Margot Robbie, Babylon Star : « Une liberté sauvage… »

margot robbie technikart

En jouant les super-héroïnes badass tout en épinglant sur son C.V. des rôles chez Tarantino ou Scorsese, l’Australienne est devenue, en une petite dizaine d’années, LA star hollywoodienne la plus passionnante. Aujourd’hui, la Reine Margot revient avec un film fou et immense qui devrait lui valoir un sacre aux Oscars. Interview. 

Telle la Vénus de Botticelli, elle débarque au bout de 50 minutes dans Le Loup de Wall Street, et rend raide dingue le perso de Leo DiCaprio. L’actrice australienne a 22 ans, et au compteur quelques apparitions au cinéma et dans des séries locales. Le film de Martin Scorsese la propulse dans la stratosphère et Margot, très intelligemment, refuse tous les rôles de blondes sexy qu’Hollywood tente de lui refourguer. Elle donne la réplique à Will Smith pour Diversion, puis explique en 68 secondes chrono le principe des « créances hypothécaires titrisées » dans la crise financière de 2008, le tout dans un bain moussant, une apparition non créditée dans l’excellent The Big Short, avant de congédier le spectateur d’un « Now, fuck off ! » Si elle accepte de gros machins comme Tarzan ou Suicide Squad, elle excelle dans Moi, Tonya, sur la patineuse Tonya Harding, un jeu de massacre drôle et méchant, avec une Margot aussi géniale sur des patins que touchante dans son interprétation. Un film qu’elle produit car en 2014, elle a fondé sa société de production, LuckyChap Entertainment, avec des amis, dont  Tom Ackerley qu’elle épouse en décembre 2016. Prenant son rôle de productrice très à cœur, elle ne se contente pas d’apposer son nom sur le générique et suit ses films de A à Z, de la conception au marketing (comme Promising Young Woman, nominé aux Oscars).

La suite fait partie de l’histoire. Margot Robbie s’éclate en filant des torgnoles aux mecs dans la série des Harley Quinn / Suicide Squad, et enchaîne avec Quentin Tarantino (Once upon a Time… in Hollywood), où elle retrouve Leo DiCaprio, puis Scandale, avec Charlize Theron et Nicole Kidman, et donne à voir l’immensité de son talent en une scène anthologique, quand le patron de Fox News lui demande de relever sa jupe, et que l’on découvre son visage détruit, son regard perdu.

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IL ÉTAIT UNE FOIS À HOLLYWOOD_
Après le Quentin Tarantino, Margot Robbie revient à Hollywood. Mais cette fois, elle fait l’apprentissage du cinéma parlant.


On va la retrouver en 2023 dans Barbie, qu’elle a sauvé après la défection d’Anne Hathaway, un film qu’elle produit, et pour lequel elle a fait embaucher Greta Gerwig pour le scénario et la réalisation. Puis dans un nouveau volet d’Ocean’s Eleven. Mais aujourd’hui, elle revient dans Babylon, film monstre sur les débuts du cinéma. Il y a Brad Pitt, un casting de folie, des centaines de figurants, et pourtant, on ne voit qu’elle. On imagine mal comment l’Oscar pourrait lui échapper en 2023.

Margot Robbie : Hi Marc !
Hello Margot. Parlons de Babylon. Pour son premier jour de tournage, votre personnage, l’actrice Nellie LaRoy saute sur le bar, plonge sa main dans le pantalon d’un cow-boy, balance des coups de poing et pleure à volonté. Vous souvenez-vous de ce que vous avez fait pour votre première scène dans Vigilante, votre premier film en 2008 ?
Waouh (elle se marre) ! Avant celui-ci, j’ai joué à 17 ans dans un autre petit film indépendant, I.C.U., une histoire de serial killer et comme Vigilante, il n’a jamais été distribué en salles. Mais je ne me souviens absolument pas de quelle était ma première scène. Mon Dieu ! Je me souviens seulement que j’étais incroyablement contente d’être sur un plateau de cinéma. C’était un tout petit film, avec encore moins de moyens qu’un film d’étudiant. Et dire qu’aujourd’hui, je me retrouve dans cette énorme machine, j’ai tourné sur le plus gros plateau imaginable. J’ai déjà joué dans des gros films de super héros (elle incarne la fiancée du Joker, Harley Quinn, dans les Suicide Squad, ndlr) et c’étaient vraiment de grosses prods, de très gros plateaux, mais Babylon est au-delà de tout, en matière de production et d’ambition.

