TECHNI-CANNES #5 : JESSIE BUCLEY : « J’ADORE TONDRE LE GAZON »

JESSIE BUCLEY

Elle est la star de Men, le nouveau thriller provo d’Alex Garland et elle affronte sa culpabilité et les hommes d’un village où elle a trouvé refuge. Rencontre.

Vue dans la mini-série Chernobyl, la quatrième saison de Fargo, dans The Lost Daughter de Maggie Gyllenhall ou Je veux juste en finir de Charlie Kaufman, Jessie Buckley est formidable dans le nouveau film d’Alex Garland, Men. Dans cette parabole sur la masculinité toxique déguisée en film d’horreur, elle incarne une jeune femme qui part faire son deuil, suite au suicide de son fiancé violent, dans une campagne anglaise édénique et se retrouve persécutée par un mystérieux « homme vert » et tous les hommes du village.

Vous avez un accent très prononcé, vous êtes Irlandaise ?
Ouais. Je suis arrivée à Londres à 17 ans pour faire du théâtre. Je n’aurais jamais imaginé faire du cinéma, cela ne m’a jamais traversé l’esprit. Pour moi, les gens qui faisaient des films venaient tous d’Hollywood et cela me semblait impossible pour une jeune fille qui habitait au pied des montagnes irlandaises. Je ne sais pas ce qui s’est passé, un idiot m’a donné ma chance, et je l’ai saisie. Je vous rassure, j’ai toujours le syndrome de l’imposteur. J’aime tellement mon job, les gens qui travaillent dans ce business sont devenus ma famille. Mais j’ai gardé mon accent, je ne pourrais pas remettre un pied en Irlande si je l’abandonnais.

Vous savez pourquoi Alex Garland vous a choisie ?
Aucune idée !

Et pourquoi vous avez accepté le film ?
Ça, je le sais ! Alex réalise des films audacieux, provocants. C’est un réalisateur fascinant et je voulais absolument travailler avec lui (elle explose de rire).

Comment avez-vous collaboré avec Alex Garland ?
Ça a été une belle collaboration. Dès ma première lecture avec Alex, notre collaboration s’est appuyée sur un échange et des questionnements. Il ne m’a pas imposé ses idées, et il était ouvert aux miennes. C’est une méthode de travail stimulante. Nous avons répété deux semaines, évoqué le contexte du film, la personnalité des personnages. Nous avons tourné le film en février-mars 2021, dans le Gloucestershire, au Sud-Ouest de l’Angleterre, un endroit merveilleux, parfait pour l’ambiance du film, à cinq minutes de la ville natale d’Alex.

Avez-vous déjà été confronté à la violence des hommes, comme votre personnage ?
Écoutez, je n’ai jamais trouvé d’homme végétal nu dans mon jardin. Mais je suis une femme, donc je connais… Mais je ne veux pas vivre cachée, cloîtrée, je le refuse, je veux sortir le soir comme je l’entends. Nous pouvons, devons, changer émotionnellement et socialement, j’y crois fermement.

Pensez-vous que le film de genre, ici un film d’horreur, est la meilleure façon pour aborder le problème de la masculinité toxique ?
Je n’aime pas trop les films d’horreur, j’ai arrêté d’en visionner à l’âge de huit ans, ça me faisait trop peur. Le tournage était très éprouvant et le week-end, quand je retrouvais mon fiancée, je hurlais, j’étais constamment sur mes gardes et très flippée. Mais je ne vois pas Men comme un film d’horreur. Je pense que l’on peut traiter ce sujet de différentes façons, dans des genres différents. Moi, ce qui m’intéressais dans ce film, c’était d’étudier le parcours émotionnel de cette femme qui sombre dans le chagrin après une fin de liaison tragique. C’est une femme qui va choisir la vie, même si elle doit affronter ses plus grandes peurs. Elle ne va pas se soumettre aux hommes, ni aux diktats de la masculinité toxique. Et ça, c’était génial à interpréter.



Tous les personnages masculins ont la tête de l’acteur Rory Kinnear.
Le film ne dit pas que tous les hommes sont comme lui, mais que certaines caractéristiques reviennent depuis des générations et sont ancrés chez certains hommes. Je connais des hommes merveilleux, sensibles, brillants : Alex est l’un d’eux, tout comme Rory, ou mon père…

Le film est très intense, très violent. Était-ce facile à tourner ?
Je me suis éclatée, je me sentais très vivante. Je me suis vraiment marrée car Rory est hilarant et les effets spéciaux gore étaient détonants. C’est toujours une bonne idée de travailler avec des gens doués, sur des projets décalés. Je n’ai pas envie de bosser sur des choses tièdes… 

Quels sont vos projets ?
J’ai envie de quelque chose de léger, de tourner une comédie (elle se marre, NDR). Je suis maintenant dans une position où je peux choisir mes films et en refuser d’autres, ce qui est très confortable. Mais pour l’instant, je prends tout l’été pour redescendre sur terre. J’habite à l’extérieur de Londres et je vais m’adonner à ma passion : le jardinage. Et tondre la gazon sur mon tracteur. La fille qui tond son gazon, c’est vraiment moi ! Vous avez un jardin ?

Un tout petit.
Je quitte Cannes demain, si vous voulez, je viens tondre votre gazon !
Men d’Alex Garland
Sortie le 8 juin

LA PHRASE DU JOUR

« Lors d’un événement comme le 13 Novembre, il n’y a que des perdants : des morts, des témoins traumatisés, des flics abîmés… Donc, selon moi, on ne pouvait pas traiter les enquêteurs comme des héros… »
Cédric Jimenez lors de la conférence de presse de l’excellent Novembre.


Par Marc Godin