RICHARD ORLINSKI, POP-ARTISTE : « L’ART REND LIBRE »

richard orlinski technikart

En attendant d’exposer sur la Lune, le sculpteur, musicien et entrepreneur Richard Orlinski débarque sur TV5Monde avec son émission Sur les Murs, dans laquelle il part à la rencontre d’artistes urbains. Interview taillée sur mesure.

D’où t’es venue l’idée de cette série Sur les murs ?
Richard Orlinski : Je voulais donner un coup de pouce à des artistes émergents et partager leur univers avec le public. C’est un espace d’échange avec des talents très, très différents. 

Un espace d’échange ?
Oui, puisque à chaque épisode, je participe. S’il faut faire des tags, j’en fais, je fais du beatbox, j’ai chanté et dansé. C’est un vrai échange. Je ne suis pas là à regarder un mec faire et à l’interviewer, sinon ce serait complètement chiant. L’avantage, c’est que tu prends part à l’émission, tu en deviens l’acteur. C’est un format de 25 minutes. C’est volontairement court, mais complet. Dans chaque épisode, il y a minimum deux artistes fil rouge, plus des happenings, de la street food, etc. On fait des choses folles. Je me suis retrouvé à Lisbonne à faire des sushis à la viande. C’est marrant, ce ne sont que des concepts un peu dingues.

À ton image finalement ?
Un peu. 

Tu as commencé il y a une quinzaine d’années. Quelle était la place du street art à l’époque ?
C’était déjà prépondérant. La seule différence c’est qu’aujourd’hui, le monde du luxe et les marques se servent du street art. J’ai fait une conférence récemment pour former le groupe LVMH à l’art contemporain et particulièrement au street art et à son influence. C’est une démarche qui n’existait pas quand j’ai commencé. Le graffiti était sur les murs, aujourd’hui il est rentré dans les murs. Le street art n’est plus dans la street. Le street art n’existe pas plus qu’avant mais les marques en ont besoin pour se moderniser. Si tu ne fais pas de street art, tu n’es pas vraiment dans le game. 

Tu n’as pas peur que le street art perde son essence et devienne élitiste ?
C’est déjà devenu élitiste quand tu vois le prix de vente de certaines œuvres. Quand je rencontre tous ces gens qui sont dans la rue, ce sont des puristes. C’est un mode de vie, ils n’iront jamais ailleurs. Les street artists qui font des collaborations de luxe, c’est une infime partie du milieu. 

Tout de même, ça se démocratise.
Oui, bien sûr. Des collectivités offrent des murs destinés au street art. Aujourd’hui c’est normal pour une ville de le faire. On ne démolit plus les murs qui sont recouverts de graffitis. Un mur graffé ne disparaît pas, les dessins sont simplement recouverts par d’autres. C’est un art vivant et éphémère.

Tu mets en avant des DJ. C’était important d’allier musique et street art ? Tu es musicien toi-même.
La street, c’est la rue, donc je voulais voir dans la série tout ce qui se passe dans la rue. La musique se joue aussi dans la rue. C’est une influence hyper new-yorkaise ça. 

Avec une touche de pop-art ? 
Oui, ça me parle : vive le pop-art street ! 
 

« SI TU NE FAIS PAS DE STREET ART, TU N’ES PAS VRAIMENT DANS LE GAME. »

 

Dans la série, tu es loin de l’image bling bling que tu te traînes. Il est là, le vrai Richard ?
Que je me traîne, que je me traîne… C’est une autre facette de moi. Je suis toujours moi-même, c’est la perception qui change. Évidemment si tu sors d’une voiture de sport, d’un hélicoptère ou avec des diamants sur toi, tu vas être perçu d’une certaine manière, mais finalement tu restes le même. Je suis toujours vrai, je ne change pas. Après, il y a des codes, il faut s’adapter sinon tu es dépassé quand tu passes d’un monde à l’autre. Je peux autant aller en banlieue chaude que dans des palaces. 

