MÊME PAS PEUR 2026 : UN GRAND CRU

16e édition de Même pas peur festival cinéma

Même pas peur, le Festival International du Film Fantastique de La Réunion revient à Saint-Philippe pour une 16ᵉ édition barbare et audacieuse. Au programme, des meurtres en multiverse, des maoris pas gentils et des kilos en trop. 

Nous sommes à 9000 kilomètres de la France, au sud de nulle part, sur l’île de La Réunion, perdue au cœur de l’océan indien, dont le volcan vient de se réveiller. Depuis 16 ans, le festival de film fantastique Même pas peur illumine et secoue la ville de Saint-Philippe, dans le Sud sauvage. Pendant quelques jours, la réalisatrice Aurélia Mengin (Scarlett Blue) projette une série de films, radicaux, fous, inédits sur l’île, parfois même jamais vus en festival. Cette année encore, la sélection – 62 films internationaux, 7 longs-métrages et 55 courts et films d’animation – étonne par son audace et sa diversité, et laisse les fans du festival bouche bée. 

Présenté à Gérardmer où il a été récompensé, Redux Redux des frères McManus, est un film de petit malin, une série B à la James Cameron première période. Pendant 107 minutes, une femme traque et tue le serial killer qui a massacré sa fille, dans une série d’univers parallèles. Le film explore la mémoire, la répétition et la réécriture à travers une structure fragmentée, où les scènes semblent se rejouer à l’infini, se corriger, se contredire. Rien n’est stable : ni le récit, ni les points de vue, ni même la réalité des images. Chaque séquence agit comme une variation, un remix qui interroge notre manière de voir et de croire. Malgré la répétition de certaines situations, un scénario un poil foutraque et un filmage très Netflix, Redux Redux s’offre quelques moments d’émotion. Car derrière le dispositif formel se cache une vraie mélancolie : celle des souvenirs imparfaits, des histoires qu’on réécrit pour mieux les supporter. Alors, Redux Redux n’est plus seulement un jeu de cinéma, mais une réflexion sur le temps, la perte et la tentation de recommencer.

UN FILM D’HORREUR GOTHIQUE MAORI

Les choses sérieuses comment vraiment avec Mārama, premier long-métrage de Taratoa Stappard, dont le père est Britannique et la mère Maori. C’est un film d’horreur gothique néo-zélandais qui raconte l’histoire d’une jeune femme maorie, Mary, à la recherche de son identité, dans l’Angleterre victorienne. Alors qu’un inconnu lui a promis de lui révéler des secrets sur sa famille et ses origines, elle se voit proposer un poste de nourrice par un personnage aussi riche qu’énigmatique, fasciné par la culture maorie. De terrifiantes visions, des mystères cachés dans les sombres recoins du manoir et des situations infernales vont rapidement transformer son séjour en un cauchemar… Hypnotique, gothique, d’une beauté à couper le souffle, Mārama évoque Les Innocents (1961), classique du film de fantôme, et pour ses influences, le cinéaste cite quant à lui Get out et Lady Macbeth, avec Florence Pugh. Mais au-delà des scènes chocs, Mārama surprend par son sujet même, l’appropriation de la culture maorie par les Occidentaux et l’horreur de la colonisation. 

Avec Thinestra, l’Américain Nathan Hertz signe un premier long-métrage qui mixe satire sociale, body horror et comédie très noire. Le pitch est basique : une pilule minceur fait naître un double monstrueux et cannibale de Penny, retoucheuse photo qui passe ses journées à affiner les silhouettes déjà filiformes de mannequins. Entre deux séquences de cauchemars viscéraux, le réalisateur balance une belle réflexion sur l’obsession moderne de la perfection et les ravages psychologiques d’une société fascinée par le corps des femmes. Bref, Thinestra, c’est The Substance en réussi, la grandiloquence et la bêtise en moins. 

16e édition de Même pas peur
https://festivalmemepaspeur.com/


Par Marc Godin