Passionné de dessin de mode depuis ses neuf ans, Diego Guillen a étudié la mode à l’école Esimode avant d’être diplômé chez Chardon Savard. Le créateur a fait ses armes dans le drapé chez Atlein, la maroquinerie chez Longchamp et le menswear chez Balmain avant de lancer sa propre marque, sharp et radicale. Interview couture.
Légende photo : FUTURISTIC DESIGNER_ Depuis deux ans Diego Guillen (qui porte ici l’une de ses créations) réinvente le vestiaire féminin entre inspirations futuristes et réalisations couture.
Dans ta dernière collection « OVO ASTRA » , tes onze pièces uniques explorent une vision à la fois cosmique et avant-gardiste des matières et des volumes. Comment définirais-tu l’identité de ta marque ?
Diego Guillen : J’explore le volume à travers des structures en baleine mais aussi le matelassage et le drapé, toujours dans l’idée de mettre en valeur la silhouette. La femme que j’habille est audacieuse et cinématique, elle se met en scène dans son propre film. Mais l’identité est surtout sculpturale et futuriste. Cette notion du futurisme c’est un ping-pong temporel, ça ne s’arrête jamais vraiment. Ce qu’on définissait comme futuriste à l’époque de Pierre Cardin, finalement l’est toujours car ce n’est pas arrivé, simplement l’idée qu’on s’en fait est désormais rétro, voire désuète. Je travaille de sorte à trouver une balance entre ce côté contemporain de notre imaginaire futuriste et ces références.
Quelles sont tes influences ?
Pierre Cardin est mon maître ! Après, ma mère m’a transmis l’amour de la mode et mon père celui du cinéma. C’est un bon compromis. Je m’inspire énormément du cinéma de science-fiction, j’ai grandi avec Star Wars et la franchise Alien. Le moodboard de ma dernière collection était rempli de références au film 2001, l’Odyssée de l’espace, parce que l’astronomie est aussi une de mes influences majeures. Ensuite, pour construire mes silhouettes féminines, je me réfère aux héroïnes de ces films comme Sigourney Weaver dans le rôle d’Ellen Ripley dans Alien. Elle incarne l’idée que la force et la féminité ne sont pas contradictoires, bien au contraire. C’est le message que je veux véhiculer à travers mes pièces.
Comment utilises-tu les matières pour incarner ces idées ?
Je source mes matières dans des entrepôts de stocks dormants de maisons de luxe, comme Nona Source par exemple. J’utilise beaucoup le vinyle, c’est l’un des codes de ma marque. Pour cela, je recherche des alternatives plus responsables, il existe du latex naturel issu de forêts bien gérées. Mon objectif avec cette matière est de la dissocier de sa connotation érotique et BDSM. J’ai envie de rendre le vinyle luxe, raffiné et contemporain. En ce moment, sur mon moodboard, la figure centrale c’est Trinity dans Matrix. Elle est habillée en vinyle de la tête aux pieds quasiment tout le long du film. Beaucoup sexualisent le personnage, mais je ne le perçois pas du tout comme ça. Au contraire, c’est une combattante, elle est en lutte permanente. Elle pourrait être en jogging, mais non, elle fait du vinyle une forme d’armure.
Ce moodboard a-t-il vocation de devenir une prochaine collection ?
Je travaille ma première ligne de prêt-à-porter à destination d’un e-shop. Et je suis en train d’organiser un pop-up store pour dans quelques mois. Ma première collection est une production de pièces uniques, dessinées et réalisées entièrement à la main par moi-même et elle est plutôt destinée à être portée lors de shooting presse. J’ai donc besoin de voir comment réagit ma clientèle face à des produits plus commerciaux avec des références aux codes de la marque.
Tu travailles l’accessoire ?
Oui ! C’était une partie importante de ma première collection. J’aime beaucoup la maroquinerie, j’ai d’ailleurs assisté les stylistes chez Longchamp avant de me lancer. Je faisais les dessins techniques sur tablette. En plus, il faut le dire, c’est nécessaire dans l’aspect vente. J’ai vraiment mis un point d’honneur à ce que mes onze silhouettes aient toutes un sac. J’ai déniché des objets avec des formes qui m’inspiraient en seconde main. J’ai acheté un cercle métallique d’abat-jour et au milieu j’ai ajouté une boule transparente qui constituait le sac, avec des anneaux autour. Ça reprenait Saturne.
Et comment réalises-tu tes bijoux ?
Je les ai fabriqués grâce à une imprimante 3D et en découpe laser sur Plexiglas. Les bijoux font actuellement partie de ma réflexion pour le pop-up. J’aimerais sans doute collaborer avec des créateurs de bijoux dans mon style à cette occasion.
Par Anaïs Dubois
Photo Léo Baranger & Gabriel Driot