Qu’est-ce que c’est l’art pour toi ?
L’art, c’est universel. L’art c’est le processus créatif, donc je pense qu’on est tous artistes. Après on a envie de le montrer, de le partager. Un enfant, quand il fait un dessin, c’est de l’art. Il n’y a pas de bons ou de mauvais artistes, il y a des énergies différentes. Quand on décide de faire quelque chose, on devient un artiste.

Tu dirais quoi de ton art ?
Un art libre. Je dirais même : l’art rend libre. Je me suis très vite imposé une liberté d’expression qui fait que, dès que j’ai commencé, je ne me suis pas enfermé dans des cases. Je n’ai pas de limites. Beaucoup d’artistes sont malheureusement coincés dans des cases. Ils font des choses et sont connus pour ça et dès qu’ils veulent changer, ils sont bloqués. J’ai fait tout et n’importe quoi dès le début pour ne pas avoir ce problème ! Même si les gens peuvent parfois être perdus, vu que ça vient de toi il y a un fil conducteur. 

On dit souvent que tu fais de l’art décoratif plus que de l’art contemporain.
Ce sont les mauvais magazines qui disent ça. Tant pis pour eux, ce sont des codes très anciens. Vouloir mettre des artistes dans des cases, quel est l’intérêt ? Si le terme décoratif est péjoratif, je m’en fiche complètement. 

orlinski technikart
DUO DE CHOC_
L’artiste prend la pose (et le gorille aussi).


Tu te fiches de ce qu’on pense 
de toi ?
Non, pas du tout ! Pour être tout à fait honnête, je suis très critiqué, mais finalement les gens qui me critiquent sont un petit milieu bien pensant. Ils sont peu nombreux. Être populaire, ça ne me dérange pas. Si sur 100 personnes j’en dérange trois ou quatre, je m’en fiche. Même s’ils sont très influents. J’ai une fanbase très importante de gens qui me suivent. J’ai un public dont je suis très proche et des fans récurrents qui me suivent dans toutes mes expos, spectacles, galas. C’est une famille. Pendant le confinement, j’ai donné la parole à des fans inconnus contrairement à d’autres artistes qui ont invité d’autres stars. J’ai des gens qui se sont rencontrés et qui sont partis en vacances ensemble grâce à un de mes lives. 

Rassembler c’est ta fierté ?
Bien sûr ! Quand j’ai écrit mon livre Pourquoi j’ai cassé les codes en 2017, j’ai reçu des témoignages de gens qui m’ont dit que j’avais changé leur vie. C’est incroyable. Tu as dit un truc qui a changé leur façon de penser, c’est complètement dingue. Ce n’était pas mon but du tout. J’écris pour dire ce que je pense, je ne suis pas un Messie. J’ai très peu de haters finalement. Ceux qui me détestent ne sont pas ceux qui sont capables d’être planqués derrière leur écran pour critiquer anonymement.

Et pourquoi avoir écrit ce livre ?
Je voulais partager mon expérience en donnant des conseils pour éviter aux gens de connaître les mêmes difficultés que moi. Je prodigue des conseils à ceux qui veulent les écouter et éviter de perdre le temps que j’ai pu perdre en commençant. Après, on décide de les suivre ou pas.

Comment as-tu cassé les codes ?
J’ai cassé les codes parce que je n’ai pas eu le choix. Si j’avais eu le choix, je ne les aurais pas cassés. Quand j’ai commencé et que je suis revenu à mon premier amour qu’est l’art, j’ai vu qu’il y avait des barrières immenses qui s’élevaient. Je n’ai pas eu le choix. J’ai fait des plateaux de télé, j’ai fait des pubs, j’ai fait des collabs avec des marques comme Disney, j’ai vendu des œuvres à moins de 60 euros. J’ai fait mille trucs qui déplaisent énormément. Je n’ai pas été coopté par tel ou tel mouvement, je n’ai pas fait d’école. Ça ne fait pas l’unanimité. À l’époque ça me préoccupait, aujourd’hui je m’en fiche. Je ne suis pas présent à la FIAC, limite si je l’étais je serais embêté. Ça n’irait pas dans le bon sens pour moi. 

