RAPHAËL FONTANG : « OUVRIR LE DÉBAT »

Raphaël Fontang

Suivi par plus de 750 000 followers sur TikTok, Raphaël Fontang (@raphael__ft sur les réseaux) vulgarise et commente des œuvres d’art pour les rendre accessibles au grand public. Rencontre.

À 13 ans, tu as gagné un prix au Festival des Arts Junior de Merville pour la création d’une BD. As-tu toujours été un amoureux du milieu artistique ?
Raphaël Fontang : Depuis mon enfance, j’adore créer avec mes mains, ça me vide la tête. Ma mère a toujours été passionnée d’art. Elle crée énormément, elle dessine au crayon de couleur, elle a aussi fait beaucoup de poterie, des cours de modèles vivants… J’ai un peu baigné là-dedans, mais elle ne m’a jamais forcé à suivre ce chemin.

Tu as passé un bac en arts appliqués près de Toulouse avant de monter à Paris. La capitale t’a-t-elle toujours attiré ?
Quand j’étais dans le Sud, j’imaginais les Parisiens comme des gens qui vivaient autour de leur passion. Paris, dans ma tête, c’était la ville où tous les rêves pouvaient se réaliser. C’était le seul endroit où je me voyais accomplir mes objectifs et avoir un avenir dans le milieu de l’art.

Sur les réseaux sociaux, tu analyses des œuvres d’art en tout genre. Comment choisis-tu ce dont tu parles ?
Quand je dois faire une vidéo, j’ai trois grands axes dans ma tête. Premièrement, s’il y a un sujet engagé ou un message précis que j’ai envie de traiter, je vais chercher des œuvres qui en parlent. Ensuite, quand j’adore une œuvre ou un artiste, je vais le partager. Et enfin, j’ai envie d’ouvrir le débat. Quand je vois des sujets qui font polémique dans l’actualité, je vais chercher une œuvre en lien avec ça. Je veux apporter du gaz à un sujet et en parler via l’art. J’adore quand les gens crient au scandale, ça veut dire que ça procure une émotion.

Tu dis dans une de tes vidéos que « l’art est toujours politique ». Tes vidéos sont-elles un moyen, en choisissant des œuvres précises, de faire passer des messages à ton audience ?
Dans tout ce que je fais, les messages choisis sont en lien avec ce que je pense. Au lieu de prendre personnellement la parole sur des sujets, je passe par l’art pour en parler. Ça met une forme de distance, on va critiquer les œuvres dont je parle, mais pas forcément mes opinions, donc ce n’est pas plus mal. Et en même temps, j’ai l’impression que ça permet de rentrer beaucoup plus en profondeur dans un débat qui ne sera pas centré autour de moi ou de ce que j’ai pu dire.

L’année dernière, tu as été membre du jury lors du concours d’art Héritage, en partenariat avec Paris Aéroport et le Studio 104. Ça te tient à cœur d’encourager les jeunes artistes à se lancer ?
Carrément ! Je parle souvent de grands artistes, mais j’aime chercher des jeunes prometteurs qui, dans quelques années, auront de l’importance. Il y a le Salon de Montrouge, dédié à des artistes émergents.

As-tu une méthodologie pour trouver des artistes niches qui en sont encore à leurs débuts ?
Franchement, j’y vais au feeling. Si ça me plaît visuellement, j’essaie de comprendre, de faire des recherches, d’aller plus loin. Puis il y a des choses que j’aime beaucoup et on n’en entend jamais parler. Je ne suis pas médium !

Es-tu toi-même artiste aujourd’hui ?
Plus tellement non. Mais j’estime que le montage vidéo et l’écriture de mes scripts restent une part de création. Écrire représente 50 % de mon travail. Toute la journée j’ai l’impression que je ne fais que ça : écrire, écrire, écrire.

Sur les réseaux sociaux, on voit émerger des créateurs de contenus qui mettent en avant l’art et la culture. Que dirais-tu à ceux qui pensent que les jeunes ne s’intéressent plus à ces sujets-là ?
C’est complètement faux. Juste en prenant les statistiques de mon compte, la majorité des gens qui me suivent sont des jeunes. Dans mon entourage, tout le monde va au musée. Je pense que c’est vraiment une idée reçue que les jeunes s’intéressent moins à l’art ou à la culture. Ils s’y intéressent mais d’une manière différente. Il y a beaucoup de gens qui, comme moi, cherchent un sujet qui va au-delà de l’art, et ne s’arrêtent pas à ce qui est beau visuellement. Ceux qui me suivent posent beaucoup de questions en commentaires. Il y a énormément de débats sur les sujets traités, sur les expos, sur tout. Je suis content de ce qui se fait des réseaux sociaux. Avant, c’était beaucoup de divertissement. Maintenant, j’ai l’impression qu’il y a davantage de réflexion. Notre génération prend conscience de l’impact qu’ont les réseaux sur notre vie.

Une de tes récentes vidéos est sous-titrée en anglais. As-tu la volonté de t’adresser à un public international ?
J’aimerais bien. Pouvoir tout traduire pour internationaliser mes vidéos, ce serait le rêve. Partout dans le monde, il y a des lieux culturels incroyables. Ce serait une chance de pouvoir en parler partout, et ne pas centrer que sur Paris et sur la France.

As-tu un regard tranché sur l’intelligence artificielle dans l’art ?
De temps en temps, ça peut être intéressant de mêler des technologies à l’art. Mais je ne comprends pas trop l’intérêt de l’intelligence artificielle, en sachant que l’art, c’est la création humaine avant tout. C’est une question assez complexe, mais ça ne me fait pas peur. C’est comme les réseaux sociaux, on va se rendre compte que ce n’est pas bien et que ça peut appauvrir l’intellectuel des gens. J’ai confiance en ce que les gens vont faire et je vais essayer de rester optimiste par rapport à l’IA, sinon c’est un peu déprimant. Mais c’est un vrai sujet, surtout quand on voit l’eau que ça consomme.


Par Klervia Lelong
Photo Axel Vanhessche