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PENINSULA : LES ZOMBIES ENVAHISSENT DEAUVILLE

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Les morts-vivants épileptiques du Dernier Train pour Busan reviennent, mais pour un interminable voyage en deuxième classe. La déception de l’année.

Après des mois de disette ciné et des annulations de festivals en cascade, direction Deauville, sa plage, son casino, ses films US. Sauf que pour cette 46e édition, en plus de masque et du gel hydro-alcoolique, Deauville présente pas moins de 100 films et récupère une poignée de longs-métrages du monde entier, dont certains issus des festivals de Cannes ou d’Annecy. Car comme le déclare Bruno Barde, big boss de Deauville, « on peut faire un festival sans stars, mais pas sans film. » On va donc se régaler avec le nouveau Kelly Reichardt, First Cow, mais aussi Minari, Last Words, Uncle Frank, Sons of Philadelphia, ADN de Maïwenn, A Good Man, The Nest, un hommage à Kirk Douglas ou le très attendu Peninsula


Pas une suite, un nouveau chapitre

Sélectionné à l’origine pour Cannes, le film coréen Peninsula est un des gros morceaux du festival. Il se déroule quatre ans après les événements de Dernier train pour Busan, sans aucun de ses protagonistes, pour une aventure qui n’est en rien en suite, mais un nouveau chapitre. Ancien militaire, Gang Don-won, le charisme d’une dinde sous cellophane, incarne un rescapé de Corée du Sud après la propagation de l’épidémie. Réfugié illégalement à Hong Kong, il accepte de repartir en mission au pays – désormais en quarantaine XXL car infesté de millions de zombies – pour récupérer un camion rempli de millions de dollars. Dans son « odyssée », il croise la route d’une poignée de survivants : des nuisibles grimaçants qui organisent des combats de gladiateurs humains/zombies dans une arène, mais aussi une bande de gentils outsiders, constituée d’enfants, d’une femme et d’un vieillard.

Enorme carton en Corée en 2016, Dernier train pour Busan était une série B botoxée, une histoire de carnage dans un train fantôme, avec zombies contorsionnistes et méchants PDG, suppôts du capitalisme plus voraces que les morts-vivants. Le film n’était pas exempt de défauts (sentimentalisme dégoulinant, des séquences entières repompées sur World War Z), mais le réalisateur Yen Sang-ho, venu de l’animation, parvenait à emballer le tout avec brio pour un trip speed et convulsif. C’est donc peu dire que la déception est à la hauteur des quatre années d’attente.


Mix entre le film de cambriolage et le film de zombies

Avec son scénario écrit par un analphabète myope sur le dos d’un ticket de métro, Yen Sang-ho tente une greffe entre le film de cambriolage et le film de zombies. Rien ne fonctionne à cause de ce script bas de plafond et le cinéaste ne peut jouer que sur son sens de la mise en scène. Et, catastrophe, il n’arrive même pas à boucler correctement la moindre séquence. Tout est horriblement cheap, mal pensé, mal réalisé et le réalisateur se contente cette fois de décalquer des plans de la série Walking Dead, Baby Driver ou New York 1997. Visuellement, on a l’impression que le machin a été tourné dans un placard, ou sur fond vert, par le beau-frère du l’assistant-réalisateur, avec cinq figurants maquillés au ketchup qui tournent devant la caméra. Pour ne rien arranger, Peninsula semble s’étirer sur quinze heures, le volume sonore ne favorise pas la sieste et les images de synthèse miteuses, dont une atroce poursuite de voitures, vous passent la rétine au papier de verre.

C’est du nanar de chez nanar, George A. Romero (mal) revu et (hyper mal) corrigé par Ed Wood, n’importe quoi, n’importe comment et on se surprend à prier pendant 90 minutes pour que la Covid abrège nos souffrances.

A fuir…

Peninsula de Yen Sang-ho avec Gang Dong-won, Kim Do-yoon
Sortie en salle le 21 octobre 2020


Par Marc Godin