Tu as bossé dix ans avant de te lancer dans l’art. Qu’est-ce que ces dix années t’ont apporté ?
J’ai fait de métiers variés. Quand j’étais petit, je voulais être artiste mais c’était extrêmement difficile de réussir dans ce milieu. Déjà parce que je n’en avais pas les moyens, je n’avais pas d’argent. J’ai essayé un parcours plus traditionnel, j’ai fait des études de commerce. J’ai monté des businesses divers et variés. Ça m’a apporté une approche marketing très utile parce qu’aujourd’hui c’est important de savoir se vendre. Tous les artistes que j’ai rencontrés pendant les émissions ont des difficultés à se vendre. Ils m’ont tous demandé des conseils. Il y a un côté un peu mentor. Pas dans l’émission mais en off. 

Un des artistes que tu rencontres dans l’émission a cette phrase : « Plus grande est la chute plus le rebond est beau ». Tu t’es déjà planté ?
Bien sûr, plein de fois. On ne peut pas réussir s’il n’y a pas d’échec. En France, on ne comprend pas cette notion de l’échec. Aux États-Unis, on dit que tu ne peux pas réussir si tu ne t’es jamais planté. C’est très intéressant comme approche. On apprend énormément de ses échecs. 

Tu vas chez BBT (Le bon, le beurre et le truand), une boutique de sandwiches dont le leitmotiv est du bon au juste prix. C’est un peu ce que tu fais toi ?
Oui c’est vrai. Je fonctionne aussi beaucoup parce que des gens ne veulent plus payer des millions de dollars pour quelque chose qui ne vaut pas autant. Il y a une vraie déconnexion entre la valeur du travail, la côte et la valeur réelle de l’œuvre. Si ma côte est montée aujourd’hui, j’essaye tout de même de vendre au juste prix. Une sculpture de cinq mètres par exemple, je vais la vendre à 300-400 000 euros.
Des artistes vont faire ça pour un million d’euros. J’essaye, avec mon équipe, d’avoir une cohérence entre le produit, la taille, la matière. C’est un travail d’équipe. 



Ça te plaît d’être un artiste populaire ?
Bien sûr. Le terme populaire est plutôt cool, ça veut dire que tu plais au plus grand nombre. Être populaire ça te permet de réaliser tes rêves, ceux des autres également. Des œuvres caritatives comme les petites voitures pour les enfants dans les hôpitaux, je n’aurais pas pu les faire sans ma notoriété. 

Orlinski Technikart
VISIONNAIRE_
L’artiste ne se contente pas d’exposer pour les critiques mais part à l’assaut de Venise et de Séoul.


Pourquoi es-tu boudé par le milieu selon toi ?
Du point de vue des galeristes et des artistes, il y a une question d’ego. « Pourquoi lui a-t- il réussi ? ». C’est un microcosme très parisien. La réussite ne plaît pas et la différence dérange. En France, on n’aime pas les gens qui touchent à tout : quand tu es musicien, tu ne dois faire que de la musique, quand tu es boulanger tu ne dois faire que du pain, etc. Ça évolue doucement mais on continue de penser que faire plusieurs choses à la fois c’est les faire mal, alors que non. Si tu t’investis à fond dans tout ce que tu fais, tu es crédible. 

Tu reproduis tes œuvres sous différentes couleurs, différentes tailles. Tu es obsessionnel ?
Non je ne pense pas. Après qu’est-ce que l’obsession ? Être focus sur quelque chose et ne jamais en sortir ? Ce n’est pas mon truc. 

Ton œuvre la plus chère s’est vendue 15 millions d’euros. Tu as refait des ventes comme ça depuis ?
Non, mais je ne sais pas exactement à combien se vendent mes œuvres notamment en second marché, à la revente. Beaucoup de transactions ne sont pas officielles. Je n’ai pas vu de sculptures se vendre à ce prix-là.

