Romain Lévy : « J’ai du mal à foutre un joint à mes héros ! »

Gangsterdam

Six ans après Radiostars, le réal-scénariste Romain Lévy sort le très rigolo Gangsterdam et vise le méga-carton – tout en affirmant ses obsessions de cinéphile déviant. Vraiment ? 

1⚡️ LE LOOK 80s’
Romain Lévy : « Le film débute sur la BO de Risky Business 
par Tangerine Dream, l’affiche fait clairement référence à celles de Drew Struzan, il y a Rutger Hauer en parrain mafieux : donc oui la fixette 80’s est un peu partout. Même si j’ai toujours trouvé ça un peu pathétique les mecs obsédés par les années 80, il y a une naïveté dans l’esthétique ciné de cette époque que j’aime bien. Les films Amblin ou ceux de John Hughes. »

2 ⚡️ LE TEEN-MOVIE
« C’est le genre le plus anxiolytique qui soit : tu y parles d’affranchissement et d’émancipation en t’adressant à un public qui essaie lui-même de se trouver, ça exige donc un certain sens des responsabilités. J’ai essayé de respecter au maximum les règles du genre dans Gangsterdam tout en cherchant à les confronter à celles de notre époque. Ça tient autant aux fringues, au lexique, à la musique qu’au rythme et aux références culturelles. Il fallait que ça ressemble à un lm de 2017, pas à une rêverie de cinéphage. »

3 ⚡️ LA « NOUVELLE VAGUE » ANGLAISE
« L’une des grandes influences souterraines de Gangsterdam, c’est Attack the Block de Joe Cornish, un film génial sorti en 2011 et passé totalement inaperçu ici. J’aime beaucoup moins le Hot Fuzz de son copain Edgar Wright ; même si je sais que la rubrique ciné de Technikart n’est pas du tout d’accord avec moi à ce sujet. Néanmoins j’adore l’idée dans ces deux films-là de prendre l’action et les méchants très au sérieux, alors qu’on est dans un univers de comédie. On a à faire à des bad guys de série B dans Gangsterdam, OK, mais au moins il y a toujours une sensation de danger – en tout cas j’espère – quand les héros sont face à eux. »

4 ⚡️ LE HIP-HOP
« Bon, tartiner la bande-son de Gangsterdam de hip-hop alors qu’on en entend très peu dans les gros films français, c’est pas un geste politique hein, c’est juste que ça me faisait trop plaisir. Vu que le film est plutôt speed et du genre testostéroné, y’avait vraiment de la place pour y foutre des gros morceaux de rap qui tachent bien. »

5 ⚡️ LE STONER MOVIE
« La meilleure scène de défonce comique au ciné, c’est probablement dans American Trip avec toutes ces visions psyché de Puff Daddy qui bouffe la tête de Jonah Hill. Du coup j’ai pas du tout voulu me confronter à ce genre d’imagerie dans Gangsterdam car je savais que ça serait forcément moins bien. Et puis les blagues sur la weed, en général, ça m’intéresse pas plus que ça – ce qui peut paraître bizarre quand tu shootes une comédie qui se déroule à Amsterdam, je le conçois. Et puis je dois t’avouer un truc : j’ai beau fumer, j’ai du mal à foutre un joint au bec d’un de mes héros, c’est ma petite limite morale. »

6 ⚡️ GÉRARD OURY
« C’est le plus grand réalisateur comique français parce qu’il a toujours refusé de ne faire “que” de la comédie. Il voulait se confronter au monde qui l’entourait, ce qui est systématiquement l’apanage des grandes comédies. Gangsterdam est un film plus ouvert à tout ce qui nous entoure que ne l’était Radiostars. Est- ce qu’on peut tous se sublimer et trouver un sens à nos vies en devenant un héros dans les yeux d’une fille qu’on aime ? C’est le sujet du film. »

7 ⚡️ LA PROUT-COMÉDIE
« Un des grands climax comiques de Gangsterdam s’organise autour d’un pet qu’un des héros doit absolument “évacuer” en silence sous peine de se faire buter par des mafieux… Du coup si tu me ranges dans la “prout-comédie”, c’est dans un sous-genre qui serait la “prout-silencieux-comédie”. En fait, je déteste les bruits de pet au cinéma, j’ai vraiment horreur de ça, c’est hyper vulgaire, je ne le supporte que dans Dumb and Dumber – et encore je suis pas très fier de moi quand je me marre… Moi ce qui me plaît, c’est d’arriver à faire du cinéma autour d’un mec qui va devoir lâcher une caisse en silence. Je trouve ça super chic ! Ce qui m’amuse au fond, c’est pas le pet, ce sont les problématiques techniques autour du pet… »

Gangsterdam de Romain Lévy, en salles actuellement 

FRANÇOIS GRELET




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