Dans le film, vous jurez constamment, vous prenez de la cocaïne par poignées, vous vous battez même avec un serpent à sonnettes : vous n’aviez pas peur d’écorner votre image avec un personnage aussi sauvage ?
Non, j’ai adoré ça. Elle est tellement spontanée, elle vit le moment. Elle hurle, elle parle et rit très fort, elle fait un mano à mano avec un crotale, elle prend des tonnes de drogue : c’est incroyablement drôle, jouissif à jouer, en fait, il n’y a rien de plus cool. Mais vous savez, quand j’ai découvert le script, je n’avais aucune idée de la façon dont j’allais jouer cela. Même la veille du tournage de certaines scènes, malgré ma préparation, je ne savais pas comment j’allais jouer la situation et je me creusais la tête pour savoir comment j’allais m’en sortir. Comment tu affrontes un serpent à sonnettes, comment tu te jettes dans la foule, le tout sans avoir l’air ridicule ? Mais quand une scène est flippante, j’y vais à 150 %, je me lance totalement, c’est ma méthode et c’est plus facile comme cela. D’ailleurs pour Nellie, il faut y aller à fond. Tout ce que tu fais à moins de 150 %, c’est juste ridicule.

Avez-vous des points communs avec Nellie ?
(Elle rit) Quand j’ai commencé à préparer mon rôle, je ne me voyais aucun point commun avec elle. Mais quand mes amis ont découvert le film, ils ont trouvé qu’il y avait pas mal de similarités, probablement parce que je mets beaucoup de moi-même dans mes personnages. Mais je vous rassure, nous sommes quand même TRÈS différentes, Dieu merci !

Comment vous êtes-vous préparée à jouer ce personnage inspiré par l’actrice du muet Clara Bow ?
J’ai passé pas mal de temps à regarder ses films, mais aussi à visionner les films que Damien me conseillait de voir. Et il a une connaissance encyclopédique du cinéma… J’ai tout lu sur Clara, sur l’époque du cinéma muet, les années 1920. J’ai également travaillé et répété avec plusieurs coachs. Un coach pour la technique de jeu, un coach pour l’accent, et j’ai travaillé le clown, pour m’entraîner à transmettre l’émotion sans l’usage de la parole. C’était très rassurant et cela m’a beaucoup aidée. Et bien sûr, pour la première partie du film, j’ai pris des cours de danse. Pas seulement pour l’énorme chorégraphie du début, j’ai vraiment passé beaucoup à étudier la danse africaine. Et ça, c’était fun !
 






« TOUS LES FILMS D’ÉPOQUE PARLENT ÉGALEMENT DU PRÉSENT ET TRAITENT DES PROBLÉMATIQUES ACTUELLES. »

 

Pensez-vous que Babylon parle des années 1920 ou d’aujourd’hui ?
C’est bien sûr un film sur cette époque d’Hollywood, avec le désir de faire découvrir les années folles comme on ne les a jamais vues à l’écran. Mais Babylon parle également d’aujourd’hui ; d’ailleurs je pense que tous les films d’époque parlent également du présent, et traitent des problématiques actuelles.

Est-ce toujours aussi difficile d’être une actrice à Hollywood de nos jours ?
C’est difficile de plusieurs façons. Est-ce que c’était plus difficile à l’époque, plus facile ? Il y avait une attitude, des techniques et une liberté que nous n’avons définitivement plus. Mais il y avait également pas mal de trucs horribles qui se passaient, donc… L’industrie s’est métamorphosée, c’est devenu moins dangereux, les figurants ne meurent plus quand on tourne un film de guerre (rires). Mais ce que je regrette, ce qui est perdu à tout jamais, c’est cette liberté, une liberté sauvage des créateurs que nous n’avons plus.

Damien Chazelle m’a dit que vous étiez prête à tout pour le film, que vous n’aviez peur de rien, que c’était un rêve de travailler avec vous.
Que c’est gentil ! Mais vous savez, c’est un rêve de bosser avec lui. Il m’a tellement encouragée et m’a laissé beaucoup de latitude pour incarner Nellie. J’y allais à fond et constamment, il me disait d’aller encore plus loin, encore plus fort. Quelle joie !

Vous avez monté votre société de production, et vous avez financé Moi, Tonya, Promising Young Woman, Barbie ou le nouveau Ocean’s Eleven… Est-ce pour avoir un contrôle total sur votre carrière ?
J’ai commencé à produire des films en 2014 avec un ami. Il n’était pas question de produire des films qui seraient des « véhicules » pour moi, mais plutôt de financer des films avec de meilleurs rôles féminins pour toutes les actrices, des films avec des scénaristes femmes, des réalisatrices. C’était donc un moyen pour promouvoir les femmes dans l’industrie cinématographique. J’adore chaque aspect de la fabrication d’un film, de la pré-production à la post-production, sans oublier la distribution et le marketing J’aime le cinéma, imaginer, créer des films. Et faire cela avec des amis, il n’y a rien de mieux. C’est vraiment un travail ardu, extrêmement difficile, mais cela fait marcher mon cerveau à plein rendement, et je suis impliquée dans les projets de l’écriture à la sortie en salles, sur plusieurs années. Bref, j’adore produire.

Après vos deux nominations aux Oscars pour Moi ,Tonya et Scandale, êtes-vous prête pour l’Oscar en mars prochain ?
(Rires) J’espère que le film va marcher, attirer l’attention, et les Oscars pourraient lui faire du bien, ce serait fantastique. Mais je pense que les spectateurs vont être chamboulés par ce film.


Entretien Marc Godin
Photos Scott Garfield