Tu vends combien ?
Il n’y a pas de règles, ça dépend des œuvres, des endroits, des périodes aussi.  Il y a des périodes creuses où je n’ai que des ventes à 4000 euros puis d’un coup des ventes à 400 000 euros. Quand ça a commencé à bien marcher pour moi, j’ai fait beaucoup d’œuvres monumentales et j’ai un peu abandonné le public du début qui achetait plus petit. Je suis revenu sur ça et j’ai régulé mon marché pour qu’il y en ait pour tous les goûts et toutes les bourses.

Pourquoi avoir créé ta propre galerie, la Orlinski Gallery ?
C’est une proposition qu’on m’a faite et j’ai accepté. On s’est rendu compte que, quand tu vas dans une galerie multi-artistes, tu ne peux mettre que quelques œuvres. Les clients ne voient pas l’entièreté de ce que tu fais. Dans mes galeries, tu entres directement dans mon univers. 

La Orlinski Gallery est présente à Paris, Saint-Tropez, Courchevel et Londres. Prévois-tu d’ouvrir d’autres galeries ? 
On va ouvrir prochainement dans le Middle East. On va ouvrir à Riyad très prochainement et à New York. 

Avec quels artistes te sens-tu des points en commun ?
Je me sens proche des énergies de JonOne. Sinon Alec Monopoly, même si on n’a pas la même démarche artistique du tout, mais on est médiatisés tous les deux, c’est ce qui nous rapproche. 

Tu connais ta côte ?
Non, et puis ça ne veut rien dire. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est aléatoire. Tu peux l’évaluer de deux manières. Tu as le marché des ventes aux enchères où tu peux être multimillionnaire. Il faut être vendu aux enchères pour avoir une côte officielle. Puis tu as la deuxième côte : le prix auquel je veux vendre. C’est la seule côte réelle. C’est beaucoup plus réel que les ventes aux enchères où des acheteurs font grimper les prix volontairement à des niveaux exorbitants. Ce n’est plus le milieu de l’art mais du business pur. Il n’y a plus d’enjeux artistiques mais financiers. 

Tu te vois où dans cinq ans ?
Bah ici ! Parce que je voudrais refaire une émission. D’ici là, ce sera la cinquième saison donc on refera une interview pour Technikart. 

Et dans 10 ans ?
Pareil (rires) ! Pourquoi pas une expo sur la Lune ? Ou sur Mars. Je t’invite d’ailleurs dès aujourd’hui à venir à ma future exposition sur Mars.

www.richardorlinski.fr


Entretien Margot Ruyter
Photos Alexandre Lasnier

ORLINSKI, LA LIFE

RETOUR SUR LES DATES CLÉS DE LA SUCCESS STORY DE L’ARTISTE.

19 janvier 1966 : Naissance
Richard Orlinski naît à Paris et grandit avec sa mère dans le 17e arrondissement après la séparation de ses parents..

2014 : Vente de 15 millions d’euros
Sa statue de pin-up sortant de la gueule d’un crocodile en or bat le record jamais réalisé pour une œuvre d’Orlinski.

2016 : « HeartBeat » avec Eva Simons
Premier single de Richard Orlinski, « HeartBeat » connaît un immense succès international et radio. Son clip mettant en scène Richard pilotant un Kong géant cumule tout de même 9,5 millions de vues.

2017 : sortie du livre Pourquoi j’ai cassé les codes
Le sculpteur businessman se raconte et livre ses conseils pour réussir dans l’art contemporain.

2021 : lancement de la série Sur les murs  
L’artiste part à la rencontre de street artists du monde entier et s’essaie à la réalisation d’une œuvre (chaque dimanche sur TV5Monde à 17 h 15 et en replay sur www.tv5mondeplus.com). 

2022 : Ouverture de Galeries Orlinski
Le sculpteur prévoit l’ouverture de quatre Orlinski Gallery, une à New York, une à Riyad, une à Venise et une à Séoul.