THIBAUT EVRARD, LE FIDÈLE : « LE PROGRESSISME DU PLAISIR FÉMININ ! »

Thibaut Evrard

Thibaut Evrard joue Ludo, aka « The Bear ». Mari passionné, il s’évertue à sauver son couple et accepte de devenir escort pour réanimer le désir de sa femme. Mais sa pudeur exacerbée va lui jouer des tours… Interview de l’ours.

Ton personnage rappelle ceux de Vincent Macaigne, pour qui tu as joué au théâtre en 2016 (En Manque). Un homme paumé dans son couple et dans son travail, mais qui prêt à tout pour retrouver le bonheur.
Thibaut Evrard : Je ne me voyais pas jouer un autre personnage que Ludo. Je me sens proche de sa conception de l’amour, au centre de laquelle il y a la fidélité. Qu’il devienne escort pour sa femme, c’est d’une violence folle. Jusqu’où aller pour son couple ? Cette question oblige les spectateurs à interroger les relations sexuelles hors amour.

Comme ton personnage Ludo, tu es mal à l’aise avec la nudité à l’écran. Pourquoi as-tu accepté ce rôle ?
Ruben m’en a donné l’envie. Et puis, j’ai trouvé dans le scénario un progressisme féminin qui m’a stimulé intellectuellement.

Chaque escort possède un surnom pour se faire désirer par les clientes. Tu as toi-même choisi celui de Ludo, « The Bear ». Pourquoi ?
Il dit à la fois que c’est un homme protecteur, timide, et à la pilosité délirante.

Ta définition de la masculinité ?
L’illusion.

C’est-à-dire ?
Celle du personnage de Mathias, qui esquive sa vulnérabilité. C’est ainsi que la masculinité était pour moi qui suis né dans les 80’s. Une illusion, c’est-à-dire que tout ce que tu fais dans ta chambre, tu ne le montres pas. Et tu fais semblant d’être solide et sans secret.

Est-il difficile de partager l’affiche avec trois autres hommes ?
Nous sommes devenus amis justement parce que chacun a souhaité créer une énergie circulant à part égale entre nous et Marysol Fertard (qui joue la sœur de Ben, ndlr). On a travaillé nos personnages ensemble. Pour chaque séquence, on réfléchissait à améliorer les dialogues, afin de mettre en lumière la complexité de tous les personnages.

Certaines scènes ont-elles fait écho à tes propres échecs au lit ?
Je ne crois pas ! Avec sa première cliente, Ludo dit : « Je ne vais pas y arriver ». Ça, oui, évidemment. Mais la question de la performance est en fait celle de l’union avec la personne.

Tu as 37 ans. Est-ce que tu t’imaginerais devenir escort pour sauver ton couple ?
J’en serais incapable. Au moment où se tournait la série, une copine s’est lancée dans une formation pour devenir escort pour personne à mobilité réduite. En Suisse, c’est financé par l’État. Cette amie m’a fait réfléchir, parce qu’elle me parlait d’aider des personnes – ce que je ne concevais pas avant. Je voyais cela comme le dernier choix de la liste. Alors que non, cela peut aussi être le premier.

Tes prochains rôles ?
La saison deux de No man’s Land pour Arte ; la première saison de Les Sentinelles, qui est une adaptation de la BD de Xavier Dorison pour Canal + ; la série Les Indociles, pour RTS (la télévision Suisse, ndlr) ; et la saison trois de Paris Police pour Canal +.

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Par Alexis Lacourte
Photos Romin Favre