Pour la première fois seul aux manettes, Grégoire Ludig , la moitié du Palmashow, signe avec Gilles United une comédie touchante et sincère. S’il y incarne un fou de foot qui rêve de devenir pro, le réalisateur, scénariste et acteur livre avant tout une œuvre chorale sur les relations humaines, qui évoque le meilleur du cinéma social britannique.
Dans Gilles United, vous incarnez un loser qui décide à 42 ans de devenir enfin le grand joueur de football qu’il a toujours rêvé d’être. Dans le film, il est question de Christophe Hondelatte, de verres à moutarde collector, de Patricia Kaas et accessoirement de foot.
Grégoire Ludig : (Rires) Mon personnage devait être animé d’une vraie ferveur, et le foot me parle à fond, je suis un immense fan. Mais au final, le sport est accessoire. On aurait pu en faire un fan d’alpinisme, de rugby ou de badminton. Ce qui compte surtout, c’est la relation aux autres. Quand quelqu’un est intimement convaincu de vouloir accomplir une chose qui semble absurde, il y a toujours un moment où on se dit, « putain, mais il va le faire ce con ! » C’est cette énergie que je voulais trouver.
Les personnages secondaires sont riches, très bien écrits…
Merci, c’était vraiment le but. Comme l’indique le titre, Gilles United, il fallait une équipe. Je suis un grand fan de comédies anglaises, où même le gars qui ouvre une porte pour dire une seule réplique marque le film. J’aime l’idée que le public puisse refaire le film en sortant et discuter de chaque personnage.
On ressent l’influence du cinéma de Mike Leigh, avec ce côté « feel good », sans aucun misérabilisme. Vous ne vous moquez jamais de vos personnages.
Tant mieux ! Il n’y a ni bons, ni méchants. On a tous des qualités et des défauts, et parfois, les défauts deviennent des qualités. Ça peut faire rire, ça peut émouvoir. Pour moi, c’est clairement une comédie, mais ancrée dans la vraie vie. Mon professeur de théâtre disait toujours que les vaudevilles sont basés sur des moments hyper tristes : l’amant dans le placard, ça fait rire au théâtre, mais dans la vraie vie, tomber sur l’amant de sa femme ou la maîtresse de son mari dans un placard, ce n’est vraiment drôle… On part donc de postulats qui ont du sens, ici, un couple qui se sépare, et on y amène la comédie.
Le casting est parfait. Comment avez-vous choisi vos acteurs, comme Benjamin Trannier ou Bernard Campan ?
J’avais la voix de Benjamin Trannier en tête quand j’écrivais. Il fallait surtout que je croie aux acteurs qui venaient. Benjamin en beau-frère un peu décalé, j’y crois. Bernard Campan dans un rôle plus taiseux, plus caverneux, j’y crois à mort. Quant à Nina Meurisse, en responsable d’auto-école avec ses imitations ratées, elle était parfaite. Il ne s’agissait pas de prendre des comédiens juste pour avoir des noms, il fallait qu’ils viennent défendre quelque chose.

Les dialogues regorgent de détails improbables et drôlissimes, comme cette histoire de « verres collector »…
Mais ce sont des choses que j’ai vécues en vrai ! Avec mes frères, on regardait Sport Billy (un dessin animé diffusé en France en 1983 où chaque épisode représentait un sport, NDR) et on se battait pour avoir les verres collector de la série, comme d’autres le faisaient pour les verres Astérix. Intégrer ce genre de détail absurde dans la bouche d’un personnage comme celui de Benjamin, qui donne l’impression d’être à côté de la plaque mais sait exactement placer la bonne blague, amène une vraie sincérité.
Comment s’est passé ce premier tournage sans votre acolyte David Marsais ?
C’est sûr que c’est nouveau. On a toujours tout fait ensemble, mais je savais qu’il n’était pas loin. C’est normal d’évoluer, d’avoir des choses à dire de manière différente. Entre nous, c’est de l’amitié toute bête et une belle preuve de confiance, ce qui ne nous empêche pas de bosser sur d’autres projets ensemble.
D’ailleurs, il a trois plans dans le film.
Et il fallait absolument qu’il les ait !
Vous n’aviez pas d’appréhension à porter les casquettes de scénariste, réalisateur et acteur principal ?
C’est peut-être prétentieux, mais je n’avais pas peur, j’étais surtout excité. J’étais tellement heureux de me lever le matin avec l’équipe pour aller tourner la séquence au stade ou celle du clafoutis. Tout était assez jouissif. J’y suis allé sans fatalisme, en me disant « on verra bien ». Et le fait d’avoir été dirigé par d’autres metteurs en scène, comme Quentin Dupieux, m’a beaucoup appris. Chaque projet est une remise en question permanente ; on découvre des gens, des univers, on apprend des choses sur soi. C’est hyper enrichissant.
Physiquement, vous courez, vous jouez au foot, tirez sur la barre transversale. Vous avez fait votre « Actors Studio » pour le film ?
Il fallait que le personnage ait un peu d’embonpoint, ce qui n’est pas un problème pour moi, mais qu’il garde quand même du cardio et du souffle. On a tourné des séquences sur la plage, j’ai couru sur les rochers à une heure du matin avec des lampes frontales… Il fallait y aller ! J’avais vraiment envie que ça ne soit pas facile. Mon « Actors Studio » a consisté à vraiment galérer physiquement pour qu’on ressente cette difficulté à l’écran, même si, dans sa tête, le mec est persuadé d’assurer.
Avez-vous rêvé d’être footballeur professionnel ?
Oui, j’en avais vraiment envie ! Vers 14-15 ans, j’avais acheté le magazine Onze Mondial. À la fin, il y avait les adresses des sièges sociaux des clubs de Ligue 1. J’ai pris mon stylo et j’ai envoyé 25 lettres de motivation manuscrites : « Bonjour, je m’appelle Grégoire, j’ai 14 ans, j’ai marqué tant de buts, j’aimerais intégrer votre centre de formation… » Deux clubs m’ont répondu, Le Mans et Metz, pour me proposer des détections… et je n’y suis jamais allé. Au fond de moi, je devais sentir que je n’avais pas le niveau.
Et aujourd’hui, vous êtes toujours un passionné ?
À fond ! J’ai grandi avec le PSG, forcément. Mais plus récemment, grâce au film, je suis devenu un accro du FC Lorient. Et puis il y a Liverpool, dont je suis supporter ! Entendre l’hymne You’ll Never Walk Alone à Anfield, ça prend une dimension incroyable. D’ailleurs, on l’entend dans le film.
Quels sont vos futurs projets ? Des retrouvailles avec David Marsais pour le Palmashow ou un nouveau film en solo ?
Avec David, on est en écriture. On a un projet au cinéma et un projet télé qu’on est en train de mettre en place. Pour ce qui est de réaliser à nouveau en solo, j’adorerais, mais il faut vraiment l’avoir dans le bide. Gilles United, je le fais mûrir depuis 2018. Pour que je reparte seul sur un projet, il faudra que j’aie à nouveau ce feu intérieur, que ce soit sincère et que ça vienne du cœur.
Gilles United de Grégoire Ludig
En salles en janvier prochain
Festival de Saint-Jean-de-Luz :
https://www.fifsaintjeandeluz.com
Par Marc Godin




