas toutes les informations immédiatement et l’intrigue est parfois complexe.
Quels sont vos projets maintenant ?
Je suis en phase d’écriture. J’ai plusieurs envies, mais rien de définitif pour l’instant.
Mata de Rachel Lang
En salles le 27 mai 2026
Par Marc Godin




